Créer son job en rachetant une entreprise

Vieillissement de la population oblige, près d’un tiers des entreprises seront à vendre dans les 10 ans. Leur pérennisation représente un enjeu économique majeur. Les quelque 780 entreprises wallonnes enregistrées à la vente par la Sowaccess depuis 2006 ne représentent qu’une petite face immergée de l’iceberg. Ce qui est certain, c’est que l’opération n’est pas chose aisée. Une enquête de l’UCM en 2013 indiquait que 61 % des entrepreneurs qui envisagent la cession de leur entreprise dans les deux ans n’ont pas de repreneur en vue.

Pour faciliter un passage de relais délicat, car souvent émotionnel, diverses initiatives soulignent que le « repreneuriat » est aussi de l’entrepreneuriat. Présentée ce mercredi à Liège, Job’In Reprise guide les candidats cédants et repreneurs, ces derniers étant majoritairement des demandeurs d’emploi qui cherchent à créer leur propre job. En tant que structure d’accompagnement à l’autocréation d’emploi (SAACE), Job’In est ainsi, en février 2014, la première à mettre en pratique une modification du cadre légal wallon sur les SAACE, ouvrant ainsi la voie à la reprise.

Concrètement, Job’In Reprise propose divers diagnostics et invite le cas échéant le candidat repreneur à effectuer un stage pour observer l’entreprise de l’intérieur. Si ce stage est concluant pour les deux parties, un business plan est élaboré et un accord global est négocié. Une fois ces étapes achevées, le repreneur pourra envisager son entrée en test au sein de la « couveuse d’entreprises » de Job’In, pendant une période allant de 6 à 12 mois. Le candidat conserve son droit aux allocations de chômage pendant cette période.

« Job’In m’aide à me poser les bonnes questions. Il est important d’avoir un intermédiaire neutre qui aide à créer une confiance réciproque », explique Pascale, qui, après 35 ans de carrière, souhaite remettre son salon de coiffure, en périphérie de Liège. « Le plus difficile est de trouver quelqu’un qui recherche la stabilité et ne va pas revendre après un an », poursuit-elle. «  Mon rôle est de transmettre une certaine continuité dans l’approche client, sans pour autant jouer les belles-mères. » Pascale se donne une année pour finaliser la cession.

Concilier les points de vue

Philippe (35 ans) se prépare, avec deux collègues, à racheter l’entreprise informatique où il travaille depuis 15 ans. Le patron prend sa retraite à 69 ans : «  Nous sommes avant tout des informaticiens. Job’In nous guide sur le plan administratif et financier, et apporte un regard extérieur qui facilite la conciliation des points de vue. » Le premier objectif est de stabiliser la PME pour maintenir la dizaine d’emplois et ensuite la faire grandir.

Le gros avantage d’une reprise par rapport à une création est évidemment l’héritage d’une clientèle existante, que l’on peut espérer faire fructifier. A condition que la transition soit bien préparée : «  Notre objectif est d’aller puiser dans le vécu des repreneurs et des cédants l’essence même de la future activité, de façon à développer des entreprises à la fois inspirées, qui ont une âme, mais qui sont également solidement ancrées dans la réalité », souligne Carine Frérard, directrice de l’ASBL.

Lancée à Liège, Job’In compte une équipe de 20 collaborateurs et est présente également à Namur, Nivelles, Oupeye, Sambreville et Verviers.