Epargne à taux fixe: la baisse des taux s’est encore accélérée

Dans la foulée de la récente décision de la Banque centrale européenne de racheter massivement des emprunts d’Etat émis dans la zone euro(pour au moins 1.140 milliards d’euros), les rendements de la dette souveraine des pays « forts » ont à nouveau chuté. Pour nous en tenir à la Belgique, relevons que celui de l’OLO à 10 ans est tombé à 0,62 % et que les investisseurs doivent même payer pour souscrire des certificats de Trésorerie à 3 mois. Dans ce contexte, pourquoi les institutions financières actives en Belgique se montreraient-elles plus généreuses à l’égard des particuliers qui leur confient leur épargne ? Pourquoi le feraient-elles alors qu’elles peuvent se financer à bon compte soit sur le marché interbancaire, avec un Euro-Libor à 0,01 % à 3 mois et à 0,30 % à 12 mois, soit auprès de la Banque centrale européenne, dont les taux directeurs naviguent dans les mêmes eaux ?

En réalité, cela fait plusieurs années que le mouvement à la baisse des produits d’épargne à taux fixe est enclenché et il n’y avait aucune raison pour que l’année 2015 soit marquée par un revirement. En cause, on le sait, les « marchés » submergés par un excès de liquidités, lui-même consécutif aux chocs boursiers de 2007, 2008 et 2009. A l’époque, échaudés par la chute des actions, les investisseurs, tant particuliers qu’institutionnels, se sont massivement reportés sur les produits à taux fixe, à capital et rendement garantis. Avec d’autant plus d’empressement dans le chef des particuliers, que ces produits bénéficient du « parapluie » du Fonds de protection des dépôts (100.000 euros par personne et par institution).

Ce qui a frappé, durant les 12 derniers mois, c’est l’accélération du mouvement. Au début de 2014, le rendement de l’OLO belge à 10 ans dépassait encore les 2,50 %, et il est maintenant proche de la barre de 0,60 % brut. Banquiers et assureurs n’ont pu qu’adapter leurs offres.

Les banquiers

Prenons l’exemple des comptes d’épargne, le plus significatif aux yeux des particuliers. En un an, les rendements ont chuté de moitié, tombant de 0,60 à 0,30 %, et même à 0,25 % (prime comprise) pour les comptes d’épargne « ordinaires » des grandes banques. Avec un taux aussi bas, l’inflation de 0,34 % enregistrée en Belgique pour 2014, pourtant particulièrement faible, n’est même plus couverte. Et pourtant, les Belges restent fidèles à leur(s) carnet(s) de dépôt, puisque leur encours global se maintient au-dessus de la barre des 250 milliards d’euros. Soit environ 100.000 euros par compte, et 230.000 euros par habitant du Royaume.

C’est évidemment trop, beaucoup trop. Le compte d’épargne, rappelons-le, doit être réservé à l’accueil de ce qu’on appelle l’épargne de précaution. Pour faire face, par exemple, à une dépense imprévue, ou pour répondre à un besoin qui se précisera dans les mois qui viennent. Selon les spécialistes, le dépôt ne doit pas, normalement, dépasser le niveau de 3 à 6 mois des revenus mensuels nets du ménage, en fonction notamment de sa composition. On est loin du compte.

Tout aussi étonnant, l’écart entre l’offre la plus intéressante et celles des grandes banques pour leurs comptes ordinaires. D’un côté, 2,00 % (0,50 + 1,50) pour le compte de Distingo Plus de PSA Bank (l’institution financière du groupe automobile Peugeot-Citroën), un nouveau venu sur le marché belge, et, de l’autre côté, 0, 30 % (0,20 + 0,10) pour les comptes classiques de BNP Paribas Fortis ou de Belfius. Il faudra qu’on nous explique. En tout cas, la seconde règle à suivre est de bien sélectionner son fournisseur, quitte à faire des infidélités à son banquier de famille. Selon www.guide-epargne.be, une dizaine de comptes offrent des rendements globaux compris entre 1,50 % et 2 %.

Les mêmes observations se dégagent également de notre tableau s’agissant des comptes à terme et des bons de caisse. La chute au cours des 12 derniers mois est même plus brutale. Prenons l’exemple des rendements des comptes à 3 ans après prélèvement du précompte. On est tombé de, respectivement, 0,83 % chez Belfius et de 0,75 % chez Fortis, en vigueur à la fin 2013, à 0,26 % à la fin 2014. Misérable. Ici aussi, heureusement, un trouble-fête, nouveau venu, la banque maltaise Nemea Bank, qui, toujours pour le bon à 3 ans, propose un taux net de 2,63 %. Enfin une offre correcte.

Les assureurs

Les compagnies d’assurances, qui investissent la majeure partie de l’argent déposé par leurs clients dans des emprunts d’Etat ou dans des « corporate bonds » bien notés, ont été bien entendu sévèrement touchées par la chute des rendements sur les marchés obligataires. Elles ont été forcées d’y adapter leurs offres, y compris sur le créneau de l’assurance épargne de la « branche 21 », à capital et taux garantis. Attention toutefois, les chiffres mentionnés dans notre tableau concernent l’année 2013, dont les résultats n’ont été publiés qu’en 2014. Pour connaître les chiffres de l’année qui vient de se terminer, il faudra, sauf exceptions, attendre encore quelques mois. Et ils seront vraisemblablement inférieurs à ceux qui sont aujourd’hui à notre disposition.

Deux consignes à l’intention de ceux qui envisagent d’investir dans ce type de produit. Primo : attendre la publication, par les compagnies, des résultats de 2014 et du taux garanti pour 2015. Secundo : éviter de payer des droits d’entrée parfois exorbitants, jusqu’à 6 voire 7 %. Pour ce faire, une bonne adresse : www.guide-epargne.be. Sachez que le rendement 2014 du Fonds garanti multi-support d’Afer, la star de la catégorie, est d’ores et déjà connu : 3,20 %.

L’Etat

Les bons d’Etat, produit spécifiquement destinés aux investisseurs particuliers, n’ont plus la cote. La dernière émission, clôturée le 4 décembre dernier, n’a permis de récolter qu’une dizaine de millions d’euros. Il faut préciser que le seul produit proposé était un bon à 10 ans (une nouveauté), et que le rendement net, après prélèvement du précompte, était fixé à 0,83 %. Le Trésor avait pourtant fait le maximum, puisqu’à la même époque, le rendement net de l’OLO à 10 ans oscillait autour de 0,75 %.

Pour mesurer la chute des taux enregistrée à la fin 2013, il faut se rabattre sur le bon à 8 ans émis au début décembre de cette année-là : le rendement net était de 1,43 %. En gros, il a donc chuté de moitié en 12 mois.

On le constate, les produits à taux fixe « protégés » sont encore moins intéressants aujourd’hui qu’il y a un an. Et la chute n’est sans doute pas terminée. Visiblement, s’ils recherchent un rendement simplement correct, les épargnants belges devront, cette année, changer leur stratégie et s’orienter, notamment, vers des placements présentant un degré de risque plus élevé, c’est-à-dire les actions et les obligations, que ce soit en direct ou via des sicav. Nous y reviendrons la semaine prochaine.

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