Zanny Minton Beddoes, cheftaine de «The Economist»

C’est est une superdouée âgée de 47 ans diplômée d’Oxford et de Harvard, ces deux machines intellectuelles élitistes qui vous mettent sur les rails pour la vie. Cette blonde fragile mais d’une détermination sans faille est mariée à un journaliste financier britannique de renom. Toute dédiée à sa profession médiatique, la dame a des intérêts mais pas de passions. À l’exception de la défense du libéralisme économique, le seul système à ses yeux qui fonctionne car il rendra tout le monde plus riche pourvu que la puissance publique ne l’étouffe pas. « La liberté et la flexibilité des marchés aideront davantage l’économie que la main lourde des gouvernements », écrivait la responsable des pages d’économie internationale de The Economist lors de la crise des subprimes, en 2008.

Tel est portrait-robot de Zanny Minton Beddoes qui a pris ce lundi les rênes de The Economist, l’une des publications les plus influentes et les plus prestigieuses de la planète. Hormis une poignée d’initiés, personne n’avait jamais entendu parler d’elle. Rien de plus normal puisque les articles de l’hebdomadaire ne sont jamais signés par leurs auteurs. Pourtant sa nomination est significative à deux titres. C’est la première fois depuis sa fondation, en 1848, qu’une femme prend les commandes du navire amiral de la presse britannique. De surcroit, la désignation de cette économiste de formation réaffirme la ligne éditoriale traditionnelle en faveur du libéralisme économique. Zanny Minton Beddoes n’a pas eu à potasser en hâte les archives du fondateur de ce journal d’opinion, l’austère homme d’affaires quaker et croisé du libre-échangisme, James Wilson. Avant de rejoindre The Economist en 1994, elle avait travaillé deux ans pour le Fonds monétaire international. A ce titre, la dame avait pu expérimenter ses théories libérales sur le terrain en prêtant main-forte au ministère polonais des finances aux côtés de l’architecte de la « thérapie de choc », l’économiste américain Jeffrey Sachs.

Leadership et détermination sans faille

« Zanny n’a pas été choisie car il fallait une femme. Les membres du conseil d’administration ne passent pas pour de grands sentimentaux. Sa spécialité, l’économie politique, est dans l’ADN de “The Economist”  », souligne Bill Emmott, qui fut Editor entre 1996 et 2006. La responsabilité des pages les plus en vue du magazine – finance, vie des affaires ainsi que sciences et technologie – ses qualités de leadership et sa détermination sans faille lui ont permis de l’emporter.

Afin d’accéder au poste suprême d’un hebdomadaire qui réalise la moitié de sa diffusion aux Etats-Unis, Zanny Minton Beddoes pouvait aussi se targuer d’avoir passé l’essentiel de sa vie professionnelle à Washington. Mais le tropisme américain pointé du doigt par ses détracteurs est largement compensé par sa profonde connaissance des marchés émergents tout comme des rouages de l’euro.

La cheftaine de The Economist hérite d’un titre en bonne santé. Malgré la baisse l’an dernier de son tirage pour la première fois depuis quinze ans, The Economist vend chaque semaine 1,6 million d’exemplaires dans 200 pays. Reste que la journaliste, qui a été surexposée dans les médias américains, va devoir apprendre à exercer le vrai pouvoir sans publicité aucune. Son prédécesseur, John Micklethwait, l’a mise en garde, « Désormais, vous vivez dans l’obscurité la plus totale avec pour seule consolation de faire le meilleur job dans le journalisme ».