Le témoignage du survivant de l’assaut de Verviers: «Ils ont fait feu sans sommation»

Le suspect dément toute implication dans une cellule terroriste.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Le survivant de la fusillade de Verviers, qui a opposé jeudi les unités spéciales de la police à deux terroristes armés d’AK-47, se « trouvait au mauvais endroit au mauvais moment  », a-t-il expliqué en prison à Me Amrani, l’un de ses deux avocats.

Marouane El Bali, 25 ans, qui est sans emploi après avoir travaillé dans une entreprise de sécurité, impute à la police d’avoir ouvert le feu sans sommations, de s’être abstenue de tenter d’arrêter vivants les occupants de l’appartement conspiratif de la rue de la Colline qui était placé sous la surveillance du Posa (Peloton d’observation de la police fédérale) depuis plusieurs jours. « Ils ont commencé à tirer depuis l’extérieur. Des grenades aveuglantes ont été lancées, sans invitation à se livrer », a-t-il expliqué. «  Je n’ai rien compris  », a-t-il ajouté.

Le suspect, domicilié à Molenbeek, affirme qu’il avait été appelé par « Sosian », un ami de Molenbeek avec lequel il n’était plus en contact depuis un certain temps. « Il travaillait à l’hôpital Saint-Pierre lorsque ma mère y était hospitalisée. Je le connaissais et il s’était très bien occupé d’elle. Je lui en étais reconnaissant  ». Jeudi, il est arrivé à Verviers, une ville qu’il avait connue lorsqu’il travaillait comme agent de sécurité. «  Sosian m’avait invité. Cela faisait longtemps qu’il voulait me voir. Il m’avait demandé de lui ramener de Bruxelles deux paires de chaussures Nike. Je ne connaissais pas cet appartement, pas plus que son ami, que je n’avais jamais vu. Je suis arrivé à Verviers. J’ai téléphoné à Sosian et je lui ai demandé s’il voulait que je lui apporte un dürum. Il a refusé, me disant qu’il avait préparé des pâtes. Je suis arrivé près de l’appartement. Sosian était dehors. Nous sommes montés. Nous avions à peine commencé à boire un café que les tirs ont débuté, depuis l’extérieur. Personne n’avait frappé à la porte. Je croyais que c’était des gangsters qui nous attaquaient. Je me suis jeté au sol et j’ai vu la fenêtre. J’ai sauté. »

En bas, il est récupéré, dit-il, par un policier « qui voulait me taper dessus ». « Un de ses collègues, qu’il ne connaissait manifestement pas l’en a empêché. »

Marouane El Bali dément toute implication dans les lettres de menaces adressées à 5 libraires jettois qui lui sont imputées. «  C’est du n’importe quoi, a-t-il expliqué. Je suis musulman. Je n’aime pas les caricatures de Charlie, mais je n’ai rien à voir avec cette histoire de menaces. Je ne suis pas un terroriste. »

Me Amrani compte demander à la juge d’instruction la communication des listings d’écoutes téléphoniques afin d’établir que la rencontre de son client, qui n’a pas de casier judiciaire même s’il traficote dans la vente de haschich, avec les deux terroristes abattus résultait d’une coïncidence. Les vidéos tournées par la police durant l’assaut devraient également contredire ou confirmer sa version des faits.

Outre Sosian (dont le parquet fédéral ne révèle pas l’identité), l’autre terroriste présumé abattu s’identifierait comme étant Souhab El Abdi, 25 ans, également originaire de Molenbeek. Il s’agit d’un jeune homme qui avait quitté son employeur en 2011 et qui vivait depuis d’allocations de chômage. Il s’était radicalisé et évoluait aux côtés de jeunes connus pour des délits mineurs.

Le ministre de la Justice Koen Geens a confirmé à Terzake (VRT) que le chef présumé du réseau, qui n’a pas été arrêté en Grèce, était bien Abdelhamid Abaaoud, 27 ans, dit Abou Omar Soussi, l’un des djihadistes belges les plus connus et, lui aussi, originaire de Molenbeek. Soussi s’était signalé sur l’internet par des imprécations à l’égard de l’Occident. Il s’était signalé sur une vidéo comme le chauffeur d’un pick-up tractant 4 cadavres de victimes de l’Etat islamique. Il s’était encore rendu « célèbre » en faisant venir en Syrie son plus jeune frère de 13 ans, Younes, qualifié par la presse mondiale de « plus jeune djihadiste » embrigadé dans les forces de l’EI. Il aurait entretenu des contacts téléphoniques depuis la Grèce avec son frère incarcéré en Flandre. Ce dernier aurait relayé ses « ordres », toujours depuis la prison, aux « Verviétois ». La cellule terroriste aurait eu recours à ce moyen de communication risqué (appels entrants et sortants de la prison) pour organiser les attentats contre des bâtiments de Justice et la police. C’est pour le moins étonnant et dénote d’un amateurisme étrange.

Selon André Vandoren, directeur de l’Ocam (étude de la menace), «  au stade actuel, des éléments précis de menaces, nous n’en avons pas  ». La présence de Abaaoud en Grèce est cependant interpellante. Ce djihadiste aurait quitté le front de guerre de l’Etat islamique pour se consacrer, depuis la Grèce, à l’animation d’une (et d’autres ?) cellule terroriste. Par dépit ou sur ordre ? L’enquête devrait le déterminer. Les trois occupants de l’appartement de Verviers étaient tous originaires de Molenbeek. Le cerveau présumé est aussi molenbeekois. La cellule « verviétoise » est devenue une « cellule molenbeekoise ». Deux nouvelles perquisitions ont d’ailleurs encore été menées dimanche matin dans la Région de Bruxelles-Capitale. Aucune arrestation n’a eu lieu.

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