Les salaires réels des Belges n’ont plus augmenté depuis 2007

En 2012, le revenu moyen des Belges s’élevait à 16.651 euros. Précision utile : il s’agit là du revenu net imposable calculé par le SPF Economie (Service public fédéral) sur la base des déclarations fiscales de l’exercice 2013 (année de revenus 2012) à l’impôt des personnes physiques. Il y a une semaine, le revenu brut tiré de l’étude bisannuelle de l’Université de Leuven (KUL) pour Références (lire Le Soir du 22.11) s’inscrivait pour sa part à 3.261 euros brut, ou 2.068 euros net, en hausse de 4 % sur deux ans. En ligne avec l’inflation. Quelle que soit la période de comparaison, quel que soit le type de revenu visé – brut ou net –, la grande conclusion qui s’impose de ces deux enquêtes est que la masse salariale des Belges n’a pas bougé d’un iota depuis 2007. « Sur la période 2007-2012, le taux d’inflation s’est inscrit à 13,6 %  », explique Philippe Ledent, économiste chez ING. Or les salaires ont progressé de 13,8 % sur la même période. «  Et ces deux dernières années, on peut d’ores déjà affirmer – sans risque de se tromper pour 2013 – que les salaires réels n’ont pas évolué en raison du gel des salaires en dehors de l’indexation automatique », poursuit Philippe Ledent. Cependant, cette apparente inertie masque quelques évolutions macroéconomiques notables. D’abord, et de manière assez étonnante, la masse d’emplois, sur la période 2007-2012, a progressé de quelque 3 %. En 2007, il y avait quelque 4,488 millions d’emplois en Belgique d’après la Banque nationale de Belgique (BNB), contre 4,629 millions en 2012. « On ne peut donc pas affirmer que la pression sur l’emploi a compensé les nombreuses indexations de salaires qui ont lieu entre 2007 et 2010 essentiellement. Entre 2008 et 2012, il y a en effet eu 5 indexations, vu que le taux d’inflation annualisé s’est souvent révélé supérieur à 2 %. Il était même de 4,5 % en 2008. Si les salaires réels n’ont pas évolué sur la période 2007-2012, c’est essentiellement parce que de nombreux secteurs d’activité, notamment industriels, ont perdu des emplois, au profit d’emplois moins qualifiés et partant moins rémunérés, tels ceux dans les secteurs des services et des administrations publiques », explique l’économiste. «  Il y a deux autres explications à cette stagnation des revenus réels alors qu’on a créé de l’emploi, poursuit Philippe Defeyt, président de l’Institut de développement durable (IDD) et président du CPAS de Namur. La première tient à la conversion importante sur cette période d’emplois à temps plein en emplois à temps partiel.  » De fait, d’après l’enquête sur les forces de travail d’Eurostat, la part des personnes travaillant à temps partiel a progressé de 20,4 à 24,3 % entre 2003 et 2013, ce qui explique naturellement pour partie la pression à la baisse sur les salaires. « Enfin, il y a de plus en plus de personnes qui travaillent au salaire de base, sans prime de fin d’année, par exemple. L’évolution est palpable, surtout chez les jeunes. Ces trois raisons expliquent, alors que l’emploi ne s’est pas trop mal comporté, cette stagnation des revenus salariaux ces dernières années. »