Jean-Charles Luperto, la chute d'un espoir du boulevard de l'Empereur

Le parquet souhaite la levée de l’immunité de l’ex-président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, inculpé d’outrage aux mœurs. Portrait.

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Le procureur du Roi de Namur, Vincent Macq, a confirmé mercredi soir l’inculpation par le juge d’instruction Olivier du député wallon PS Jean-Charles Luperto, pour «  outrage public aux mœurs », avec la circonstance aggravante de la présence de mineurs. Les faits retenus sont des actes d’exhibitionnisme commis sur le parking de l’aire de Spy (Jemeppe-sur-Sambre) entre le 1er avril et le 31 août dernier. Jean-Charles Luperto avait été aperçu par des témoins en train de se masturber. Cinq personnes, dont deux mineurs de moins de 16 ans, figurent au nombre des plaignants. M. Macq a précisé que l’un de ces mineurs d’âge allait être soumis à une expertise afin d’évaluer la crédibilité de son récit.

Jean-Charles Luperto, qui a fait un pas de côté de sa fonction de président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qu’il assumait lors de la révélation des faits, il y a six semaines, à sa charge avait admis s’être rendu sur ce parking de l’autoroute E-42 pour des rencontres furtives avec des partenaires masculins de passage. Il niait s’être commis de faits répréhensibles en présence des plaignants, particulièrement des mineurs d’âge. «  Les éléments avancés par M. Luperto ne lui sont pas reprochés. On ne parle pas de dérivés. On n’est pas en train de s’intéresser à la sexualité de quelqu’un lorsqu’elle se passe entre des personnes majeures et consentantes, ni à sa vie politique, c’est un citoyen », a précisé le procureur du Roi.

Au cours de sa communication, Vincent Macq a évoqué la «  probabilité grande » du lancement d’une procédure de demande de levée de l’immunité parlementaire de Jean-Charles Luperto. Cette levée d’immunité est indispensable pour procéder à l’arrestation d’un élu ou le renvoyer devant une juridiction de jugement. Pour Vincent Macq, « un mandat d’arrêt n’est pas à l’ordre du jour  ». Mais, a-t-il ajouté, «  la levée de l’immunité parlementaire permettrait d’avoir un acte de contrainte, comme le maintien en liberté sous conditions. Les éléments sont suffisamment sérieux pour que cette question soit débattue à un moment donné. Tout dépendra du temps et du contenu des devoirs en cours et complémentaires.  »

Vincent Macq a ainsi précisé que les devoirs d’instruction relatifs à l’examen des ordinateurs de Jean-Charles Luperto étaient toujours en cours. S’il devait s’avérer que ces analyses révèlent d’autres faits infractionnels, de nouveaux chefs d’inculpation pourraient être signifiés à Jean-Charles Luperto, avec délivrance éventuelle d’un mandat d’arrêt si son immunité parlementaire est levée par les deux assemblées auxquelles il appartient : le parlement wallon et celui de la Communauté.

Dans un communiqué, les avocats de Jean-Charles Luperto ont pris acte de l’inculpation de leur client, signifiée le matin même. Ils la considèrent comme une étape inévitable de la procédure et entendent déployer la défense effective de leur client qui aura désormais accès, si le juge l’autorise, au dossier d’instruction.

Le juge d’instruction, saisi par le parquet depuis le mois d’octobre, était dans l’obligation d’inculper Jean-Charles Luperto au sens de l’article 61 bis du Code d’instruction criminelle, qui ne précise pas le délai dans lequel une inculpation doit être signifiée au suspect en cas d’existence d’indices suffisants. La Cour de cassation a statué qu’un long délai mis à inculper ne pouvait vicier la procédure, sauf s’il a irrémédiablement compromis les droits de la défense.

Le procureur du Roi a rappelé, si besoin, que Jean-Charles Luperto continuait à bénéficier de la présomption d’innocence. Le terme de l’instruction ne peut être fixé.

La chute d'un espoir du boulevard de l'Empereur

Une commune, et même ce sous-bassin qu’est la Basse-Sambre, perd son ténor politique.

Il est assez difficile de faire ressentir, vu de Liège, de Bruxelles ou de Charleroi, la place que Jean-Charles Luperto occupe dans ce coin de la province namuroise où le socialisme est une tradition, comme souvent lorsque le passé industriel – et il faut bien parler du passé, s’agissant de la Basse-Sambre, où ne subsiste quasiment que Solvay – a marqué de profondes empreintes.

Une majorité absolue PS y est la règle depuis la fusion des communes, en 1976. In fine, localement, Luperto n’a compté qu’un seul adversaire qui aurait pu lui faire de l’ombre, le réformateur Gilles Mouyard, également député wallon, mais qui a finalement déménagé dans la commune voisine de Fosses-la-Ville.

« Si ce qui lui est reproché devait se confirmer, ce serait un séisme dans notre région », confiait Bernard Riguelle (CDH) lors de l’éclatement de « l’affaire Luperto ». Au dernier conseil communal, alors que Luperto restait maïeur « en titre » mais avait déjà nommé son premier échevin Denis Liselele comme bourgmestre faisant fonction, même l’examen du budget, forcément étriqué par les temps qui courent, n’avait pas sorti les cinq groupes de l’opposition (MR, CDH, Ecolo, l’unique élue FDF de toute la province de Namur et le conseiller indépendant Philippe Kerbusch) d’une réserve respectueuse. Monique Félix (FDF) avait glissé : « Nous avons tous décidé d’être gentils aujourd’hui. » C’est peu dire que Jean-Charles Luperto, pour beaucoup de citoyens même relativement éloignés des idéaux socialistes, est perçu comme l’incarnation de leur entité. Il est le maïeur de tous, les représente tous. En dehors de toute considération pour l’action judiciaire qui suit son cours et vient de franchir une nouvelle étape, son absence va créer un vide dans le petit cénacle des élus locaux. Et aussi dans la représentation de l’arrondissement de Namur dans les parlements wallon et de la Fédération.

Un parcours de golden boy

Au-delà, le PS perd une carte de son jeu. Car le boulevard de l’Empereur, incontestablement, misait sur Jean-Charles Luperto, qu’il avait préféré à Eliane Tillieux, pourtant ministre sortante, pour mener la liste aux élections régionales dans sa circonscription. L’électeur, il est vrai, a préféré la Namuroise.

Le Sambrevillois avait déjà abandonné sa casquette de président du parlement de la Fédération, et avait cédé les affaires courantes communales.

Quoi qu’il advienne ensuite, comment se relever politiquement d’une telle déroute ?

Cela semble d’autant plus compliqué, voire inconcevable, que le sujet d’accusation est particulièrement sensible auprès de l’opinion publique.

A 41 ans, Jean-Charles Luperto avait jusqu’ici connu une carrière fulgurante. Il aurait déjà pu être ministre sans ce facétieux canular téléphonique faisant croire au maïeur de la commune voisine, Joseph Daussogne, que sa maison allait être incendiée. Le bourgmestre jemeppois, également PS, avait fulminé et porté plainte, rendant ainsi l’histoire publique. La suite a été une plainte, ensuite retirée et suivie d’un un non-lieu. Mais l’épisode a laissé des traces.

Ce bosseur, politique jusqu’au bout des ongles, stratège, a dû à ses débuts batailler pour imposer son profil d’intellectuel qui dénotait dans le décor socialiste local ; il est donc retourné à ses chères études. Localement, il a mis plusieurs plumes à son chapeau : le redressement des finances communales, le sauvetage de plusieurs écoles menacées de disparition pour manque d’enfants en développant des projets pédagogiques distincts. Le sauvetage de l’hôpital d’Auvelais aussi, un peu dans la douleur, mais en ayant complètement redressé la barre quelques années plus tard.

Elu à Sambreville alors qu’il avait à peine 20 ans, sur une liste indépendante à une époque où il n’avait pas encore rejoint le PS, il n’est pas près de revoir la salle du conseil communal.

 

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