Le Chili sans Kim Carnes

Dans les vignobles chiliens avec Eric Boschman

Temps de lecture: 5 min

Le Chili est un très gros producteur de vin, à l’échelle mondiale il est même le 7e. En 2012, sa production a augmenté de 20 % sur le millésime pour culminer aux environs de 1,2 million de litres. La surface totale du vignoble national est plus ou moins similaire à celle de l’entièreté du Bordelais, mais là où l’on compte un peu plus de 6000 intervenants, ici on est aux environs de 500. La taille moyenne des exploitations est plutôt gigantesque, et les « petits » propriétaires ont très peu de chance d’exister seuls en dehors de créneaux très spécifiques.

Toutes les photos sont d’Eric Boschman

En fait, trois entreprises représentent pas loin de 70 % du marché à elles seules : Concha y Toro, Santa Rita (toutes les deux bien présentes sur le marché belge) et Undurraga (moins visible chez nous). Ce sont aussi les trois marques les plus connues du pays.

Entre terre et mer

Mais le vignoble chilien n’est pas composé que de ces gigawineries. On trouve aussi des entreprises à taille humaine qui tentent de profiter des vides laissés par les majors. David et Goliath coexistent dans un pays où le vin est la cinquième industrie en termes d’entrée de devises. C’est donc le moment de faire une petite ballade entre mer et montagne. Remarquez, au Chili, puisque la largeur maximale du pays avoisine les 160km, on est toujours entre les deux. Ce qui permet de s’orienter facilement. Si les montagnes sont à gauche, c’est que l’on va vers le Sud. Et inversement.

Lorsque l’on m’a proposé de me rendre au bout du monde (c’est la ligne aérienne la plus longue du monde sans escale au départ de Paris), j’étais partagé. D’une part, je n’y avais jamais mis les pieds et l’expérience valait d’office la peine à mes yeux, d’autre part, me taper l’hémisphère sud en plein mois d’août, ça touchait aux confins de ma motivation.

Ça, c’était la première fois il y a quelques années. Alors quand le Concours Mondial de Bruxelles m’a proposé de faire partie du jury de la version chilienne de la chose, je me suis empressé de noircir les cases de mon agenda et d’accepter. Enfin, je l’ai fait dans l’autre sens.

Un sourire sans fin

Après un vol sans fin, sortir au soleil du matin, oubliant instantanément les frimas locaux, plisser les yeux sous les assauts de la lumière, tenter de comprendre ce tas de montagne jeté là par un créateur facétieux, respirer, même s’il y a encore dans l’air des relents de kérosène, c’est le meilleur moyen de se peindre un sourire sans fin sur le visage. Et tant pis pour les rides. Il faut assumer, puis, après un vol aussi long, on est tout gonflé, donc pas de rides dans l’immédiat.

Dans ce genre de voyage, personne n’est là pour se promener, même si les paysages sont tentants. A l’aéroport à 9h du matin, une douche en vitesse, et puis à midi déjà, première visite et dégustation.

La vallée de Maipo abrite une des plus vieilles entreprises du pays : Santa Carolina. À l’origine, elle se trouvait dans la campagne, loin de Santiago. Aujourd’hui, elle est carrément dans la ville. Un peu à la manière de ce qui se passe avec la zone de Pessac-Léognan autour de Bordeaux. La ville ne peut s’étendre que dans de rares zones, et celle-ci en fait partie. Sentiment étrange que ces vieux bâtiments au milieu d’une agglomération. Cela a des relents disneyworldesques, mais les bâtiments et les caves sont d’époque.

Deux viticultures qui coexistent

Les vins sont généreux, riches, puissants, et, je peux le dire tout net, plutôt standardisés. Ce sera d’ailleurs une des remarques tout au long du voyage et des dégustations ; il y a deux viticultures qui coexistent au Chili.

D’une part, ultra majoritaire, une production de grands standards internationaux, parfaitement exécutés, mais impossible à distinguer les uns des autres, ou même à placer sur une carte. Seules les erreurs techniques permettent un distinguo vague. C’est un peu con, hein. Mais hormis ce côté répétitif, les vins se laissent boire, et notre repas collectif, nous sommes une petite quinzaine en provenance du monde entier ou presque, se passe sous un gazebo, au jardin et nous nous gavons de guacamole et de quelques spécialités locales.

Des vins calibrés pour les Etats-Unis

Le lendemain, en route pour de nouvelles aventures, à quelques encablures de Santiago, vers le Sud se trouve le domaine suivant : Santa Ema. Il se situe dans la vallée de Leyda. L’endroit est magnifique, travaillé suivant un plan feng shui qui fait pouet pouet quand on pousse dessus, avec de l’eau qui coule pour donner envie à tout le monde d’uriner régulièrement, ce qui a tendance à calmer globalement.

À la dégustation, on sent immédiatement que le principal débouché commercial vinicole du pays se trouve aux USA ; les vins sont très « typés » pour ce marché. La Chine fait aussi partie des grandes destinations de vins chiliens, mais dans l’Empire du Milieu, ce sont aussi les vins avec un peu de sucre résiduel qui ont la cote. La principale cuvée du domaine se nomme Amplus One ; une consonance qui n’est pas sans rappeler une des stars californiennes. Si c’est un effet du hasard, c’est joli…

Dans le chai ultramoderne, il ne manque rien de l’attirail de la production de vins qui fait plaisir aux Masters Sommeliers, jusqu’à l’œuf en terracotta en provenance directe de Sonoma. Bref, jusqu’à présent, le vin est une paire de chaussettes comme les autres.

Cela dit, les produits sont superbement élaborés, les vins se boivent plutôt bien, sauf les derniers rouges qui sont lourds, riches et trop pleins. Pour les délires passionnels, on ira voir ailleurs...

A suivre...

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