Françoise Schepmans: «Il n’y a pas de zone de non-droit à Molenbeek»

Tous les chemins du terrorisme islamique version noir-jaune-rouge mènent-ils à Molenbeek ? Les feux de cette actualité se sont en tout cas à nouveau concentrés sur la commune bruxelloise, ce week-end, avec deux nouvelles perquisitions effectuées sur ce territoire, soit huit au total dans le cadre de ce dossier et alors que les deux présumés djihadistes abattus par les forces de police à Verviers étaient inscrits dans le registre de population de cette commune.

Explication souvent entendue : Molenbeek a été géré 20 ans par Philippe Moureaux (PS) et l’homme est connu pour ses accommodements raisonnables. Résultat : on a laissé se développer des zones de non-droit ou même les policiers les plus hardis évitent de montrer leur képi, matraque-t-on. « Je ne peux empêcher personne d’entrer dans ce jeu-là, rétorque l’ex-mayeur (1992 à 2012). Cela permet à certains de cacher des réalités sociales, ce que nous payons d’ailleurs en partie aujourd’hui. Le drame que nous vivons est une aubaine pour ceux qui sont au pouvoir. Et la presse adore jouer à la peur : ça fait vendre les papiers… »

« Une fois pour toutes, il n’y a pas de zones de non-droit à Molenbeek, s’énerve presque l’actuelle bourgmestre Françoise Schepmans (MR). Il est arrivé que la commune connaisse des échauffourées, mais la police a toujours pris le dessus. La sécurité est assurée partout et il n’y a plus eu de crispation depuis très longtemps. Et lors des opérations de la semaine dernière, tout s’est passé dans le calme. »

Analyser des causes profondes

Pas plus que Molenbeek serait le Bronx belge, il ne doit être stigmatisé comme le haut lieu du terrorisme national, insiste pour sa part l’échevin Ahmed El Khannouss (CDH) : « Molenbeek n’est pas une plaque tournante du terrorisme, mais bien la deuxième commune la plus pauvre de Bruxelles. On doit faire une analyse de fond des causes profonde et ne pas emprunter, comme certains, des raccourcis en misant tout sur le sécuritaire. C’est pour cela que je suis extrêmement fâché contre ceux, y compris au sein de mon parti, qui proposent de retirer la nationalité de ceux qui sont allés en Syrie. C’est vouloir renvoyer des jeunes d’où ils ne sont jamais venus. »

L’ex-partenaire du PS dit ainsi ne « pas vouloir stigmatiser Moureaux plus qu’un autre » et préfère parler d’une « responsabilité collective des politiques qui ont été amenés à gérer la question de l’intégration socio-économique des jeunes d’origine étrangère ». Selon lui, « le résultat actuel montre la faillite de politiques longues de dizaines d’années ». On a certes pris un virage après les années nonante, « mais uniquement à travers de l’occupationnel. Il a manqué d’un investissement massif sur le savoir et l’enseignement et de moyens pour donner les outils aux acteurs indépendants de terrain et non politisés. Sur ce dernier point, j’adresserai un reproche aux socialistes qui ont longtemps été focalisés sur l’occupationnel et moins sur la transmission d’outils d’émancipation ».

L’échevine molenbeekoise de la cohésion sociale et islamologue Sarah Turine (Ecolo) tient le même langage. « Nous devons réinterroger les politiques de prévention et de cohésion sociale, estime-t-elle. Nous avons récemment réorganisé les services et la plupart des acteurs, surtout des éducateurs de rue, m’ont dit que c’est la première fois en vingt ans qu’ils étaient amenés à s’interroger sur la finalité de leur mission ».

Car oui, convient-elle, Molenbeek reste un terrain propice au développement du radicalisme violent – même si selon certaines sources les arrestations concerneraient pour partie des faits de droit commun. Pourquoi ? Parce que, rappelle-t-elle, certains quartiers de la commune affichent des taux de chômage chez les jeunes supérieurs à 50 % et que, même ceux qui ont un travail ont au moins une fois été stigmatisés et ont développé une relation teintée de défiance avec les institutions (justice, écoles, médias…) qui les rendent perméables aux discours des prédicateurs. Pour Philippe Moureaux, plus que de faire appel aux chasseurs ardennais, « on doit s’interroger ce qui a conduit certains jeunes à aller se battre en Syrie. Si on ne le fait pas, on se prépare des lendemains qui déchantent. Ou qui chantent, pour l’extrême droite ».