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Pourquoi la Belgique n’arrive pas à intégrer ses étrangers

L’OCDE pointe une aggravation de la situation des étrangers non européens sur le marché de l’emploi. En cause notamment : l’école inégalitaire.

Chef du service Politique Temps de lecture: 4 min

La Belgique est l’un des pires pays de l’OCDE s’agissant de l’intégration des étrangers sur le marché de l’emploi. L’organisation identifie des causes multiples, qui se conjuguent pour donner une situation qui empire.

1 Une école discriminante. L’organisation internationale relève que l’intégration difficile des étrangers sur le marché de l’emploi touche aussi leurs enfants nés en Belgique. L’école est au centre du problème et les constats sont très crus. « La ségrégation scolaire est élevée en Belgique, ce qui permet d’expliquer les différences de performances entre établissements. Les étudiants désavantagés, qui sont pour une grande partie issus de l’immigration, sont particulièrement concentrés dans certaines écoles, ce qui nuit à leur apprentissage. » L’OCDE constate aujourd’hui que la ségrégation scolaire dépasse la ségrégation résidentielle, ce qui laisse entendre que les publics favorisés et nés en Belgique, qui habitent des quartiers à forte immigration, vont se scolariser ailleurs, avec des personnes nées en Belgique. Le rapport constate aussi que les écoles où sont concentrés les étrangers ont souvent des professeurs moins expérimentés et moins qualifiés. Un point positif, quand même : les investissements importants dans les écoles désavantagées permettent aujourd’hui aux élèves issus de l’immigration d’évoluer dans des classes de taille plus réduite, ce qui favorise l’apprentissage.

2 Une forte concentration de l’immigration à Bruxelles. Le rapport constate aussi une difficulté propre à la structure de l’immigration : elle se concentre massivement à Bruxelles, alors que le taux de chômage y est également le plus élevé du pays. « Les personnes nées à l’étranger, et particulièrement les primo-arrivants, sont particulièrement concentrées à Bruxelles et sont relativement moins nombreuses en Flandre, où le taux de chômage est plus bas. » Cette concentration à Bruxelles renforce aussi le problème de la ségrégation scolaire et résidentielle, relève le rapport.

3 La discrimination à l’embauche. C’est une donnée plus difficile à mesurer, mais le faible taux d’emploi des étrangers en Belgique s’explique aussi par un phénomène de discrimination à l’embauche. « Malgré l’existence d’une législation détaillée sur la question, la discrimination est toujours une barrière importante pour l’accès au marché du travail. » L’OCDE constate toutefois que ce problème s’atténue dans les fonctions où la demande de main-d’œuvre est forte. Cette pénurie convainc les employeurs d’embaucher des personnes d’origine étrangère.

4 La connaissance des langues. En Belgique, et particulièrement à Bruxelles, où se concentre la main-d’œuvre d’origine étrangère, les exigences linguistiques sont très élevées. Et cela défavorise les immigrés et particulièrement les primo-arrivants qui ne disposent pas d’un bagage suffisant, ce qui les empêche d’accéder à l’emploi et même de se constituer un réseau de relations qui favoriserait cet accès. « Les immigrants doivent bénéficier de davantage d’opportunités d’apprendre les langues du pays hôte, de développer un capital social et de voir les compétences acquises dans leur pays d’origine davantage reconnues en Belgique », dit le rapport. L’OCDE reconnaît qu’il existe en Belgique des parcours d’intégration, avec des cours de langues, mais constate aussi leur caractère souvent facultatif. Pour l’OCDE, il faut aussi développer les stages en entreprises, ce qui favorisera l’apprentissage des langues. Le rapport relève les progrès de la Flandre en la matière.

5 Le poids élevé du regroupement familial. Enfin, l’OCDE identifie une dernière cause pour expliquer le problème du chômage des étrangers : les raisons de l’immigration. En Belgique plus qu’ailleurs, ces raisons tiennent au regroupement familial et à la demande d’asile. « Cela renforce l’inadéquation avec les besoins du marché de l’emploi. » L’OCDE donne des chiffres : dans l’Union européenne, 35 % des immigrés arrivent pour des raisons de regroupement familial. En Belgique, il s’agit d’une personne sur deux (52,7 %). Le nombre de personnes qui arrivent en Belgique en raison d’activités rémunérées s’élève seulement à 10 % d’entre elles, alors que cette proportion est de 25 % au niveau de l’Union européenne.

6 Les faibles efforts du secteur public. Pour l’OCDE, un nombre significatif d’étrangers employés dans le secteur public peut avoir un impact positif sur les employeurs du secteur privé. La Belgique est toutefois à la traîne dans ce domaine. « Durant la dernière décennie, des plans de diversité ont été lancés à différents niveaux de pouvoir. Ces initiatives, cependant, ont souvent eu un impact très limité. Proportionnellement, peu d’immigrants ont un travail dans le secteur public, relève l’OCDE. »

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