Exclus du chômage: vos témoignages

Les allocations d’insertion ont été limitées à 3 ans depuis le 1er janvier 2012. Conséquence : une série de personnes vont être exclues du chômage ce 1er janvier.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 5 min

Les allocations d’insertion (les allocations de chômage obtenues sur base des études et après un stage d’attente) ont été limitées à 3 ans depuis le 1er janvier 2012. Conséquence : une série de personnes vont être exclues du chômage ce 1er janvier. Selon l’Onem (Office national de l’emploi), cela concerne plus de 30.000 Wallons, essentiellement des moins de 30 ans, mais pas uniquement. La moitié environ des exclus pourront bénéficier du revenu minimum d’insertion auprès du CPAS de leur commune. L’autre moitié se retrouvera du jour au lendemain sans aucune rentrée financière.

Le chiffre de 30.000 exclus pourrait être diminué d’environ 3.000 personnes, pour lesquelles un délai supplémentaire de 2 ans a été prévu. Il s’agit de personnes souffrant d’une incapacité de travail permanente de plus de 33 % ou de problèmes médicaux et qui bénéficient d’un accompagnement.

Voici quelques témoignages recueillis auprès de nos internautes.

Momo Chan : « Comme beaucoup je suis sur la sellette. Ayant 2 enfants, j’ai toujours travaillé depuis 1999. J’ai enchaîné des boulots précaires de remplacements en intérims. Un jour, j’ai fini par en avoir marre de faire le bouche-trou, la roue de secours. Je me suis dirigé vers le Forem qui m’a formé comme soudeur. Dix mois de formation et des rêves plein la tête. J’avais l’espoir de trouver un job. Quelle déception : après ma certification – qui ne sert à rien – vous êtes seul, le Forem n’en a plus rien à faire de vous.

J’ai décidé à 32 ans de prendre des cours du soir en dessin géomètre. J’ai réussi avec succès. Depuis un an, j’ai envoyé 250 candidatures. Dix m’ont répondu ; deux interviews ; examen réussi mais pas de boulot.(…) Courage à tous »

Pascale Brughmans : « Après le réveillon, l’exclusion. Je fais partie de ces exclus du chômage qui devront demander le « revenu d’insertion » au CPAS pour le 1 janvier 2015. Cette échéance a entraîné une remise en question. Mais m’a aussi révolté.

Deux sentiments que j’ai mis à profit pour créer une plate-forme d’information et d’action visant à aider les personnes qui comme moi seront sous peu dans une situation précaire. Je voudrais initier un éclairage différent et positif sur l’image des exclus. http://www.findedroits.be naît petit à petit pour offrir une information complète et pertinente mais également d’offrir la possibilité de poster un « combat pour l’emploi ». Une manière de sensibiliser tous les acteurs et décideurs du monde du travail. Il s’agit là d’une initiative personnelle et apolitique, elle n’est sûrement pas parfaite, mais elle est motivée par une réelle envie de changement »

Arnaud : « Un mois après avoir appris que j’allais être père pour la première fois, j’apprends que je vais être exclu du chômage. J’ai toujours donné des cours de musique en ALE, en travaillant 180 heures durant une période de 6 mois, m’octroyant une dispense de recherche d’emploi. Ma compagne étant étudiante, nous n’avons que mon revenu. Elle termine ses études d’anthropologie dans six mois. Nous allons donc vivre pendant ce temps sans revenus. Je n’ai pas d’économie, mais nous avons récemment déménagé dans un chalet en bois de 12 mètres carrés et nous n’avons pas de voiture, préférant le vélo ou les transports en commun. Je refuse d’aller au CPAS, c’est trop difficile de supporter un autre clou dans notre dignité, après celui planté durant plusieurs années par le Forem et sa chasse aux chômeurs. Alors plutôt que de supporter les brimades injurieuses du gouvernement et de ses fonctionnaires, nous allons nous débrouiller. Comment ? Par des routes secondaires, des chemins détournés, des solutions alternatives, tout ce qui nous permettra de nous astreindre de cette chasse aux chômeurs, bien présente depuis longtemps, mais qui n’a jamais atteint l’apothéose actuelle, l’exclusion pure et simple du chômage. C’est très difficile à vivre, mais nous survivrons. On doit pouvoir le faire avec 400 euros par mois, si l’on limite à l’extrême ses besoins. Pas de drogue, pas de voiture, pas de dettes, pas de loisirs payants. Juste un peu d’espoir, de débrouillardise, et de distance par rapport à cette société qui encourage l’individualisme et la surconsommation. J’imagine que l’on peut s’attendre à ce que d’autres agissent comme nous le faisons, après ce mois de janvier rempli de cadavres de chômeurs. Et pour les mauvaises langues qui nous considèrent irresponsables vis-à-vis de l’enfant à venir, nous leur rétorquons que l’argent ne fait pas le bonheur, qu’un enfant coûte peu, et que nous sommes confiants pour son éducation et son futur ».

Anonyme  : « Moi, j’ai peur et honte. J’ai envie de pleurer, je vais aussi avoir un enfant, et je ne sais pas comment on va faire. Qu’est-ce que je vais dire à ma femme, à ma famille ? Je ne trouve pas de travail, ni à Bruxelles, ni en Wallonie. Il y a beaucoup trop de gens qui postulent, des centaines parfois sur une même offre. Je voudrais qu’on (…) ne me juge pas. Qu’on me donne un boulot que j’aime (un peu au moins) ».

Gary : « Comment prendre cette mesure, si ce n’est mal… Pour ma part, cela fait 3 ans que je recherche un emploi… Oui, j’ai bien dit 3 ans. Mais à de multiples reprises, j’ai été mis sur la banquette pour diverses raisons :

1- Pas de permis. Je fais l’effort de le passer, je l’obtiens.

2- On évoque ensuite que je n’ai pas de voiture… Comment veulent-ils que j’achète ma propre voiture alors que je ne travaille pas ?

3- Les intérims : Ah, ces fameuses entreprises censées nous orienter et nous proposer des emplois plus ou moins convenables. Génial, j’ai reçu 5 offres d’emploi sur une dizaine d’agences intérim auxquelles je me suis inscrit.

4- Les magouilles : Par magouille, j’entends les plans Activa etc. que l’Etat propose aux entreprises. Génial en somme, mais quand nous n’y avons pas droit, c’est moins facile…

5- Au noir : les seules offres d’emploi où on m’a répondu, c’était pour m’engager au noir…

Alors, on fait quoi ? On perd nos allocs et on se tait… »

Vous êtes concernés ? Partagez votre témoignage.

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