Un tour de ville déjanté avec Mons Street Review

Que restera-t-il de Mons 2015 au-delà de 2015 ? Un jour peut-être, à des années-lumière de l’événement, dans l’infini de la Toile, un site internet continuera à faire le tour de la planète internet. Sorte d’ovni décalé venu de nulle part, témoignage quasi préhistorique des balbutiements des nouvelles technologies de l’information. Les hommes et les femmes d’alors, nos lointains descendants, admireront le caractère précurseur de Mons Street Review, comme les cinéphiles le faisaient à cette époque révolue à propos d’un vieux Méliès ou d’un Charlot tremblotant.

En 2015 donc, la capitale européenne de la culture avait donné leur chance à de drôles d’oiseaux venus de France : le collectif TNT de Ludovic Nobileau, Antonia Taddei et leurs complices. Quelques années auparavant, le géant Google, qui régnait alors sur la galaxie des moteurs de recherche, avait mis au point Google Street, ce qui n’avait pas été du goût de tout le monde dans cette société soucieuse du respect de la vie privée.

Imaginez : des caméras saisissant les images à 360 degrés filmaient villes et villages dans leurs moindres détails. Deux ou trois clics et la maison du voisin d’en face ou du rival amoureux n’avait pratiquement plus de secret pour l’internaute habile de sa souris. Façades, nains de jardins, entreprises, immeubles ou vaches en pâture : tout faisait farine au moulin de la curiosité des humains du vingt-et-unième siècle débutant.

Biche et âne à cornes

A l’occasion de Mons 2015 qui avait choisi de marier la culture et les nouvelles technologies, la ville voulait changer son image, casser les codes. Le portrait livré par Google Street était décidément bien sage. La carte blanche accordée à des artistes de passage promettait de bousculer les convenances : tout serait permis pour faire de Mons Street Review la vision drôle et poétique d’une cité en mutation.

Dans le décor sobre et sombre d’un bureau bruxellois, le supplément culturel d’un grand quotidien national avait eu le bonheur de découvrir les images étonnantes de ce circuit urbain qui ringardisait cartes postales et cartes routières à la fois. Une exclusivité pour une première mondiale : personne n’avait encore songé à utiliser Google Street à des fins artistiques.

Sur Mons Street Review, c’est bien simple, tout était permis. On y voyait des kayaks descendre la rue des Marcottes, les filles du rugby pousser une voiture, d’inquiétantes jumelles à la rue des Miroirs, un marché-aux-Herbes transformé en bain à bulles, des passants désemparés à la rue de la Peine perdue.

Mais aussi une biche à la rue de la Biche, puis un âne à cornes au même endroit, un aéroport réservé aux anges au pied du beffroi, des hallebardiers à tous les coins de rue, un arbre garni de ballons de basket au square Saint-Germain.

Dix kilomètres

On apprendrait plus tard que le tournage avait duré 34 jours et mobilisé des centaines de figurants improvisés. Dix kilomètres de rue avaient été couverts par la caméra, à raison de 300 mètres par jour. A l’époque, personne n’avait jamais vu ça.

Les gazettes de l’époque raconteraient des anecdotes savoureuses et touchantes. A la rue de la Réunion, les aveugles de Ghlin avaient été invités à taguer les murs et les vieux pavés : un pinceau de couleur blanche était accroché à leur canne. Gloria sourit encore d’avoir dessiné une fleur sur la chaussée et d’y avoir joint sa signature à l’aide de grosses lettres majuscules.

Dans le parc du château, la pluie était si serrée qu’il avait fallu reporter le tournage du matin. Les Montois sont rentrés chez eux déçus, puis ils sont revenus à la première éclaircie pour jouer le rôle qui leur était confié.

Non décidément, plus que l’image d’une ville, Mons Street Review avait surtout révélé l’esprit de ses habitants.

Mons Street Review sera accessible dès le 24 janvier sur le site de Mons 2015. Au cours des mois suivants, des vidéos et des passages inédits viendront enrichir le projet et en relancer du même coup l’intérêt.

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