Van Gogh au Borinage: du dessinateur malhabile au peintre génial

Au Bam, plus de 200 journalistes commencent à visiter l’exposition «Van Gogh au Borinage» en avant-première. Nous y étions.

A 8h30, Sjraar Van Heugten, commissaire de l’exposition, débutait sa journée avec Le Soir. Un premier tour de l’exposition dont on n’avait jusqu’à présent pu apercevoir qu’une salle réservée aux « Travaux des champs », inspirés de Millet, que Van Gogh ne cessa jamais de retravailler, du Borinage à Auvers-sur-Oise.

Un parcours qui favorise l’intimité avec les œuvres

Après une salle d’introduction en forme de ligne du temps, on découvre de nombreuses lettres de l’artiste à son frère ainsi que plusieurs dessins. Pour les protéger de la lumière, le parcours est plongé dans une semi-pénombre qui favorise également l’intimité avec les œuvres.

Dessins encore un peu maladroits, œuvres d’autres artistes de l’époque ayant traité les mêmes sujets (Constantin Meunier, Eugène Boch)… on pénètre petit à petit dans l’univers de l’évangéliste reconverti en artiste. Paysages du Borinage, portraits de mineurs, d’ouvriers, de paysans… Les motifs sont reproduits de multiples fois. Malhabile encore dans les dessins du Borinage puis de plus en plus maîtrisés et personnels au fil du temps. « Certains de ces tableaux n’étaient clairement que des exercices, des esquisses, pour lui. Mais pour nous, aujourd’hui, ils sont d’une valeur inestimable », explique Sjraar Van Heugten.

La deuxième partie de l’expo propose d’autres merveilles

À l’étage inférieur, on retrouve les « Travaux des champs » avec notamment le dessin jamais montré d’un moissonneur et venu en droite ligne du Uehara Museum of Modern Art au Japon. C’est aussi dans cette salle qu’on découvre le fameux « Semeur » qui a servi à toute la promotion de Mons 2015. Affiché en format géant face à la gare, on le découvre ici dans son format original : petit tableau vibrant et émouvant où l’artiste reprend une fois encore un thème sur lequel il commença sa formation artistique dans le Borinage.

Cette deuxième partie de l’exposition propose bien d’autres merveilles : le « Métier à tisser avec tisserand » de 1884 où Van Gogh traite également un thème qui lui tient à cœur et qu’il explora de multiples façons.

« S’il avait continué, Dieu seul sait jusqu’où il aurait pu aller »

Mais une des plus belles salles est sans doute celle où sont rassemblées les cabanes, chaumières et autres maisons. Après une salle consacrée aux dessins réalisés sur ce thème, dans le Borinage notamment, on découvre une succession de ces maisons basses que l’artiste chérissait. Avec notamment une petite ferme dans les tons bleu-vert datant de 1890 et la magnifique « Rue à Auvers-sur-Oise » également de 1890. Une période précédent de quelques semaines la mort de l’artiste mais qui ne laisse rien transparaître de son mal-être.

« Bien sûr, on sait qu’il n’allait pas bien, confie Sjraar van Heugten, mais franchement, après avoir étudié son œuvre pendant des années, je dois dire qu’on ne peut rien en voir dans son travail. À Auvers-sur-Oise, il peint quasiment 70 toiles, soit une par jour. Ce n’est pas vraiment ce à quoi on s’attend venant d’un homme en profonde dépression. Qui plus est, ce tableau de la rue à Auvers-sur-Oise est étonnamment osé. On sent, dans sa manière de peindre le ciel à grands traits bleus, qu’il expérimente à nouveau. S’il avait continué, Dieu seul sait jusqu’où il aurait pu aller. Hélas ! l’histoire s’est arrêtée brutalement.  »

À Mons, elle revit de la plus belle façon au fil d’un parcours passionnant, varié et permettant de comprendre l’étonnant parcours de cet artiste torturé et génial.

« Van Gogh au Borinage, la naissance d’un artiste », du 25 janvier au 17 mai au Bam, rue Neuve 8, 7000 Mons. Infos : www.mons2015.eu