Piétonnier à Bruxelles : la contestation au projet n’est pas tendre

Pas de concertation, pas d’étude préalable, pas de communication : les reproches sont nombreux. Et le plan, mal ficelé, selon ses opposants.

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Z ’azis d’abord, ze réfléssis ensuite. » La formule, restée célèbre, du Premier ministre PS Achille Van Acker (1946, puis 1954-1958) pourrait résumer la volée de lourds griefs adressés au bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur (PS) et à son échevine de la Mobilité Els Ampe (Open VLD) à la suite de leur annonce d’un nouveau plan de circulation pour le centre de la capitale. Ce plan, pour rappel, accompagnera la transformation en piétonnier d’un grand nombre d’artères de l’hypercentre et la construction de quatre nouveaux parkings de dissuasion aux portes de ce périmètre « de confort » (Le Soir de mardi).

C’est l’absence de concertation, le manque de communication et la méthode de travail, jugée sans considération pour les acteurs de terrain ou les riverains, qui est dénoncée de toutes parts. Une façon d’avancer « à la hussarde » qui a abouti, selon ces détracteurs, à un plan mal évalué et mal ficelé, singulièrement en deux de ses aspects : la création de quatre nouveaux parkings souterrains (à la place du Jeu de Balle, place du Nouveau Marché aux Grains, place Rouppe et place de l’Yser), mais aussi l’établissement d’un « miniring » intérieur au Pentagone (les autorités bruxelloises parlent, elles, d’une « boucle de desserte »).

En ce qui concerne les parkings, c’est incontestablement celui de la place du Jeu de Balle, au cœur des Marolles, où se tient le très réputé marché aux puces de la capitale, qui soulève le plus de contestation (lire ci-contre). Mais c’est le principe même de la construction de ces parkings que la conseillère communale de l’opposition Marie Nagy (Ecolo) ne comprend pas. « Sous la législature précédente, nous avons développé un plan de mobilité très élaboré, qui comprenait un diagnostic fourni par deux bureaux d’experts réputés, se souvient-elle. Ils soulignaient que les parkings existants ne sont à l’heure actuelle occupés qu’à 50 %. Pourquoi, dès lors, en construire quatre de plus, sans parler de l’extension du parking de la place Poelaert, voté lundi dernier au conseil communal ? » Pour compenser la perte de places en surface ? « Els Ampe n’a pu nous donner aucun chiffre sur le nombre de places qui vont disparaître, répond Marie Nagy. Aucune étude n’a semble-t-il été faite. » Et dans un communiqué commun, les associations Arau (Atelier de recherche et d’action urbaines), Inter-Environnement Bruxelles et son pendant néerlandophone le Bral en rajoutent une couche. Dénonçant « une politique anachronique » qui renforcera « l’accessibilité au centre », elles rappellent qu’il existe déjà 34 parkings au centre-ville, équivalant à 20.000 places, « un des plus hauts ratios d’Europe », affirment-elles.

Quant à la création du miniring (ou de la boucle de desserte), elle suscite encore davantage le tollé. « Elle va à l’encontre du plan Iris, assure Marie Nagy. Les sites propres des bus supprimés, les voies réduites par des pistes cyclables en site propre, on mêlera sur ce miniring les voitures et les bus, et on espère que cela facilitera la mobilité ? Ce sera le contraire », s’inquiète-t-elle. Marie Nagy souligne en outre que la desserte du centre-ville en transports en commun sera de fait réduite, et que la zone piétonne pourra toujours être traversée par des véhicules. Le trio d’associations, pour sa part, estime que ce projet « rappelle furieusement le miniring dessiné dans les plans du groupe Tekhné, en 1962 », et qu’il « comporte le risque de rendre invivable le Pentagone entre ce miniring et la Petite ceinture, aux abords de laquelle les Bruxellois souffrent déjà beaucoup ».

Sollicité par nos soins, Arnaud Texier, le directeur de l’agence régionale du commerce Atrium, s’il « salue l’initiative et l’audace du projet », se dit pour sa part « peiné que certains acteurs n’aient pas été associés à la réflexion », et notamment son institution, dont l’expertise est pourtant reconnue « et que nous sommes demandés dans d’autres villes européennes », indique-t-il. Un oubli d’autant plus regrettable que les services d’Atrium auraient été gratuits pour la Ville, note-t-il.

Le prochain conseil communal, lundi, s’annonce déjà agité.

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