Le MR se met au néerlandais

Quatre ministres libéraux sur sept suivent ou ont suivi un cours de néerlandais. Six ont un porte-parole néerlandophone. Mais la presse flamande ne réclame guère leurs interviews, sauf Charles Michel et Didier Reynders.

Cheffe adjointe du service Politique Temps de lecture: 7 min

Nous l’avons dévoilé dans nos éditions de mercredi : tous les ministres fédéraux N-VA prennent des cours de français et ont engagé un porte-parole francophone (ou bilingue dans un cas sur cinq). Objectif : pouvoir s’adresser aux citoyens francophones et communiquer via la presse du sud du pays, puisqu’ils sont désormais responsables de matières fédérales concernant tous les Belges.

Mais au fond : qu’en est-il des sept ministres MR, seuls représentants francophones du gouvernement Michel ? Nous avons fait le tour de ces sept cabinets. Le constat tient en cinq points.

1 – La moitié des ministres bleus suivent des cours de néerlandais : trois le font actuellement ; une (Marie-Christine Marghem) a suivi des cours, puis les a interrompus ; et trois n’en suivent pas : le Premier ministre Michel et le vice-Premier Reynders qui, bons bilingues, n’en ont pas besoin ; et Hervé Jamar. Ce n’est pas Charles Michel qui a imposé à ses ministres de suivre des cours, même s’il insiste sur l’importance du bilinguisme.

2 – Six ministres MR ont engagé un porte-parole néerlandophone : seul Willy Borsus n’en a pas, n’ayant qu’une porte-parole francophone suffisamment bilingue… et pas trop sollicitée par la presse du Nord. Daniel Bacquelaine aussi n’a qu’un porte-parole, mais il est néerlandophone. Les cinq autres ont deux ou trois porte-parole : un « N » et un ou deux « F ».

3 – Les cinq nouveaux ministres (Hervé Jamar a déjà été secrétaire d’Etat) ont avant tout une connaissance passive du néerlandais : ils le comprennent mais ne le parlent pas forcément, ou pas de façon fluide. Marie-Christine Marghem et Hervé Jamar se débrouillent ; Daniel Bacquelaine, Jacqueline Galant et Willy Borsus sont moins, ou beaucoup moins efficients.

4 – Si les ministres MR font l’effort d’améliorer leur connaissance de la langue de Vondel, la presse flamande n’est pas forcément intéressée à les interroger longuement : la moitié des ministres bleus (trois sur sept, Jamar, Borsus, Galant) n’ont pas encore reçu de demande de véritable interview de la part de médias flamands – au-delà de questions ponctuelles liées à l’actualité dans leurs matières.

Deux autres ministres (Marghem et Bacquelaine) ont déjà accordé des entretiens à la presse écrite flamande, mais n’ont jamais été invités en radio ou en télé. Seuls Michel et Reynders sont sollicités par tous les types de médias néerlandophones.

Cinq ministres libéraux sur sept ne se sont donc pas encore livrés à l’exercice d’une vraie interview radio ou télé en flamand, faute de demande.

5 – Plusieurs cabinets nous le disent : les questions posées par les médias flamands diffèrent largement de celles des francophones. Les centres d’intérêt ne seraient donc pas les mêmes. Les dossiers concrets, comme l’énergie, les pensions ou l’agriculture, suscitent un certain intérêt de nos confrères qui n’interrogent par contre guère les ministres MR (à l’exception du Premier et du vice-Premier) de manière plus « macro » politique. L’un ou l’autre ministre a aussi été approché pour un portrait.

Charles Michel, Premier ministre

Cours de néerlandais. Charles Michel a suivi une année de droit à l’université d’Amsterdam. Depuis l’été, il pratique intensivement le néerlandais (il a d’ailleurs demandé à ses collègues de corriger ses fautes) vu la configuration de son gouvernement. Bon bilingue, il n’a donc pas besoin de suivre de cours.

Porte-parole . Francophones : Frédéric Cauderlier, Aurélie Czekalski. Néerlandophone : Barend Leyts, venu de VTM.

Interviews. Il est très sollicité par la presse flamande. Et tient à «  s’exprimer de la même façon et autant au nord et au sud », d’autant qu’il sait que c’était un point faible de son prédécesseur. Il a déjà été interrogé par tous les types de médias flamands.

Didier Reynders, Vice-Premier, ministre des Affaires étrangères

Cours de néerlandais. Didier Reynders s’adresse toujours en néerlandais à ses collaborateurs flamands, avec lesquels il se tient au courant de l’actualité en Flandre ; il passe dès lors un tiers de son temps dans la langue de Vondel à son cabinet. Il répond toujours en néerlandais aux questions des parlementaires du nord du pays. Bon bilingue, il n’a pas besoin de suivre de cours de langue.

Porte-parole. Francophone : David Marechal. Néerlandophone : John Hendrickx.

Interviews. Il est autant sollicité par la presse flamande, tous médias confondus, que francophone, « mais sur d’autres sujets ».

Jacqueline Galant, ministre de la Mobilité

Cours de néerlandais. Jacqueline Galant a une connaissance passive du néerlandais. Pour se perfectionner, elle suit un cours de deux heures de néerlandais par semaine, avec un professeur privé. Durant la trêve de Noël, elle a aussi suivi, à son cabinet, des cours donné par le Ceran, durant trois jours.

Objectif. « Atteindre le niveau “parfait bilingue” pour pouvoir s’exprimer aussi bien en néerlandais qu’en français. Elle est très motivée pour pouvoir bien se défendre en néerlandais. »

Porte-parole. Francophone : Stéphanie Hotton. Néerlandophone : Jasper Pillen.

Interviews. Jacqueline Galant a déjà été sollicitée pour des questions d’actualité ponctuelles par la presse flamande, mais pas pour de véritables interviews, ni en radio-télé ni dans la presse écrite. Jusqu’ici, elle ne s’est exprimée qu’en français.

Marie-Christine Marghem, ministre de l’Energie et de l’Environnement

Cours de néerlandais. Après ses études de droit, Marie-Christine Marghem a passé un an à la KUL. Elle a une bonne connaissance passive du néerlandais et se débrouille à l’oral. Elle a suivi des cours après sa prise de fonction, le samedi, pendant plusieurs heures. Elle les a interrompus en décembre mais compte les reprendre « dès que possible ».

Objectif. « Il est important de pouvoir s’exprimer dans la langue respective de chacun. »

Porte-parole. Francophones : Ariane Van Caloen. Néerlandophone : Ingrid Van Daele, recrutée dès le début.

Interviews. Elle a accordé sa première interview à Het Laatste Nieuws, en vue d’un portrait. Puis au Tijd. Elle a aussi eu un entretien avec le magazine Tertio et prépare un dossier « climat » pour De Standaard. Elle reçoit des questions ponctuelles de médias flamands, surtout sur l’énergie. Pas encore de radio ni télé.

Willy Borsus, ministre des Classes moyennes et de l’Agriculture

Cours de néerlandais. Ayant une connaissance plus passive qu’active du néerlandais, Willy Borsus suit, depuis novembre dernier, un cours de néerlandais de deux heures par semaine, avec un professeur privé.

Objectif. « Etre à 100 % opérationnel dans l’autre langue d’ici quelques semaines. »

Porte-parole. Francophone : Pauline Bievez, assez bilingue pour s’occuper de la presse néerlandophone.

Interviews Willy Borsus n’a pas encore donné d’interview à la presse flamande, parce qu’il n’a pas été sollicité, ni en radio, ni en télé, ni en presse écrite. Par contre, le magazine Knack lui a demandé un texte sur l’agriculture. Et le cabinet reçoit plus de questions ponctuelles sur les matières du ministre, notamment l’agriculture, de la part de médias flamands que francophones.

Daniel Bacquelaine, ministre des Pensions

Cours de néerlandais. Ayant surtout une connaissance passive du néerlandais, Daniel Bacquelaine suit, depuis sa prise de fonction, deux ou trois fois par semaine un cours d’une demi-heure-une heure avec un professeur privé, pour travailler l’expression orale. Autrefois, il a suivi un stage d’immersion en néerlandais.

Objectif. « Il est ministre fédéral, c’est donc une question de respect vis-à-vis de l’ensemble de la population. Il veut être opérationnel pour les débats à la chambre et au conseil des ministres. »

Porte-parole. Un seul : Koen Peumans, néerlandophone, habitant Sprimont.

Interviews. Daniel Bacquelaine est pas mal sollicité par la presse flamande. Une de ses premières interviews a été accordée au Belang van Limburg  ; il est aussi passé dans le Tijd et brièvement en radio, par exemple lorsqu’il a rencontré les trois ministres de l’Enseignement. Mais il n’a pas encore accordé de vraie interview télé, ni participé à un débat.

Hervé Jamar, ministre du Budget

Cours de néerlandais. Hervé Jamar a déjà participé deux fois à un stage d’immersion au Ceran, lorsqu’il était secrétaire d’Etat au fédéral (de 2003 à 2007). Il avait donc un bon niveau de néerlandais, qu’il a quelque peu perdu après avoir quitté le fédéral, même s’il garde une bonne connaissance passive. Il ne suit pas de cours de néerlandais, mais envisage une éventuelle nouvelle immersion ou des cours privés, pas avant Pâques cependant, jugeant son agenda trop chargé (il y aura un contrôle budgétaire en mars).

Porte-parole. Francophones : Martine Maelschalck, Ingrid Kempeneers. Néerlandophone : Caroline Van Goidsenhoven, qui fut la première engagée.

Interviews. Hervé Jamar a déjà répondu en néerlandais à des questions ponctuelles de la presse flamande, mais il n’a pas encore eu de demande d’interview en tant que telle de la part des médias flamands.

 

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