Grèce: «Nous souhaitons la victoire de Syriza aux élections du 25 janvier»

«En Grèce, cela fait cinq années que les plans d’austérité se succèdent et la fin du tunnel n’est toujours pas en vue. Depuis cinq ans, la Troika (regroupant la BCE, la Commission européenne et le FMI) impose des mesures d’austérité en échange de crédits d’urgence afin d’éviter la cessation de paiement de la Grèce à l’égard de ces créditeurs. Mais la majeure partie de ces fonds prêtés ont été utilisés pour mettre les spéculateurs à l’abri. Simultanément, les mesures d’austérité appliquées par les gouvernements successifs ont imposé une véritable régression sociale. Une personne sur trois vit dans la pauvreté. Neuf chômeurs sur dix ne sont plus indemnisés. Le taux de chômage des jeunes atteint 60 % et beaucoup quittent le pays. Le pouvoir d’achat a été réduit de près d’un tiers. Près de 100.000 entreprises ont fait faillite. Le pays s’enfonce dans une crise sans fin. La dette publique qui atteignait 120 % du PIB en 2009 atteint désormais 179 % du PIB ce qui démontre que le remède – l’austérité – est non seulement pire que le mal, mais contribue à l’aggraver.

Quatre piliers pour la relance

Alexis Tsipras a présenté un programme de gouvernement basé sur quatre « piliers » et une cinquantaine de mesures concrètes. A l’inverse des autres forces politiques, Syriza défend une réduction radicale et une restructuration profonde de la dette grecque, ce qui est nécessaire pour pouvoir d’abord consacrer des dépenses à la relance de l’économie du pays. Parmi les autres mesures envisagées figurent le relèvement du salaire minimum de 580 à 751 euros, la fourniture gratuite d’un volume d’électricité minimum, des bons de ravitaillement pour les ménages les plus pauvres, une réforme fiscale, une loi sur les arriérés d’impôts et les prêts non remboursés, une révision du programme de privatisation, un gouvernement resserré de dix ministres, une réforme et un renforcement de la brigade financière, et des réformes des procédures en vigueur dans la fonction publique, pour lutter contre la corruption.

Il ne fait aucun doute que l’alternative portée par Syriza entre en collision avec les intérêts du monde de la finance. Mais ce n’est pas une raison pour enlever au peuple grec le droit d’élire librement des députés. Il est tout à fait inacceptable qu’Angela Merkel envisage de proposer à la Grèce de sortir de la zone euro, ou que le commissaire européen Pierre Moscovici s’adresse directement aux électeurs grecs pour leur dire dans quel sens voter. Il est tout aussi intolérable que Jean-Claude Juncker, président de Commission européenne, exprime sa désapprobation à l’égard de Syriza faussement qualifié de « populiste ».

Nous exigeons des institutions financières internationales, des agences de notations comme des autorités européennes qu’elles cessent leurs pressions indignes. Ce n’est pas à eux de dicter aux peuples ce qu’ils doivent voter ! L’austérité est un choix politique que les citoyens de Grèce doivent pouvoir rejeter démocratiquement !

Il est vrai que la victoire de Syriza peut mettre un coup d’arrêt à la politique « austéritaire » qui sévit dans toute l’Europe et serait une victoire importante en faveur de la justice sociale et pour une Europe solidaire, opposée aux nationalismes et au fascisme. Si la Grèce dit « Non, assez ! », d’autres pays vont suivre, comme l’Espagne où Podemos arrive en tête dans les sondages pour des élections législatives qui se dérouleront à l’automne 2015. En Belgique aussi, la victoire de Syriza nous concerne directement car elle renforcerait la résistance aux politiques d’austérité encore accélérées par le gouvernement actuel.

Nous sommes d’accord avec Alexis Tsipras lorsqu’il dit que le problème de la Grèce est celui de toute l’Europe et que ce qui s’y joue pourrait sonner le début d’une nouvelle aventure européenne qui remplacerait le dumping fiscal et la concurrence mortifère par l’entraide et la solidarité. C’est pourquoi nous disons au peuple grec : n’ayez pas peur, comptez sur nous, nous sommes à vos côtés ! »

(*) Anne Dufresne, sociologue FRS FNRS ; Yannick Bovy, réalisateur, documentariste ; Céline Delforge, députée bruxelloise ECOLO ; Corinne Gobin, politologue à l’ULB ; Eric Toussaint, porte-parole du CADTM ; Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB ; Jean-François Tamellini, secrétaire fédéral de la FGTB ; Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne ; Gilbert Lieben, secrétaire général de la CGSP wallonne ; Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue Politique  ; Hugues Le Paige, directeur de la revue Politique  ; Isabelle Stengers, philosophe, professeur à l’ULB ; Mateo Alaluf, sociologue, professeur à l’ULB ; Mejed Hamzaoui, professeur à la faculté des Sciences sociales de l’ULB ; Paul-Emile Dupret, Comité pour les droits humains « Daniel Gillard » ; Raoul-Marc Jennar, essayiste ; Vincent Decroly, porte-parole de VEGA ; Daniel Piron, secrétaire général de la FGTB de Charleroi ; Jean Delval, directeur du Théâtre des Rues ; Paul Hermant, journaliste ; Carlos Crespo, secrétaire général de ProJeuneS ; Julie Ben Lakhal, présidente de ProJeuneS ; Dominique Dauby, secrétaire générale des Femmes Prévoyantes Socialistes ; Marie-Françoise Lecomte, coprésidente du Mouvement de Gauche ; Michèle Gilkinet, ancienne parlementaire, objectrice de croissance ; Jean Pierre Wilmotte, cosecrétaire général du Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC) ; Pierre Eyben, VEGA ; Gérard Gillard, coprésident du Mouvement de Gauche ; Ludo Abicht, philosophe universiteit Antwerpen, prof. ém. ; Stephen Bouquin, sociologue, université d’Evry-Parisud, ROOD ! ; Lieven De Cauter, philosophe, professeur à la KUL et RITS ; Filip De Bodt, conseiller Leef ! Herzele ; Thomas Decreus, publiciste, philosophe, enseignant à la KUL ; Brecht Desmet, politologue UGent, assistant, chercheur ; Jan Dumolyn, historien UGent, professeur ; Karel Gacoms, président de la section ABVV Metaal du Brabant flamand ; Eric Goeman, Attac Vlaanderen ; Matthias Lievens, philosophe, enseignant à la KUL ; Francine Mestrum, Global Social Justice ; Vincent Scheltiens-Ortigosa, historien, chercheur à l’Universiteit Antwerpen ; Hugo Van Dienderen, président Groen+, ex-député fédéral Groen ; Jef Van Damme, député bruxellois (sp.a) ; Jelle Versieren, historien, Universiteit Antwerpen, assistant et chercheur ; Karim Zahidi, mathématicien, philosophe, Universiteit Antwerpen.