Airbnb fait son lit en Belgique

Créée en 2008 à San Francisco, la société Airbnb est plus que jamais présente en Belgique. On peut y louer « un appartement pour une nuit, un château pour une semaine ». Un marché que ne dédaignent pas les pros de l’immobilier.

Journaliste au service Enquêtes Temps de lecture: 5 min

Présent dans 190 pays et 34.000 villes, permettant aux voyageurs de louer pour une courte durée un des 800.000 logements référencés, le site Airbnb a connu une année record en Belgique : il y avait 3.000 maisons et appartements en location fin 2013, il y en a désormais près de 5.000, détaille Nicolas Ferrary, country manager pour la France et la Belgique. Le nombre de visiteurs a, lui, été multiplié par trois sur le même laps de temps. Sur Bruxelles plus précisément, le nombre de voyageurs a augmenté de 174 % tandis que le contingent de Bruxellois ayant voyagé avec Airbnb a, lui, bondi de 146 %.

Le principe de ce site communautaire né en 2008 à San Francisco ? Par le biais d’une plate-forme web au design léché, tout propriétaire d’un appartement, d’une villa, d’un château ou même d’un simple canapé-lit inoccupé quelques jours par an peut être mis en relation avec un voyageur pressé de vivre et surtout de dormir comme les locaux. La sécurité des transactions financières, la possibilité pour les clients de commenter les prestations des bailleurs et vice versa, la mise à disposition par la société de photographes professionnels expliquent pour l’essentiel le succès de cette version 2.0 des sites de petites annonces. Les touristes y trouvent une alternative crédible aux prestations hôtelières, les propriétaires peuvent amortir un espace inoccupé. La nuit étant en moyenne facturée 99,8 euros en Wallonie, le calcul est vite fait : il est plus rentable, pourvu que l’on possède un toit sympa et bien situé, de faire les yeux doux aux touristes et commis voyageurs qu’aux locataires de longue durée. D’autant que, esprit communautaire oblige, loueurs et hébergeurs partagent généralement un même état d’esprit, une définition semblable de l’hospitalité et de la convivialité. «  Nos gîtes, c’est un projet familial, illustre ainsi Cédric Locht, propriétaire avec sa maman, son frère et sa sœur du château de Berlieren, dans le pays de Herve. « Nous avons transformé cette ancienne seigneurie en gîtes de 2, 7 et 9 personnes. La restauration du bâtiment a duré longtemps et a été très compliquée, nous venons seulement d’accueillir nos premiers visiteurs.  » Depuis la mise en ligne de l’annonce, il fait état de « presque une demande par jour pour la période des fêtes  ».

Chez moi c’est chez toi, c’est aussi ce que proposent Elisabeth Mottard et ses enfants, propriétaires du Quintus Quartier, un bateau amarré à Namur. « Nous avons commencé au mois de février, explique Elisabeth. Ce qui nous intéressait avec Airbnb, c’est que la formule s’adresse avant tout aux particuliers : nous fonctionnons en quelque sorte sur le mode de la cohabitation, les gens vivent avec nous sur le bateau, ils ont leur propre chambre bien sûr mais ils partagent nos sanitaires, notre cuisine, notre salon. Ils sont vraiment dans nos meubles et dans notre coque, avec les enfants et le chien.  » L’idée première, reprend Elisabeth, était de transformer le Quintus Quartier en brasserie-cabaret, mais le manque d’équipement et de confort des bords de Meuse à Namur l’en a dissuadée. « Alors, en attendant de trouver une solution, on a ouvert ces cinq chambres d’hôtes. Mais ce n’est que provisoire : l’année prochaine, le bateau sera sur la croisette de Dinant et accueillera un club de jazz.  »

En nette croissance, l’offre belge est aussi diversifiée : si deux tiers des logements wallons et bruxellois sont des maisons et appartements, il y a aussi beaucoup de bed and breakfast, quelques bateaux, des cabanes parfois dans les arbres, des chalets, châteaux et même des bulles flottantes. Un succès qui, dans les métropoles, contrarie les hôteliers et perturbe les pouvoirs publics. Des réglementations sur mesure ont ainsi été adoptées à Madrid, Barcelone, Berlin, New York, Portland ou San Francisco. A Bruxelles, une ordonnance a été prise en 2013 afin de «  garantir la sécurité et l’offre d’hébergements proposée aux touristes » et lutter contre « le développement anarchique de la para-hôtellerie.  » Dans le sud du pays cependant, où la pression sur les professionnels de l’hébergement est moins forte, rien n’est encore prévu. « Il n’y a eu aucune demande du secteur en ce sens mais nous restons attentifs et s’il devait y avoir une concurrence déloyale, le ministre prendra attitude », souligne le cabinet de René Collin, ministre wallon du Tourisme.

Les pros du dodo

Convivial, sécurisé, relativement peu gourmand en commissions (3 % pour le voyageur, entre 6 et 12 % pour l’hébergeur) : même si ce n’est pas sa vocation première, Airbnb ne pouvait que séduire les professionnels de l’immobilier et de la location de courte durée qui voient dans le site américain un canal supplémentaire de promotion et de diffusion. C’est, par exemple, le cas de Tarik Hennen, cofondateur de Smartflats, une société qui permet de «  louer un superbe appartement meublé à Liège ou à Bruxelles  ». Même si Airbnb n’est pas le prestataire qui lui permet de signer le plus de contrats, Tarik en apprécie l’efficacité et la clarté : « Ce qui est remarquable, dit-il, c’est l’attitude différente des clients s’ils réservent par un site comme Booking ou par Airbnb. Avec ce dernier, les gens sont plus sympas et plus réalistes. Le système de notations croisées et la sécurisation des paiements sont aussi deux grands atouts du site.  » Il n’a eu, termine-t-il, qu’une malheureuse expérience, « avec des locataires qui avaient organisé une soirée et saccagé tout l’appartement. »

Du tout équipé et du court terme, c’est aussi le créneau de Ze Agency, une SPRL fondée début 2009 par Jennifer afin de mener «  toutes opérations relatives à la location, la sous-location, l’achat, la vente, l’exploitation, la mise en valeur et la gestion de biens immobiliers ». Une mission à laquelle participe Airbnb puisque Ze Agency y a placé une bonne trentaine d’annonces. Hans, lui, met huit biens en location – une roulotte, des chambres d’hôtes et des gîtes – près de Bouillon. Il s’est inscrit il y a trois mois seulement sur le site américain, qu’il trouve « sympa  » et dont il aime l’esprit « logement chez l’habitant ». Ils sont ainsi une trentaine en Wallonie à proposer deux logements en Wallonie, quelques dizaines aussi en région bruxelloise. Dont un couple qui, à lui seul, a déposé pas moins de 16 annonces pour ses propriétés à Anderlecht.

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