Brésil: Roussef, un second mandat pour redresser la barre

Il débute alors que l’économie du pays, septième puissance économique au monde, est à la peine.

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

En ce début janvier, Dilma Roussef a entamé son deuxième mandat en tant que présidente du Brésil, le quatrième d’affilée pour un responsable du PT, le Parti des Travailleurs, après les deux termes de l’ancien syndicaliste Lula da Silva. Un succès historique pour ce parti, qui n’est cependant pas à la fête. Dilma Roussef, 67 ans, a en effet été réélue fin octobre avec un score de 51,64 % des voix, le résultat le plus serré depuis 1989. Et le PT se retrouve avec une majorité réduite : il a perdu 15 sièges par rapport à la dernière législature. De plus, l’économie du Brésil, septième puissance économique au monde, est à la peine. Si, lors de son premier mandat, Mme Roussef a pu compter sur une croissance de 7,5 % (en 2010), les prévisions la donnent proche de 0 % pour cette année 2015, alors que l’inflation est montée, en novembre dernier, à 6,56 %.

Autre gros caillou dans la chaussure de la présidente, le scandale Petrobras, qui a éclaté juste avant sa réélection. La compagnie pétrolière brésilienne, fleuron national, est, selon les enquêteurs de l’opération « Lavage rapide », au centre d’un réseau de corruption qui a blanchi près de 4 milliards de dollars en dix ans. Alors que l’enquête est loin d’être terminée, elle a déjà permis d’identifier 39 responsables, dont de hauts dirigeants d’entreprises de construction et de génie civil. Des dizaines de politiciens devraient également être éclaboussés, nombre d’entre eux appartenant à la majorité présidentielle qui risque de se retrouver encore affaiblie. Le procureur général a annoncé un nouveau rapport pour fin février.

Ce dossier risque d’empoisonner la présidente jusqu’à la fin de son mandat, en 2018. D’ici là, elle devra en outre gouverner en prenant en compte une société brésilienne qui change. Comme elle l’a rappelé dans son discours d’investiture, « durant mon premier mandat, nous avons vaincu l’extrême pauvreté. Nous avons aujourd’hui la première génération de Brésiliens qui n’ait pas connu la tragédie de la faim ». Mais ces Brésiliens sont désormais aussi des citoyens plus attentifs, qui suivent mieux les éditoriaux critiques de la presse et veulent pouvoir peser sur la politique de leur pays. Ce sont ces Brésiliens qui sont descendus dans la rue en 2013, critiquant la lourdeur des investissements consacrés par leur pays à la Coupe du Monde de football, alors qu’éco-les et hôpitaux publics étaient sous-financés.

« Brésil, patrie éducatrice »

Dilma Roussef a cependant annoncé sa volonté de poursuivre sur la voie du développement au service des plus pau-vres, fixant l’éducation comme sa priorité : « La nouvelle devise de mon gouvernement sera “Brésil, patrie éducatrice”  ».

Mais pour poursuivre cette politique sociale ambitieuse, la présidente doit absolument faire redémarrer l’économie. Elle a choisi comme ministre des Finances Joaquim Levy, un partisan de l’orthodoxie économique, apprécié par les marchés mais beaucoup moins par l’électorat progressiste du PT. « Nous allons créer un environnement plus favorable pour le monde des affaires en nous concentrant sur deux priorités : le maintien de l’emploi et la valorisation du salaire minimum. Nous allons démontrer que nous pouvons procéder à des ajustements économiques sans perdre les droits conquis », a expliqué Dilma Roussef, se voulant rassurante.

Elle a aussi essayé de répondre aux inquiétudes des citoyens, de gauche comme de droite, qui ne supportent plus le manque de loyauté des élites politiques et économiques corrompues. « Le peuple brésilien veut plus de transparence et une lutte accrue contre tous les types de crimes, et particulièrement la corruption. Et il veut que le bras de la Justice frappe tout le monde de la même façon. Je n’ai pas peur de ces défis. » Ce n’est qu’en mettant en pratique ces belles paroles que Dilma Roussef arrivera à satisfaire ces 200 millions de Brésiliens voulant vivre dans une grande nation dont ils ont envie d’être fiers.

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