Bruxelles rénovée au bonheur de la classe moyenne

La face de la capitale va changer : la Ville va créer un piétonnier, la Région dix nouveaux quartiers. Au profit de tous ? Analyse.

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Le « nouveau cœur » de Bruxelles va-t-il lui faire perdre son âme ? C’est la question que pose Gwenaël Breës, un habitant des Marolles et auteur de Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelles, destiné à montrer la face cachée des opérations de « revitalisation » du quartier Midi. La question se pose selon lui, alors que la Ville de Bruxelles a décidé de créer des parkings dont un dans les Marolles, concomitamment au projet de piétonnier sur les boulevards du centre que célèbre déjà le déplacement (polémique) du spectacle pyrotechnique du Mont des arts à la place De Brouckère. Une « dysneylandification » de Bruxelles pour l’ancien journaliste, qui, là, redoute « un chamboulement de la vie sociale et commerçante »  ; ici, « l’accélération de la sablonisation des Marolles ».

Quand les autorités, de la Ville comme celles de la Région, dans le cadre notamment de la création de dix nouveaux quartiers et du plan canal, chantent les vertus de la « revitalisation » au nom de l’indispensable « mixité de fonctions », Gwenaël Breës, comme d’autres, dénoncent plus largement le processus de gentrification que sous-tendraient ces politiques, largement voulues à destination des classes moyennes.

Un projet de Ville qui, selon le géographe Mathieu Van Criekingen (ULB), ne serait « ni de gauche ni de droite », mais une sorte de « moule commun » : « Il faut un piétonnier au centre-ville comme à Bordeaux ; il faut un musée d’art contemporain comme à Bilbao ; il faut un écoquartier comme à Fribourg…  Je ne suis pas persuadé que les habitants des quartiers populaires de Molenbeek rêvent d’un musée d’art contemporain. Mais peut-être de plus de logements sociaux, d’écoles ou de crèches. »

Ces « impératifs du bon gestionnaire urbain », ces « best practices », n’auraient pas pour moteur l’intérêt général, mais celui de la classe moyenne. «  C’est la politique de la Région bruxelloise depuis 1989, estime Claire Scohier, d’Inter-Environnement. Bruxelles s’est retrouvée face à un problème de finances avec des navetteurs qui utilisent les services sans contribuer à leur financement. Sa recette a donc été de vouloir fixer la classe moyenne. Vingt-cinq ans plus tard, on voit que cette politique creuse la dualisation sociale. »

Le modèle de ville proposé partirait du principe que « Bruxelles, comme capitale de l’Europe, doit s’alléger d’une partie de sa population pauvre ».

On ne va pas envoyer la police pour les déloger, explique-t-il : on laisse gentiment le marché immobilier faire le travail.

En clair : les pouvoirs publics rénovent un quartier populaire ou délaissé, il prend de la valeur et les habitants aux revenus modestes qui y vivent doivent laisser la place à des ménages en mesure de s’offrir les loyers revus à la hausse. Un scénario que réfute le ministre président Rudi Vervoort (PS), qui affirme que son plan vise à créer de nouveaux quartiers alors que la gentrification toucherait exclusivement des quartiers cossus qui retrouvent leur valeur originelle. Un avis partagé par le bourgmestre de la Ville de Bruxelles : « Il n’est pas question de gentrifier les quartiers mais de créer de l’activité économique au profit des Bruxellois, explique Yvan Mayeur (PS). Et qui plus est dans des secteurs qui ont besoin d’une main-d’œuvre infraqualifiée qui a presque disparu dans le secteur des services. Nous avons par ailleurs une politique immobilière, tant à la Régie foncière qu’au CPAS, de création de logements publics à destination des revenus moyens et faibles. Nous avons construit un millier de logements sous la législature précédente, et il y en a 850 au programme de celle-ci. Ils vont s’ajouter à un parc de logements déjà important dans les Marolles, ce qui permet justement de lutter contre la sablonisation. » Tout le monde ne semble pas convaincu.

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