La vie sans papier, et la planète respire

Diminuer, voire quasi supprimer nos déchets de papier est possible grâce au numérique et à la traque au suremballage. Une bonne résolution pour l’environnement.

Temps de lecture: 7 min

Après les fêtes et leur bombance, place aux bonnes résolutions. Et si vous faisiez maigrir vos sacs de papiers usagers ? Votre geste sera bénéfique pour la planète. On considère en effet que pour chaque production de 40 kilos de papier, un arbre est sacrifié. Or, sur le pas de sa porte, le Belge dépose en moyenne 61 kilos de papiers et de cartons par an. Après avoir plafonné aux alentours de 67,5 kg jusqu’en 2011, la collecte est tombée à 64,24 kg en 2012, et continue depuis son mouvement descendant.

La fonte des toutes-boîtes

Comment expliquer cette diminution d’environ 10 % des papiers et des cartons depuis 2011 ? « Les modes de consommation ont changé. On est passé à l’ère digitale, de nombreux journaux et magazines sont dématérialisés et disponibles en version numérique, explique Youri Sloutzky, porte-parole chez Fost-Plus, organisme chargé de la promotion, de la coordination et du financement des collectes sélectives, du tri et du recyclage des déchets d’emballages ménagers. De plus, les publications papiers ont désormais un format plus petit et le papier utilisé est plus mince. En outre, un phénomène des collectes parallèles – légales et illégales – est en plein essor en raison de la valeur élevée du papier-carton sur le marché. Ces déchets ne rentrent dès lors pas dans nos chiffres. »

Dans ces chiffres, les mouchoirs, les essuie-tout et les boîtes à pizza jetés dans la poubelle ménagère, ainsi que le papier WC ne sont pas pris en compte. En effet, ils ne reflètent que deux fractions des papiers et cartons : la première est composée des emballages propres, alimentaires ou non (25 %), ainsi que des publicités, feuilles imprimées et journaux (75 %) déposés sur le trottoir pour le passage des éboueurs, tandis que la seconde a trait aux cartons à boisson composés à 75 % de cellulose. Ce sont les briques de lait, de crèmes ou de jus de fruits, occupant 11,1 % de la poubelle PMC du Belge.

Pour préserver la planète, il est donc nécessaire de réduire nos déchets de papier. Mais pourrait-on aller plus loin en bannissant carrément le papier de notre vie ?

Une entreprise sans papier

Le passage au « sans papier », l’entreprise néerlandaise Decos, spécialisée en informatique, l’a effectué en 2011. Selon un reportage fraîchement réalisé par le quotidien NRC Handelsblad, que ce soient les factures, les calepins, les serviettes ou même le papier toilette, toutes les formes de papier et de carton sont passées à la trappe. Ici, pas de stylo ou de crayon, la prise de note se fait désormais sur tablette ou smartphone, dont chacun des 180 employés a été équipé. Tous les documents sont signés numériquement, y compris les contrats de travail. Et les archives ? Stockées dans le « cloud ». Pour gérer les réservations, un tableau numérique a été installé devant les salles de réunion. Dans le but d’être cohérent et d’étendre l’initiative, le courrier papier est systématiquement renvoyé à l’expéditeur, et les fournisseurs refusant les factures numériques sont écartés.

Selon Paul Veger, directeur de Decos, « passer au “sans papier” permet de sauver un arbre par salarié chaque trimestre ». Soit, sur une année, un joli bosquet de 720 arbres préservés. Et vous, seriez-vous prêt à franchir le pas ?

Cinq pistes pour réduire vos déchets papiers au quotidien

1 Chassez les emballages superflus. Le suremballage sévit dans les rayons des supermarchés. Prenez les pots de yaourt : non seulement ils sont solidement reliés entre eux par leur contenant en plastique, mais en plus ils sont ceinturés par un pack en carton. Les boîtes de conserve de thon à acheter exclusivement en duo n’y échappent pas, de même que le saumon fumé présenté dans une pochette cartonnée aux allures luxueuses. Moins de déchets de carton rime avec articles à la présentation plus sobre. Par ailleurs, se munir simplement d’un sac à pain en tissu permet d’épargner un neuf en papier à chaque achat de pain.

Les emballages à base de cellulose non souillés par la nourriture représentent 25 % des cartons collectés devant la porte de chaque Belge. C’est dire l’impact, en termes de volume, et de bienfait pour l’environnement, de les bannir du caddie. Dans cette optique et pour lutter contre le gaspillage alimentaire, Savina Istas, entrepreneure flamande de 25 ans, a ouvert le premier magasin belge sans emballages en août dernier, à Anvers. Dans les rayons de sa boutique Robuust (www.berobuust.com), que ce soit du riz, des biscuits, des pâtes, du thé ou du yaourt, tout s’achète en vrac. Pour se servir, on remplit le bocal ou le récipient que l’on a pris le soin de prendre de chez soi. En cas d’oubli, des bocaux et bouteilles sont proposés à la vente. Concrètement, le récipient est taré et étiqueté à l’entrée du magasin. Une fois rempli, il est à nouveau pesé lors du passage à la caisse. L’initiative permet d’éviter les emballages superflus. Un concept similaire pourrait naître en région bruxelloise dans les prochains mois.

2 Dites stop à la pub. Apposer l’autocollant « stop-pub » sur la boîte aux lettres (disponible via stoppub.wallonie.be et www.bruxellesenvironnement.be), vous prémunit en principe des prospectus publicitaires non nominatifs et de la presse gratuite. Un geste utile : les toutes-boîtes représentent 50.000 tonnes de papier pour l’ensemble des ménages wallons. Hélas, cette volonté n’est pas toujours respectée par les distributeurs. N’empêche, l’initiative porte ses fruits. Selon une étude réalisée par le CRIOC en 2012, cette action a permis une réduction de 30 % en 6 ans des pubs non désirées. « Cela équivaut à une diminution de 4 kilos de papiers par an et par habitant, explique Nicolas Yernaux, porte-parole du Service public de Wallonie. Un coup de sonde réalisé en 2009 révélait que 24 % des ménages wallons, Soit un peu plus de 360.000, avaient apposé l’autocollant stop-pub. » Pour dire stop au harcèlement publicitaire par courrier, on peut aussi s’inscrire sur la liste Robinson (www.robinsonlist.be).

3 Dématérialisez vos documents administratifs et vos factures. « Un document administratif électronique doit être simple », dit-on d’emblée à l’Agence de simplification administrative. Et c’est cela qui est compliqué à créer. Par ailleurs, il n’existe pas encore d’obligation d’adresse email officielle pour chaque citoyen. Cependant, quelques documents administratifs échappent au papier et aux enveloppes. Par exemple, sur Myminfin, chacun peut avoir accès à sa déclaration d’impôts pré-remplie et demander à ne plus la recevoir par la poste. Les déclarations de naissance sont réalisées via eBirth. Quant aux factures, de nombreux fournisseurs de services télécom et d’énergie en proposent une version numérique. Quant à l’outil Zoomit, intégré au PC banking, il facilite les payements par voie électronique. Un courrier papier n’est envoyé qu’en cas de retard de payement.

4 Pratiquez l’hygiène sans papier. Le WC japonais, voilà l’installation qui a posé le plus de problème d’acceptation au sein du personnel de l’entreprise néerlandaise Decos, pionnière du « sans papier ». Malgré la promesse d’un grand confort grâce au lavage par jet d’eau à 37ºC suivi d’un séchage par flux d’air, certains restent résolument attachés au papier toilette. Pourtant, avec une consommation annuelle de 13 kilos par Européen, il n’est pas sans incidence sur l’environnement. En outre, certains fabricants mettent en avant une consommation d’eau divisée par 3 grâce à l’absence de papier à évacuer. Le coût (aux alentours de 1000 euros) peut néanmoins freiner les plus motivés.

Quant aux mouchoirs en papier, on en vendrait 3 milliards par an en Belgique. L’abus de papier essuie-tout est aussi rentré dans les mœurs : un ménage en consommerait trois rouleaux par semaine. Pourtant, il n’est pas si lointain le temps où l’on se mouchait dans des carrés de tissus, ensuite lavés avec le reste du linge. Un retour à l’éponge et à la lavette ?

5 Passez au smartphone. Pense-bêtes fluo collés à droite et à gauche, liste de courses griffonnée sur un bout de papier, rendez-vous et contacts écrits à la main dans un agenda… Avec l’avènement des smartphones et de leurs nombreuses applications, tout cela appartient au passé. Calendriers, répertoires et notes filent dans le nuage numérique pour être disponibles aussi bien sur ordinateurs que sur tactile. Quant aux listes de courses, elles font l’objet de nombreuses applis, même s’il faut bien admettre que déambuler dans les rayons avec son fragile smartphone dans une main et son caddie dans l’autre n’est pas très pratique.

 

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