Le prix Rossel 2014 a été décerné à Hedwige Jeanmart pour son premier roman «Blanès»

Le prix Rossel a été décerné ce jeudi midi à Hedwige Jeanmart, pour son roman Blanès, paru chez Gallimard.

Le roman, qui consacre les débuts d’Hedwige Jeanmart et confirme la vocation du Rossel à souvent révéler de nouvelles écritures (après notamment Geneviève Damas ou Caroline Lamarche), a obtenu six voix, contre trois à Vera, de Jean-Pierre Orban, et ce au sixième tour. Le jury était présidé par Pierre Mertens, ancien lauréat du Rossel, tout comme cinq de ses jurés (Thomas Gunzig, Michel Lambert, Ariane Le Fort, Isabelle Spaak, Jean-Luc Outers), les deux autres étant des libraires.

Avec Blanès, déjà finaliste du prix Medicis, le mois passé, Hedwige Jeanmart raconte le parcours étrange d’un deuil vécu par une femme dans une station balnéaire espagnole. Pierre Mertens, qu’on savait déjà conquis, soulignait ce midi «  l’extraordinaire maîtrise » de ce premier roman, «  un ovni intempestif », qui a «  une façon tout à fait originale et singulière de parler de l’abandon, de façon apparemment neutre, sans pathos ».

Le décor. Blanès, station balnéaire près de Barcelone, 2011.

Le pitch. Eva et Samuel vont passer une journée à Blanès, une cité balnéaire proche de Barcelone, où ils vivent. Ils se promènent, mangent, reviennent à Barcelone, montent dans leur appartement. Et soudain Samuel est parti, disparu. Mort, dit Eva. Elle est désemparée, anéantie. Pourquoi cette fuite ? C’est à Blanès que la clé réside. Elle y retourne, rencontre des tas de gens, dont des fans de Roberto Bolano, l’écrivain chilien qui y a fini sa vie. Elle cherche des indices, mais son enquête s’évanouit dans le mystère. Eva perd contact avec ce monde. C’est elle qui raconte son histoire. Imagine-t-elle, invente-t-elle, recrée-t-elle une autre réalité ? Ce roman est un jeu, sur la littérature, le pouvoir des mots, les personnages littéraires. Entre la fiction et la réalité.

L’extrait. «  J’ai regardé le feu d’artifice jusqu’au bout, et lorsque tout a été fini j’ai entrevu les contours d’une forme de chagrin, celui que l’on peut connaître à la suite d’un petit abandon, pas d’un gros. Je suis restée encore un moment sur la terrasse, repensant à l’incendie et à la personne que j’étais à quatre ans et demi quand les câbles électriques prenaient feu au-dessus de ma tête. Il s’est mis à faire plus froid. Ce qui n’était au départ qu’une légère brise prenait de l’ampleur et de la force ; à côté de moi les fines branches du citronnier en pot se sont agitées dans tous les sens, affolées, comme si elles soupçonnaient le pire et imploraient une aide dont elles savaient qu’elle ne viendrait pas. » (pages 45-46)