Trilogiport: dernière ligne droite

Le promeneur aurait tort de ne voir, entre Meuse et canal Albert à hauteur de Hermalle, qu’une grande (une centaine d’hectares tout de même) flaque de boue autour de laquelle s’activent camions et tractopelles : ce qui, aujourd’hui encore, ne ressemble qu’à un immense terrain vague accueillera dans moins d’un an une des plus grandes plates-formes multimodales d’Europe. La construction du Trilogiport devrait coûter 47 millions d’euros mais 28 ont déjà été engagés : drainage du site, construction des voies d’accès, etc. « C’est un investissement majeur, nous avons l’obligation morale de faire de ce port un outil performant », insiste ainsi Willy Demeyer, président du port autonome. Avec les représentants de la Région et du SPW, il a décrit, lundi, l’état d’avancement du chantier.

Entamé il y a dix-huit mois, ce chantier doit donc s’achever – pour la partie que gèrent les pouvoirs publics – au mois d’octobre. L’investissement total est de 47,2 millions d’euros (Feder, Plan Marshall 2.vert et SPW), à compléter par 115 millions d’investissements privés sur le terminal à conteneurs (15 ha), la zone logistique (41,7 ha) et la zone portuaire (22 ha).

Tout ça pour quoi ? «  Un des objectifs est de stabiliser les trafics fluviaux actuels et d’en attirer des nouveaux  », résume Willy Demeyer. Autrement dit, il s’agit de consolider la place de la Meuse liégeoise sur la carte du transport de fret par voie fluviale : le Trilogiport est à 14 heures de navigation d’Anvers et à 24 heures de Rotterdam. Il est aussi au cœur de deux grands corridors de fret européen : du Rhin aux Alpes d’une part, de la mer du Nord à la Baltique d’autre part.

Surtout, la plateforme de Hermalle sera multimodale, reliée au canal Albert mais aussi au réseau autoroutier et aux lignes de chemin de fer. « Il y a 56 millions d’habitants dans un rayon de 250 kilomètres et 60 % du pouvoir d’achat européen se concentrent dans un rayon de 500 kilomètres », synthétise le directeur du port, Emile-Louis Bertrand. Mais au-delà d’un accroissement des opérations de transbordement et du développement des activités logistiques, l’enjeu est d’attirer sur les berges de la Meuse de nouvelles entreprises porteuses de valeur ajoutée. « Il faut aussi des activités de transformation, la voie d’eau doit devenir un des poumons économiques de notre région », rappelle ainsi le ministre Jean-Claude Marcourt, en charge de l’Economie wallonne. Et c’est bien de « poumon » qu’il s’agit quand on sait qu’une barge de 1350 tonnes peut éviter le déplacement de 40 camions.

Mais le Trilogiport, rappelle cette fois Michel Firket, c’est aussi une «  zone tampon » de 40 hectares aménagée afin de préserver les riverains de l’activité économique du port : création de vergers et de jardins communautaires, pontons aménagés pour la pêche, préservation de la faune et de la flore locales, mise en place de cheminements doux…

La prochaine étape de ce vaste chantier aura lieu du 20 au 25 janvier avec la pose du premier tronçon du pont nord. Les travaux de finalisation du pont et l’aménagement de la rampe d’accès auront lieu, aux, entre le 26 février et le 12 mai.