Lima: trop peu, trop lent, évidemment

Que les conclusions du sommet de l’ONU sur le climat soient « un accord a minima », « le plus petit commun dénominateur », « insuffisantes », ou « vagues », voilà les truismes du jour. Pour un moment encore, le monde est condamné à courir derrière l’urgence climatique qui s’aggrave. Il faut espérer que ce rattrapage s’accélérera et que personne ne se découragera. On doit tout faire pour éviter cela. Mais arrêtons de croire que les sommets onusiens vont apporter toutes les réponses à cet immense et complexe problème. Il y a, en cela deux dangers : celui de provoquer une déprime permanente, ou celui de vouloir casser l’outil. Cet outil est d’une lenteur exaspérante, d’une imperfection totale (humaine, en fait…). La question n’est pas de savoir si l’ONU est insuffisante. Elle l’est, point. Tout comme elle est indispensable.

Osons, en revanche, paraphraser Kennedy : « Ne demandez pas ce que l’ONU peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le climat. » Certes, il faut continuer à pousser tant et plus pour accélérer le processus des négociations multilatérales ; l’année 2015 offre au monde une occasion en or avec la perspective d’un accord à Paris. A Lima, où s’est définitivement close l’ère des stupides remises en question des constats scientifiques, les 195 pays du monde ont maintenu ouverte la perspective d’un accord ambitieux. Après la mise en jambes, il va falloir transformer l’essai. Gageons qu’on trouvera des motifs de déception au bout du chemin.

Mais l’enjeu est peut-être moins d’avoir un accord ambitieux que de mobiliser l’Humanité autour d’un problème qui concerne son bien-être et, à certains endroits, sa survie. Cette Humanité, elle commence au coin de la rue. Ce sont nos gouvernements, nos villes et communes, nos associations, nos écoles, nos entreprises, nos vies quotidiennes. C’est ici qu’il faut redire que se trouve le pouvoir. C’est ici qu’il faut exiger de l’intelligence, du courage et de la responsabilité. C’est ici qu’on peut se relier au monde.

Car rien n’est innocent. La moindre décision politique, économique ou financière, le moindre comportement individuel doit aussi s’analyser à la lumière de problèmes plus globaux : le climat, la lutte contre la pauvreté, la solidarité, la préservation de l’environnement.

C’est tellement plus passionnant que de s’échiner à faire d’un sommet climat un modèle d’efficacité. Plus difficile aussi. Car on n’y arrivera pas si les uns restent obsédés par les prochaines élections ; si les autres sont rivés sur leurs profits et les diktats de leurs actionnaires ; si pour les autres ne comptent que leur nombril, leur bagnole, leur morceau de viande ou leur écran plasma.

Cela doit changer, cela va changer. Et l’ONU n’y sera pour rien.

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