Accueil

Au théâtre, on ne badine pas avec les ados

Désormais, des pièces s’adressent directement aux adolescents. Et ils apprécient.

Temps de lecture: 4 min

On l’avoue sans complexe : il nous est arrivé d’avoir des pulsions meurtrières au théâtre, coincée qu’on était entre telle ado tapotant sur son GSM, pas le moins du monde gênée d’agiter la lueur bleue de son appareil dans la pénombre religieuse de la salle, et tel autre jeune ricanant bruyamment des comédiens sur scène. L’ado se doit d’afficher une « attitude » et le théâtre, dans son chef, ne fait généralement pas partie des activités les plus « cool ». Il faut dire que des décennies passées à emmener les écoles voir des classiques à but pédagogique plutôt que des perles artistiques à but purement ludique n’ont pas amélioré les relations entre les jeunes et la scène.

Faut-il avoir peur des ados ? Des artistes comme Benoît Verhaert, peu intimidé, prouvent qu’on peut confronter ce public a priori rétif et l’emballer, avec un tantinet d’inventivité. La saison dernière déjà, le comédien et metteur en scène n’avait pas froid aux yeux, avec une proposition interactive basée sur L’Etranger de Camus.

Après une animation en classe, les ados assistaient à la pièce et venaient, à la fin de la représentation, défendre leur plaidoirie à la barre, sur la scène. Cette saison, il s’attaque à une œuvre plus romantique – On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset (1) – et une formule différente : les jeunes voient le spectacle, participent à un débat juste après, puis sont invités, avec le soutien des professeurs et des comédiens, à réécrire une scène à leur façon, avec leur point de vue d’amoureux au XXIe siècle, avant de la jouer, en mai, sur la scène du Varia.

« Tu as 18 ans et tu ne crois pas à l’amour ? », demande Perdican à Camille dans la pièce. La question fait mouche, forcément, auprès d’un public à peine plus jeune que les protagonistes. A la mise en scène, Benoît Verhaert a actualisé, sans dénaturer, ce triangle amoureux où les personnages confondent amour et amour-propre. Si les dialogues de Camille, Perdican et Rosette sont restés intacts, à la virgule près, le reste de la pièce prend de joyeuses libertés avec les personnages secondaires, le père de Perdican adoptant des allures de financier coté en Bourse et la gouvernante dévote évoquant les égéries ultracathos de la manif pour tous. La pièce, ainsi dépoussiérée, file à vive allure, ironisant sur les chansons d’amour de Roch Voisine ou Michel Sardou, déclamant un poème de Musset en slam, réglant les projecteurs en direct, ou bricolant sommairement les bruitages d’une fontaine romantique.

Aimer est affaire d’obstacles

Les comédiens sont d’un naturel rafraîchissant, loin du lyrisme exacerbé de Musset, mais ce qui fascine surtout, c’est la manière dont les jeunes absorbent cette matière, avec une lucidité et un optimisme inattendus. Faut-il aimer, même si cela signifie souffrir ? Ils ont leur mot à dire. Même si certains rebaptisent Perdican du nom de Ferdinand, même si le langage n’est pas toujours châtié, le débat révèle des jeunes loin du cliché trash et nihiliste dont on les affuble d’habitude, mais au contraire, animés de l’envie d’y croire.

Être amoureux pour la génération 2.0, ça passe peut-être plus par les réseaux sociaux que par des rendez-vous au clair de lune, mais ce n’est pas moins idéaliste. Telle fille se reconnaît dans les convictions de Camille sur la virginité et doute de la loyauté des hommes mais philosophe sur l’importance de la confiance mutuelle. Tel garçon reste persuadé que si l’on aime, on ne peut pas faire de mal à l’autre. « Aimer, c’est prendre un risque mais la vie tout entière, c’est prendre un risque, » lance un autre. Aimer est affaire d’obstacles. Aujourd’hui, c’est surmonter des différences d’origine sociale, de confession religieuse, de couleur de peau, mais c’est toujours y croire, envers et contre tout.

(1) Jusqu’au 29 novembre au Théâtre Varia, Bruxelles. Infos varia.be.

Puis en tournée.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La Une Le fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une