Poutine inflexible: ne pas baisserla garde

Rarement, l’hôte d’un sommet aura-t-il été pareillement malmené par nombre de ses pairs. Vladimir Poutine a subi un tsunami de critiques, ce week-end, au G20 réuni en Australie. Assailli, sinon vexé, l’homme fort de Moscou a préféré vider les lieux avant la fin de la grand-messe pour échapper à ces attaques, quitte à faire passer le geste auprès de son opinion pour une nouvelle bravade d’un dirigeant décidé à restaurer l’orgueil de sa nation bafoué par un Occident décadent.

On peut d’abord se demander pourquoi le chef du Kremlin a été invité à ce Sommet du G20. Après tout, M. Poutine a déjà été ostracisé du G8, ramené au printemps à son format « historique » à sept. Mais on sait depuis longtemps que tous les « infréquentables » ne sont pas systématiquement exclus des réunions diplomatiques, pour manquements aux principes démocratiques de l’Etat de droit ou au respect des droits de l’Homme… Au moins M. Poutine peut-il se prévaloir d’une élection au suffrage universel, même entachée d’irrégularités et de propagande massue : c’est mieux qu’en Arabie saoudite ou en Chine. Et puis, si le G7 incarne une réunion au coin du feu entre amis du monde occidental, le G20 est censé ouvrir le jeu à d’autres puissances et refléter le monde multipolaire de la fin de la Guerre froide, celle-là qui fait tant mine de revenir à l’ordre du jour !

Cela étant, la politique agressive du Kremlin, à l’encontre de son voisin ukrainien comme des téméraires contestataires à domicile, constitue bel et bien la « nouveauté » préoccupante de l’heure.

A terme, la Russie va perdre. Son déclin paraît inexorable : les indicateurs démographiques, démocratiques, économiques sont tous au rouge. Mais c’est à terme. Et cet horizon pourrait s’avérer bien plus lointain que celui escompté jusqu’ici par les Occidentaux. Entre-temps, tout à ses coups tactiques pour conforter son ambition de revenir dans le jeu, M. Poutine engrange des points, avance ses pions, maintient le cap. Apparemment immunisé contre le statut de paria qu’il est en train lui-même de consolider et imperméable aux effets notoires des lourdes sanctions.

Alors, comment limiter les dégâts ? Il faut bien l’avouer : c’est le casse-tête… russe. Les ministres européens des Affaires étrangères auront ce lundi une « discussion » sur l’attitude à adopter pour accroître leur impact sur un Poutine imprévisible. Que faire ? De nouvelles sanctions sont à l’ordre du jour, mais elles seront « symboliques » : elles viseront quelques personnalités de plus, sans plus. Le débat est sensible. Chacun fait ses comptes, évalue ce qu’il peut gagner/perdre dans le long bras de fer qui s’annonce. Une chose paraît certaine : Vladimir Poutine saisira à son avantage toute marque de faiblesse. Et donc : garder la tête froide, maintenir la pression. Ne pas baisser la garde, sous prétexte de business.