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Marche républicaine: ces invités embarrassants (les photos)

La liberté de la presse est menacée dans leur pays, pourtant ils ont défilé à Paris.

Journaliste au service Web

Par Patricia Labar

Temps de lecture: 5 min

Près de 50 dirigeants du monde entier étaient présents à la marche républicaine, dimanche à Paris, pour dénoncer le terrorisme après les attaques contre Charlie Hebdo. Mais certains d’entre eux dirigent des pays qui incarcèrent des journalistes, ce que n’a pas manqué de faire remarquer l’organisation Reporters Sans Frontières (RSF).

« Nous devons nous montrer solidaires de Charlie sans oublier tous les Charlie du monde », a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. « Il serait intolérable que des représentants d’États étrangers qui réduisent les journalistes au silence dans leurs pays profitent de l’émotion pour tenter d’améliorer leur image internationale. »

Luz, dessinateur à Charlie Hebdo n’a pas manqué non plus de commenter la présence polémique de ces dirigeants. « Dans la manifestation, il y avait tous nos personnages français et étrangers. Même l’absurdité contre laquelle on lutte était là ».

Les mauvais élèves présents

Reporters Sans Frontières liste par ailleurs plusieurs représentants de pays qui font figure de mauvais élèves dans le classement de la liberté de la presse. En voici quelques-uns.

L’Arabie Saoudite – 164e au classement (sur 184) : représentée par Nizar al-Madani, le ministre d’Etat aux affaires étrangères.

L’Arabie Saoudite a condamné Raif Badawi à 1000 coups de fouets répartis sur 20 semaines et à 10 ans de prison pour avoir critiqué l’islam et le régime saoudien.

L’Égypte – 156e au classement : représentée par Sameh Choukry, ministre des Affaires étrangères.

Seize journalistes, dont trois d’Al-Jazeera, sont actuellement dans les prisons égyptiennes. Ces trois derniers sont retenus prisonniers depuis le 29 décembre 2013 pour « diffusion de fausses nouvelles » et « appartenance à une organisation terroriste ». Ils ont été condamnés à des peines allant de sept à dix ans de détention.

La Turquie – 154e au classement : représentée par Ahmet Davotoglu (2e à gauche sur la photo), Premier ministre.

En décembre dernier, des perquisitions ont eu lieu dans des médias de l’opposition au président Recep Tayyip Erdogan, et 24 personnes ont été interpellées. Un patron d’une chaîne de télévision avait même été inculpé pour terrorisme. La lutte contre le terrorisme est instrumentalisée selon RSF, et a notamment conduit à l’arrestation de dizaines de journalistes.

La Russie – 148e au classement : représentée par Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères.

Depuis le retour de Poutine à la présidence, la situation ne s’est pas améliorée. La liste des motifs qui permettent de bloquer des sites web s’est allongée, la diffamation a été réintégrée dans le domaine pénal et des journalistes sont toujours assignés à résidence ou emprisonnés. Ce qui n’a pas empêché Poutine d’envoyer son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, manifester à Paris.

La Jordanie – 141 au classement : représentée par le roi Abdallah II et la reine Rania

La Jordanie a adopté une législation qui restreint drastiquement la liberté de l’information en ligne. En juin 2013, quelque 300 sites d’information ont été bloqués sur tout le territoire. Neuf autres sites ont subi le même sort en juillet dernier. La Jordanie aide même les autres pays à museler leurs médias. Une chaîne irakienne basée à Amman, la capitale, a été fermée par les autorités.

Le Mali – 122e au classement : représenté par le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta a défilé aux côtés de François Hollande.

Pour RSF, l’une des premières victimes de la guerre menée aux groupes armés au Mali est la liberté d’information.

L’Algérie – 121e au classement : représentée par Ramtane Lamara, ministre des Affaires étrangères.

La présence du ministère algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamara, fait jaser en Algérie. Le site Algérie-Focus s’étonne que « les marches et manifestations publiques soient interdites en Algérie, mais les ministres algériens ont le droit de marcher dans les rues de… Paris ! » De nombreuses manifestations s’opposant à un quatrième mandat d’Abdellaziz Bouteflika avaient en effet été réprimées en avril.

Le Gabon – 98e au classement : représenté par Ali Bongo, président.

Si RSF a salué quelques timides efforts d’ouverture en 2013, des menaces pèsent toujours sur la liberté de la presse dans ce pays. Au Gabon, Jonas Moulenda, journaliste d’investigation qui a enquêté sur les crimes rituels, affirme avoir été victime de menaces de mort répétées et a trouvé refuge au Cameroun depuis le 3 janvier.

Deux hebdomadaires d’opposition ont également été piratés en septembre et accusent le pouvoir de vouloir les censurer.

La présence d’Ali Bongo a été dénoncée par Laurent Léger, le journaliste survivant de Charlie Hebdo qui a déclaré sur France 2 : « Je ne peux pas dire que voir Ali Bongo défiler ça m’a fait du bien ».

Le Bénin – 75e au classement : représenté par Boni Yayi, président.

Le président Boni Yayi a décrété un jour de deuil national au Bénin en hommage aux victimes dans les différentes attaques à Paris, entre le 7 et le 9 janvier. « Des larmes de crocodiles », selon plusieurs organes de presse africains, qui rappellent que plusieurs journaux, comme « Le Béninois libéré » ou « L’indépendant », ont été visés par les autorités béninoises pour offense au chef de l’État. Certains journalistes ont été condamnés à ce titre à des peines de prison allant jusqu’à deux ans et demi.

La Hongrie – 64e au classement : représentée par Viktor Orban, Premier ministre.

La Hongrie a dégringolé en matière de liberté de la presse depuis l’arrivée au pouvoir de Vikor Orban en 2010. Une loi très restrictive en la matière a été votée en 2011. Désormais, des amendes menacent les médias dont les autorités estimeraient qu’ils ne produisent pas une « information équilibrée ». Une autorité émanant du Fidesz, le parti d’Orban, contrôle l’ensemble des médias.

La Hongrie impose depuis le mois de juin une taxe sur les revenus publicitaires pour les médias générant plus de 65 millions de revenus annuels, qui touche de plein fouet l’une des principales chaînes indépendantes, RTL Klub, tandis que TV2, une chaîne privée réputée proche de Fidesz, le parti de Viktor Orban bénéfice d’une exception pour cette taxe. En octobre, ce sont les citoyens hongrois qui sont descendus dans la rue pour s’opposer à une taxe sur la consommation d’internet.

 

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