Ecrire, par vent debout

En ces temps où les économistes tiennent le haut du pavé, et où les jeunes clament leur pessimisme ou choisissent l’exil, le choix de l’UCL, qui a décerné le titre de Docteur Honoris Causa à trois écrivains a quelque chose de prophétique, sinon de prémonitoire. Qu’y a-t-il de moins « profitable », de plus « gratuit » que l’écriture, de plus raillé que l’indignation, de plus ridiculisé que cette petite fleur qui s’appelle l’espérance ?

Cependant, telle est la raison de vivre de personnalités comme André Brink, Eve Ensler, Jean-Claude Guillebaud.

Tout au long de leur existence, ils ont écrit par vent debout. Contre l’apartheid mais aussi contre les injustices qui rongent la nouvelle Afrique du Sud. Pour les femmes, torturées, asservies et qui luttent contre les tabous mais aussi contre le cancer et les blessures de la vie. Pour la valeur du témoignage, le courage d’affirmer les valeurs, de défendre la culture et aussi la spiritualité…

Trois personnalités hors du commun, trois écrivains à contre-courant, mais plébiscités par d’immenses succès car ils touchent au plus profond de ces replis de l’âme où le matérialisme ambiant voire l’égoïsme interdisent si souvent de s’aventurer.

C’est un hasard du calendrier, mais la valeur de l’écriture, le caractère rédempteur de la culture sont honorés à travers eux un mois après que l’attentat contre Charlie Hebdo ait rappelé que les ennemis de la liberté n’ont pas frappé au hasard. Ceux qu’ils ont abattus sauvagement n’étaient pas les manipulateurs des fonds vautours ou les cracks de la finance sauvage, mais des hommes qui proclamaient leur liberté de pensée, leur droit au défi, à la provocation, qui ne faisaient pas l’unanimité mais, outre le rire, suscitaient le respect et l’affection.

Touchée au cœur voici un mois, l’écriture cette semaine proclame à nouveau son droit à la résistance. Et, autre hasard de l’agenda, l’hommage à ces trois écrivains se déroule le jour même où un journal belge fête son centenaire, un siècle d’écriture au service de la liberté !

Nous voilà loin de la logique du marché, de la résignation des pessimistes : un journal a tenu bon, des écrivains s’obstinent à mettre en alerte, à rappeler qu’in fine, ce sont les idées qui gouvernent le monde et non les bilans et les chiffres. Ils écrivent par vent debout, mais au fond de l’air, il y a déjà un peu de printemps…