Bruxelles s’élève hors du temps

De loin, l’œil novice devine un nuage au cœur d’un ciel qui s’assombrit. En s’approchant, il découvre les détails, les nuances des tons, les petits coups de couteau qui donnent du relief. Encore un peu plus proche, il voit enfin les traits qui forment la silhouette d’un clocher bruxellois. Bruxelles intemporelle, toile de 4 mètres de long a été réalisée en 1980 par l’artiste-peintre bruxellois Pol Fraiture. Elle est actuellement exposée à la galerie Alfican au Grand Sablon à Bruxelles en attendant peut-être de rejoindre un lieu public.

Pol Fraiture est né à Ixelles juste après la Seconde Guerre mondiale. Dès son plus jeune âge, il se réfugie dans le dessin puis dans la peinture. Son talent est inné, et c’est tout naturellement qu’il veut entrer aux Beaux-Arts de Bruxelles. En guerre contre ses parents, il ne peut cependant pas vivre sans cette passion dévorante qui lui permet de supporter des moments d’extrême euphorie et d’autres d’une noirceur abyssale.

Durant sa vie, il a peint environ 800 toiles dont certaines sont conservées par sa légataire universelle, son épouse Claudette De Ville. Aujourd’hui, elle organise une exposition réunissant une vingtaine d’œuvres dont cette toile monumentale représentant Bruxelles : Bruxelles intemporelle peinte un an seulement avant son décès.

« Pol avait une technique particulière. Il travaillait par superposition de couleur et gravait ensuite dans l’épaisseur de la peinture grâce à ses outils, explique Claudette De Ville. Il est le seul à avoir développé cette technique. De loin, on a l’impression d’être devant une peinture abstraite et ce n’est qu’en s’approchant qu’on distingue l’objet. C’est la même chose pour ce paysage de Bruxelles commandé par la Communauté française. »

L’institution n’honorera pas la commande, mais cette toile est emblématique. Pol Fraiture s’était inspiré d’une gravure du XVIIe siècle sur laquelle on voit Bruxelles depuis Anderlecht. « Comme sa peinture ne pouvait sécher, Pol a dû peindre jour et nuit pendant six semaines. Il a perdu 7 kilos et ne dormait que quelques heures par jour mais il était heureux. »

Aujourd’hui, Claudette De Ville aimerait que cette toile qui représente l’essence de la ville et qui nous donne surtout l’impression de n’être qu’un point dans cette immensité intemporelle, soit visible du grand public. Elle a entamé des démarches pour qu’elle soit exposée au Musée d’Ixelles ou, pourquoi pas ? à la maison communale de la Ville de Bruxelles. Une façon de rendre hommage à son amour en faisant vivre son œuvre à travers le temps.

Exposition jusqu’au 30 novembre à la galerie Alfican, 2 place du Grand Sablon, 1000 Bruxelles. www.pol-fraiture.be