Siegfried Bracke: «La Flandre indépendante? Logique comme les lois de Darwin»

L’intégralité de l’interview du président N-VA de la Chambre au Soir.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 6 min

Passé de la VRT à la N-VA en 2010, Siegfried Bracke a mis sa popularité de journaliste au service du parti nationaliste, qui le lui rend bien : le voilà président de la Chambre, à l’issue des élections de mai 2014. Parmi les plus importants personnages de l’Etat dans l’ordre protocolaire, il n’a pas sa langue en poche. Il y va fort.

On vous a reproché votre gestion des travaux à la Chambre, partisane. On a en mémoire la « rentrée » du 14 octobre, Laurette Onkelinx réclamant à cor et à cri une suspension de séance…

Il y a eu d’abord l’impact physique, provoqué par les cris dans l’hémicycle. Il n’y avait pas que Laurette Onkelinx, toute l’opposition a suivi, la majorité a réagi. Deuxièmement : je me suis rendu compte rapidement que j’étais dans un rôle de victime… Le lendemain, votre journal réalisait un petit sondage internet : « Trouvez-vous que le PS va trop loin ? » Résultat : 80 % de « oui ». C’est toujours intéressant de se trouver dans le rôle de la victime…

Quatre décembre, autre séance qui restera dans les annales : l’opposition quitte l’hémicycle.

Sachez que quelques jours plus tard, j’ai réuni tous les chefs de groupe des partis d’opposition. On a parlé franchement.

C’est-à-dire ?

Les échanges doivent rester confidentiels, mais je vous dirai que Laurette Onkelinx a pris la parole en premier : « Monsieur le Président, nous ne voulons pas faire du cinéma chaque semaine » ; et que j’ai répondu : « Moi non plus ». Voilà. Pour ma part, j’ai retenu de cette réunion que le point sensible, c’était le respect de l’opposition. Je m’en suis rendu compte. Je les ai compris.

N’est-ce pas illusoire d’imaginer une législature sereine à la Chambre alors qu’elle est terriblement conflictuelle en réalité, par la force des choses ?

Je peux me tromper, mais je crois que nous n’aurons plus de session houleuse, car personne n’y gagne ; l’image du politique en souffre. Mais vous avez raison : ce gouvernement fait des choix politiques clairs. Sous la législature précédente, M. Di Rupo disait : on fait le « faisable ». Avec six partis aux intérêts différents, divergents. L’eau et le feu. Ici, cette fois, on a un gouvernement plus homogène, qui réunit quatre partis dont les programmes socio-économiques sont proches.

Tout de même : sous l’ancienne législature, il y a eu de grands accords, prenez la sixième réforme de l’Etat…

Là aussi, c’était le « faisable ». Exemple : le Sénat. Je suis légaliste, je respecte ce qui a été décidé, mais enfin on n’a pas été au bout de la logique, qui est celle de la disparition du Sénat. Là, tous les jours les sénateurs se demandent quel rôle doit jouer leur assemblée. L’abolition du Sénat, c’est la logique des choses.

Mais prenez le transfert de compétences… Grosse entreprise, ça. Non ?

Vous croyez ? L’accord sur les compétences fait… mille pages ! On comprend tout de suite que cela va compliquer le fonctionnement de l’Etat. Cela dit, nous nous sommes engagés à appliquer la sixième réforme de l’Etat, nous le ferons.

Et le président de la Chambre sera parfois à la manœuvre… Il n’y aura pas d’obstruction de votre part ?

Non ! Même s’il faut faire la distinction entre ma fonction et mes convictions.

Vos convictions ? Dites-nous.

Je suis convaincu que le confédéralisme est la solution pour la Belgique. Ce qui n’empêche pas mon parti de participer activement au gouvernement fédéral centré sur le socio-économique.

Le confédéralisme, donc. La N-VA étant séparatiste.

Non. La dernière fois que l’on a connu un acte séparatiste, c’était en 1830, quand on a coupé la Belgique de la Hollande, par la révolution. Je pense encore à l’émission « Bye Bye Belgium » : ça, c’est du séparatisme. Mais ce n’est pas le programme de la N-VA. Qui ne provoquera rien de tel. En fait, l’indépendance de la Flandre, c’est l’évolution inévitable, ce sont les lois de Darwin, à mon avis. Bien d’autres pensent cela en Flandre ; Karel De Gucht, VLD, a parlé d’« évaporation » de la Belgique. La N-VA n’est pas séparatiste, elle croit à une marche vers un accord entre le nord et le sud qui se poseront la question autour d’une même table : qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ? L’inverse par rapport à aujourd’hui, où l’on s’interroge sur ce que l’on doit scinder. Le confédéralisme permettra à la Flandre, la Wallonie et Bruxelles d’être plus prospères, dans le cadre européen.

Et que ferons-nous encore « ensemble » ?

La politique européenne. La Défense « nationale », comme on dit du côté francophone. Des aspects de la Justice. Dans le cadre européen. Ce sera cohérent, efficace.

La monarchie ?

Dans une tribune au Morgen en 2007, lorsque j’étais journaliste, j’avais cité une dizaine de personnes qui, selon moi, pouvaient devenir présidents de la République. Cela dit, je suis républicain et légaliste, je tiens compte du fait qu’il n’y a pas de majorité dans la population, pas même en Flandre, pour changer de régime. Aussi longtemps que le Roi et la monarchie sont soutenus par la population… Nous ne sommes pas fous ! Nous ne ferons jamais quelque chose que les gens ne veulent pas.

Vous dites : la N-VA ne veut pas de séparatisme unilatéral, mais un grand accord confédéral. A quelle échéance ? Après cette législature ?

J’ai 61 ans, je crois que j’aurai l’occasion de vivre cela. Attention, je l’ai dit, nous nous sommes engagés dans un gouvernement socio-économique pour cinq ans, et nous ne varierons pas. Mais on ne peut pas nier le fait qu’en Belgique – où les réformes de l’Etat ont débuté en 1970 –, il y a deux démocraties. On ne peut pas nier que la tendance dominante au sud, c’est la gauche, alors qu’au nord, c’est la droite, Cette réalité se reflète au niveau fédéral : on ne peut plus constituer un gouvernement fort qui ait une majorité confortable au nord et au sud en même temps… D’ailleurs, cette fois, on a fait un gouvernement exceptionnel, risqué, avec seulement 25 % des francophones représentés. C’était la solution pour faire avancer les choses. Et le fait est qu’il y a une communauté de vue avec le MR sur le socio-économique.

Deux démocraties, dites-vous. Décrivez-les territorialement…

Le nord et le sud. Avec Bruxelles dans une situation spéciale.

La Flandre ne s’imagine pas dans le futur sans Bruxelles…

Non.

Ce serait une possibilité vers le confédéralisme ou l’indépendance.

Oui, mais une possibilité stupide. On ne lâche pas la capitale de l’Europe.

Cela étant, vous êtes orangistes au fond, pour le rattachement de la Flandre aux Pays-Bas…

Oui, je ne suis pas le seul, je déplore en effet la scission, en 1585, de la Flandre et des Pays-Bas. C’est une position intellectuelle, je le précise, pas une position politique. Celle-ci, je vous l’ai explicitée.

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