Grippe: peu de pros sont vaccinés

Cette fois, c’est certain : l’épidémie de grippe est là. Elle s’annonce plus tôt et plus intense que les cinq dernières années. Avec une mortalité annoncée d’environ 3.000 personnes d’ici la fin de l’épidémie. Ouvrant des questions quant à la meilleure préparation face au virus. Dont la vaccination du personnel de santé dans les hôpitaux et maisons de repos. Car si celui-ci est prioritaire pour recevoir le vaccin et le reçoit gratuitement, il n’utilise que peu cette faculté : environ 30 % du personnel des hôpitaux, parfois moins, se vaccineraient. Un chiffre au conditionnel, car il n’en existe pas d’officiel. Les autorités ne manquent pourtant pas d’arguments pour promouvoir le vaccin : les professionnels sont plus exposés aux malades de la grippe dans les lieux où ils travaillent. Non seulement ils se protègent eux-mêmes du risque de la maladie (ou en atténuent le poids), mais ils protègent surtout ceux dont ils s’occupent et qui, déjà malades, sont davantage susceptibles de développer des complications. Enfin, ils protègent leur capacité de travail, ce qui peut être crucial en cas d’épidémie.

Pour ces raisons, le vaccin est obligatoire pour le personnel de santé dans certains états américains ou provinces canadiennes. En cas de refus, celui-ci peut être écarté du soin des patients, ce qui aboutit parfois à une perte d’emploi, ou forcé à porter un masque protecteur. En Belgique, pas question de prendre une telle disposition. « Ce n’est pas dans notre culture, nous essayons plutôt de convaincre. Quand on explique les conséquences possibles et que le chef de service soutient notre initiative, il arrive que 90 % des membres d’un service se vaccinent. Mais au sein de l’hôpital, cela ne dépasse pas 20 à 25 % », explique Yvette Vermeersch, infirmière en charge de la vaccination aux cliniques universitaires St-Luc (UCL). Qui souligne ce taux a fait un bond à 40 % lors de la pandémie H1N1 ou de la grippe aviaire. « Les gens étaient inquiets ». Oublié, donc, l’objectif premier de cette vaccination, par altruisme ? « Il y a une réticence face aux vaccins, des rumeurs non fondées qui font que moins de gens se vaccinent, même quand soigner est leur métier. J’argumente que cela bénéficie à la collectivité ». A St-Luc, on facilite la vaccination en la proposant dans des créneaux horaires adaptés aux différentes pauses.

A l’hôpital Erasme (ULB), il y a même des équipes mobiles qui « amènent » le vaccin dans les différents services. Mais ici aussi, une moyenne de vaccination limitée à 35 %. « Ce n’est pas homogène, cela varie de 15 à 80 %, souvent selon les équipes et la sensibilité à protéger les patients. Mais un hôpital n’est pas une boîte homogène. Un virus peut être amené par un visiteur de patients, il est quasi impossible de distinguer ce qui est dû au personnel soignant et aux autres causes d’infection », explique le docteur Baudouin Byl, épidémiologiste et médecin hygiéniste.

Quant au CHU de Liège, on y a, depuis 2011, renoncé à tenter la vaccination systématique du personnel. « En 13 ans, nous n’avions atteint, au mieux, que 40 % du personnel vacciné. Il faut au moins 70 % de vaccination pour empêcher que le virus circule dans l’institution. On continue à pratiquer la vaccination à la demande de certains services. En hématologie, ils sont vaccinés à 95 % », explique le docteur Geneviève Christiaens, responsable du service d’hygiène hospitalière du CHU. Qui souligne que trop peu d’études balisent l’effet exact d’une vaccination plus réduite. Au risque d’une surmortalité potentiellement évitable ?