Trois jeunes djihadistes belges en mode vacances sur le Net

Lucas Van Heesche et Abdelmalek Boutaliss ont quitté Menin, le 11juin dernier. Leurs pères sont allés les rechercher. En vain.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Trois jeunes gens sautent à l’eau, comme poussés par le souffle de la liberté. Un cliché de vacances somme toute assez banal pour des garçons de 18 et 27 ans. Banal s’il avait été pris dans un club de vacances, en Turquie ou en Espagne.

En réalité, ces images mises en ligne ce lundi ont été prises en… Syrie. On y reconnaît Olivier Calebout, alias Abou Sayfudeen, un Courtraisien de 27 ans parti faire le djihad. En arrière-plan figurent Abdelmalek Boutaliss et Lucas Van Hessche, deux jeunes habitants de Menin et Lauwe, âgés de 18 ans. On sait d’eux qu’ils ont quitté la Belgique le 11juin dernier, en soirée. Depuis, leurs parents n’espèrent qu’une chose : leur retour. Les deux pères, Pol Van Hessche et Idriss Boutaliss, ont pris le risque de se rendre en Syrie en juillet dernier pour tenter de convaincre leurs fils de regagner la maison familiale. En vain.

Ce mardi midi, le calme règne dans la petite rue Oude Aalbeke, de Lauwe. Au bout de l’étroite langue de bitume, la famille Van Hessche occupe une petite villa cossue de briques beige qui fait face à un champ de blé. Une famille sans histoire jusqu’à ce mercredi 11 juin. « C’est une famille très discrète, relate un voisin qui préfère garder l’anonymat. Tous les jours, Pol se rend à vélo dans la maison de repos qu’il dirige. L’épouse, elle, prend sa petite voiture rouge. On communique peu. Lucas, lui, travaillait trois jours par semaine dans une entreprise métallurgique. Il circulait aussi beaucoup à vélo mais ne faisait pas parler de lui. On savait qu’il s’était converti à l’islam à 15 ans mais ça ne posait aucun de problème. Il n’en parlait à personne et n’avait pas un look particulier. Pas la barbe en tout cas. »

Le basculement

Puis, la vie de la famille a basculé. « Lucas, qui était un jeune champion de kick-boxing, était parti travailler comme d’habitude, poursuit le voisin. Il n’est jamais revenu à la maison. Ses parents se sont inquiétés. Ils ont immédiatement prévenu la police de sa disparition. » Là, ils ont appris que leur fils était parti pour la Syrie. Sans plus de détails, ils ont aussi découvert qu’il était surveillé par les autorités. Tout comme son ami Abdelmalek, qui ne s’est jamais présenté à l’examen pour lequel il étudiait encore la veille. Lui aussi a pris la direction du djihad ce jour-là.

« Pour les parents Van Hessche, ça a été la catastrophe, reprend le voisin. Durant plusieurs jours, on ne les a pas vus et ils ont gardé toutes les fenêtres de leur maison fermées. »

Le destin de ces gens se joue en partie dans les hautes sphères du pouvoir. Hier ainsi, les partis qui négocient la formation du futur gouvernement fédéral ont fait savoir qu’ils discutent de l’opportunité d’activer la loi de 1979 interdisant le recrutement de combattants pour l’étranger, afin de pouvoir sanctionner ceux qui reviennent de Syrie. Le texte aurait aussi un volet préventif…

Qu’en pense Pol Van Hessche ? Occupé à gérer la rénovation de l’imposante maison de repos Hof ter Linden qu’il dirige, à Menin, l’homme ne souhaite plus évoquer publiquement le départ de son fils. Ni le fait qu’on retrouve celui-ci sur l’étonnante vidéo qui tourne sur le Net, d’où est extrait notre cliché.

Des images pas si étonnantes que cela selon Montasser Al De’emeh, un doctorant de l’université d’Anvers qui s’intéresse aux jeunes musulmans partis pour le djihad. « Ce genre de films circule depuis un certain temps, a-t-il déclaré au Standaard. Il permet de montrer que les jeunes peuvent mener là-bas une vie parfaitement normale. »

Aidé par le père de Jejoen Bontinck

Cette vie normale en Syrie, Pol Van Hessche et Idriss Boutaliss n’y ont jamais cru. Deux semaines après le départ de leurs fils, ils partaient les rejoindre avec l’espoir de convaincre Abdelmalek et Lucas de les suivre. Dans leur démarche un peu folle, ils ont reçu l’aide de Dimitri Bontinck, un Anversois qui avait réussi, quelque temps plus tôt, à ramener au pays son fils Jejoen, âgé de 18 ans. Un garçon dont toute la Flandre a parlé l’hiver dernier.

« Ils n’étaient pas libres de partir »

Après plusieurs jours, le trio aboutit à Slouk, dans le désert, au nord du pays. L’émir local leur a confirmé la présence des deux garçons.

Il a accordé aux pères un droit de visite d’une heure. Lucas et Abdelmalek leur ont fait la même réponse : « Nous préférons rester, plutôt que de rentrer et d’aller en prison. » « On avait dû leur dire de répondre ça », a déclaré Pol Van Hessche au Parisien à la frontière turque, lors de son retour. Aux yeux d’Idriss, « ils n’étaient pas libres de partir ».

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