Scandale: la «CIA» a dérapé (et pas nous?)

En Europe, on aime bien donner des leçons au reste du monde. Sur les droits de l’homme, notamment. Bien sûr, l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh n’aurait pas été arrêtée, hier, si elle vivait dans l’Union européenne. Et le dealer saoudien Nasser Ben Amiq Ali al-Inzi n’aurait pas été exécuté par décapitation, mardi, s’il avait sévi plutôt quelque part entre Helsinki, Lisbonne et Nicosie.

Pour autant, nous ne sommes pas au-dessus de tout reproche. Ne parlons pas de la Hongrie et de Viktor Orban, notre petit Poutine à nous. Prenons la Belgique. On peut certes débattre des bonnes et des mauvaises manières des policiers belges. Demandez à certains opposants congolais ou à une certaine « indignée » grecque… On ne peut en revanche contester les chiffres de la surpopulation carcérale, qui est une honte !

Arrêtons-nous cependant sur l’extradition de Nizar Trabelsi vers les Etats-Unis, menée dare-dare par le gouvernement Di Rupo, avant que la Cour européenne des droits de l’homme n’ait pu se prononcer. Au nom de la guerre contre le terrorisme – et au nom de l’amitié transatlantique –, quelle injure aux droits fondamentaux ! La Cour a, du reste, condamné la Belgique dans cette affaire.

En Europe comme ailleurs, les droits reculent face à la sécurité. Pour cause de guerre contre le terrorisme, l’équilibre entre ces deux nécessités laisse maintenant trop souvent à désirer.

Le Sénat des Etats-Unis vient de se pencher avec courage sur les pratiques, parfois effroyables, de la CIA après le 11-Septembre. L’Union européenne serait bien inspirée de prendre exemple sur cet exercice de transparence démocratique. Au cours des années noires qui avaient suivi le 11-Septembre, de nombreux Etats européens avaient en effet apporté leur concours aux basses besognes de l’Agence américaine. Selon le Parlement européen, trois pays (la Pologne, la Roumanie et la Lituanie) avaient même accepté que la CIA implante sur leur territoire des centres de détention secrets, hors de tout cadre légal.

Tout cela doit être tiré au clair. Il n’y a pas de petits droits de l’homme et de grands droits de l’homme. Les droits de l’homme, c’est tous les jours, au coin de la rue comme à l’autre bout du monde.