Les fibres d’ananas, alternative durable au cuir animal

Des chaussures élégantes en cuir, mais sans sacrifier d’animal sur l’autel de l’esthétisme ? C’est désormais possible grâce à l’ingéniosité de Carmen Hijosa. S’inspirant de la tradition textile philippine, et après 10 ans de recherche, l’entrepreneure a mis au point un tissu naturel en fibres de feuilles d’ananas. Ses atouts ? Etre aussi souple et résistant que le cuir animal, mais bien moins onéreux et sujet à se heurter à des préoccupations éthiques. Les capacités de ce matériau durable viennent d’être révélées lors d’une exhibition à Londres. Le prototype de chaussures en daim végétal conçues pour Puma ressemble à s’y méprendre à de la peau. Quant aux sacs à main de designer, les pochettes pour smartphone ainsi que les recouvrements de sièges de voiture et de sofas, leur finition délicate, marbrée ou lisse, présage un avenir prometteur pour ce « cuir » végétal.

Et ce d’autant plus que sa production s’inscrit dans la mouvance d’économie circulaire. « La matière première pour notre textile, ce sont exclusivement les déchets foliaires de la culture d’ananas. On utilise les rebuts de production de parcelles déjà cultivées, dès lors nous n’exploitons ni terre supplémentaire, ni eau, ni engrais, ni pesticides », assure la conceptrice. Concrètement, après la cueillette des ananas, des agriculteurs philippins collectent les feuilles qu’ils laissaient habituellement pourrir sur le champ. Décortiquées, les fibres entrent ensuite dans le processus industriel où elles sont assemblées en un savant maillage non tissé, formant le tissu Piñatex. Les déchets végétaux du processus constituent une biomasse qui est ensuite convertie en engrais organique ou en biocarburant, représentant un revenu complémentaire pour les paysans locaux. La fabrication d’un mètre carré de Piñatex demande 480 feuilles, ce qui équivaut aux déchets foliaires de 12 à 16 ananas. En effet, chaque ananas est communément entouré de 30 à 40 feuilles atteignant un mètre de longueur.

Selon The Guardian, le prix du Piñatex est actuellement de 23 euros par mètre carré tandis que le cuir, mis au pilori par les associations protectrices des animaux, s’écoule entre 25,5 et 38 euros pour la même surface. Interrogée par le quotidien anglais, Carmen Hijosa ajoute que « nos déchets de production ne sont que de 5 % contre 25 % pour l’industrie des peaux d’animaux, dès lors la gestion de nos déchets nous coûte bien moins cher ».

Au regard de sa projection de croissance, un million de mètres carrés du « cuir » végétal devrait être vendu annuellement d’ici 2018.

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