Je suis Charlie (mais je garde la tête froide)

Assurer la sécurité. Bien sûr, il incombe à nos Etats démocratiques de nous protéger, et de mieux en mieux. C’est évident : rien ne doit jamais arriver à nos enfants, ils doivent être mis à l’abri de l’horreur !

Les larmes que nous versons ou retenons ces jours-ci, l’émotion qui nous étreint, ne doivent cependant pas nous aveugler. La réponse aux terribles dérèglements du monde, qui viennent à nouveau d’être attestés, ne peut être uniquement sécuritaire.

La voie sécuritaire est certes la plus simple et la plus rapide. Elle est aussi la plus payante électoralement – grandeur et misère de la démocratie… Les Américains eux-mêmes, tenants de la manière forte s’il en est, en sont pourtant revenus. Car la sécurité doit servir la liberté, non l’entraver. L’équilibre est difficile à trouver, évidemment, entre ces deux absolues nécessités. Mais ne perdons pas de vue les valeurs qui fondent nos sociétés, n’allons pas trop vite en besogne, n’offrons pas à la monstruosité l’occasion, le plaisir, de nous contaminer. Cheminons la tête haute et la tête froide.

Les dérèglements du monde appellent en tout cas, en parallèle, d’autres corrections. Au Moyen-Orient, nos armes doivent sans doute continuer à parler. Il est toutefois urgent, urgentissime, de s’atteler à la relance du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Le plus souvent, en Europe, on ne mesure pas à quel point l’injustice et les violences dont sont victimes les Palestiniens alimentent la haine dans l’ensemble du monde arabo-musulman. Elles ajoutent au goût amer de l’échec, qui le caractérise, et à une meurtrière soif de vengeance…

C’est plus difficile à organiser qu’une descente de police. Israël campe sur ses positions – et sur ses colonies – avec l’arrogance du (beaucoup) plus fort. Et face à lui, les Européens sont toujours aussi divisés. Allez faire pression, allez faire de la politique, dans ces conditions !

Enfin, les dérèglements du monde nous renvoient au coin… de la rue, dans nos quartiers, dans nos villes ! Les caisses de l’Etat sont vides ? L’argument n’est pas recevable. Il est intolérable qu’arrivés au seuil de l’âge adulte, des jeunes nés ici n’aient d’autre choix que la rue ou la mosquée, le deal ou le djihad. Quel échec ! Mais également quelle négligence, quelle légèreté de la part de nos responsables politiques ! Hâtons-nous de mettre en place des politiques sociales ambitieuses, renouons le contact, parions sur la promesse que chacun porte en lui.

C’est aussi plus difficile à organiser qu’une descente de police ? Si les maux du monde pouvaient être soignés à coups de baïonnettes, ça se saurait…