L’année de l’économie collaborative ?

Selon de nombreux observateurs, 2014 restera comme l’année où le concept d’économie collaborative/participative, parfois appelée abusivement « économie du partage », est entré dans les mœurs. Certes, le phénomène est surtout américain, porté par des entreprises comme AirBnB (logements), Lyft (covoiturage) ou TheLendingClub (prêts entre particuliers). Et les modèles économiques doivent encore faire leurs preuves. En Europe, et singulièrement en Belgique, l’appel « à la foule » pour des services divers reste l’apanage de quelques pionniers, exception faite peut-être d’AirBnB. Ou en France, du service de covoiturage sur longue distance BlaBlaCar, qui annonçait la semaine dernière avoir transporté autant de voyageurs que l’Eurostar.

Le crowdfunding a beaucoup gagné en visibilité

2014 a aussi été l’année où quelques start-up belges ont posé des jalons pour tenter de se faire une place au soleil sur ces nouveaux marchés au potentiel « disruptif » (comprenez qui chamboulent des secteurs traditionnels) : ListMinut (petits boulots) et Pawshake (dogsitting) ont levé des fonds pour passer à la vitesse supérieure. Djump (covoiturage) a ouvert une antenne à Lyon, après Paris et Bruxelles. Et des start-up comme CarAmigo (location de voitures entre particuliers), MyFlexiPark (louer votre parking) ou CarAsap (qui se profile comme un concurrent « légal » à Uber) ont vu le jour. La mobilité est à l’évidence un thème porteur… En filigrane, le financement par la foule (crowdfunding) a beaucoup gagné en visibilité chez nous ces derniers mois.

Un des précurseurs belges de l’économie collaborative, PiggyBee, a eu l’honneur de figurer au salon LeWeb à Paris parmi la sélection internationale de l’analyste de la Silicon Valley Jeremiah Owyang. En avril 2012 déjà, cette jeune société de Braine-l’Alleud lançait une plate-forme de transport d’objets par des particuliers, qui profiteraient de leurs voyages pour apporter ou ramener un objet à autrui, souvent de la nourriture locale ou un vêtement. « Nous devrions passer le cap des 3.000 utilisateurs fin de cette année, 30% en Belgique et le reste partout dans le monde », explique le fondateur David Vuylsteke. Pas de quoi en vivre, loin de là (David Vuylsteke a par ailleurs une activité de sonorisation), vu que le système est quelque peu « hippie », et ne rapporte rien actuellement. La plate-forme est gratuite et chaque demandeur offre le pourboire qu’il souhaite à son « transporteur ». Pour espérer vivre un jour de PiggyBee, l’entrepreneur réfléchit à instaurer une tarification proportionnelle (sur lequel la plate-forme empocherait une commission) et a en tête une dizaine de services payants complémentaires, des assurances notamment. Il compte se focaliser sur certains itinéraires : Bruxelles-New York, le Thalys et l’Eurostar, etc. Son plus gros défi est en effet d’atteindre une masse critique, pour satisfaire un maximum de mises en relation. Une nouvelle version du site, plus conviviale, sera lancée début 2015, toujours sur fonds propres.

« Je suis persuadé que l’économie collaborative peut relancer l’économie en général. On voit le gros intérêt des investisseurs à risque. Mais on n’est qu’au tout début de l’histoire, surtout en Europe. Le vrai référent de la « sharing economy » est AirBnB », explique David Vuylsteke. Et Uber ? « Une sorte de brebis galeuse de l’économie du partage… »