Engouement pour le 100% local

Via la vente à la ferme ou au champ, les circuits courts sont souvent associés à l’alimentation du particulier. Sous l’impulsion d’entrepreneurs audacieux, le 100 % local gagne peu à peu les grands restaurants et la restauration collective. En outre, de nouvelles activités territoriales se mettent en place afin de répondre à d’autres besoins fondamentaux, comme se vêtir ou habiter une maison isolée.

« Combien d’emplois pourraient être créés chez nous si la production régionale répondait à la demande locale et se substituait aux importations ? », interroge Laurence Lambert, coordinatrice des circuits courts au Centre de Référence des circuits courts et de l’économie circulaire de Wallonie. Pour aborder ces questions, quelque 250 personnes ont participé vendredi à la deuxième édition des rencontres des Circuits Courts, organisée par l’Agence pour l’entreprise et l’innovation (AEI). L’occasion de découvrir des entrepreneurs qui sont parvenus à aller au-delà des difficultés pour installer leur innovation.

Xavier Lechien a mis sur pied une collaboration entre producteurs locaux et restaurateurs de Durbuy.« Pour comprendre la réalité de l’autre et créer de la confiance entre les deux métiers, on a emmené les producteurs voir ce qu’était une cuisine de grand restaurant et inversement, les chefs ont entraperçu le quotidien d’un agriculteur. La résistance au changement est très forte ; mais 8 grands restaurants, parmi la cinquantaine que compte Durbuy, sont désormais passés au 100 % local. »

Quant à Jeanne Collard (TCO), elle n’est pas peu fière d’avoir réussi à jeter un pont entre les producteurs de fruits et légumes wallons et le milieu de la restauration collective. « Le plus difficile, c’est de parvenir à se faire livrer car il n’existe pas de filière spécifique au circuit court. Soit les quantités sont trop importantes et l’agriculteur ne sait pas y répondre, soit elles sont trop faibles et il n’y trouve pas d’intérêt économique. On a dès lors créé un outil logistique : une cuisine avec des espaces de stockage où les agriculteurs peuvent nous livrer et déposer leurs surplus de production ainsi que leurs calibres invendables en supermarché. On les découpe de façon manuelle, créant dans le même temps de l’emploi pour des personnes peu qualifiées. » Et de conclure « le circuit court en cuisine de collectivité, c’est juste une question de bon sens. »

« Du mouton à l’oreiller, tout le cycle de notre laine se fait en Belgique »

Qui n’a jamais souhaité compter les moutons bien au chaud sous une couette en laine ? Dominique Blandiaux est passée du rêve à la réalité et a fait le choix audacieux de miser sur le local. A partir de la laine de moutons wallons, lavée dans le dernier lavoir verviétois, elle en fait des couettes et des oreillers 100 % belges vendus sous la marque Lanado. « La laine provient de moutons d’une cinquantaine d’éleveurs wallons. Année après année, ils sont de plus en plus nombreux car ils apprécient de savoir que leur laine n’est pas jetée et qu’elle rentre dans la confection de produits locaux. De plus, on leur donne un bonus, un retour sur bénéfice. Certains sont des particuliers avec 4 ou 5 animaux tandis que d’autres sont des professionnels avec un gros troupeau. Soit ils tondent leurs moutons eux-mêmes et apportent la laine dans notre camion lors du jour de collecte, soit ils passent par un tondeur qui nous amène la matière première. Nous sommes les seuls collecteurs de laine belge, et la mise en place de cette logistique de prélèvement n’aurait pas été possible sans la filière laine comme partenaire. » Des points de collecte devraient bientôt voir le jour en Flandre.

Le prix de la laine brute fluctue en fonction de sa propreté, de sa qualité et de la race du mouton. Elle s’achète au poids à l’éleveur. Les laines de basse catégorie servent d’isolants naturels pour les habitations, vendus en vrac par un entrepreneur basé dans les Hautes-Fagnes. Celle de meilleure qualité est commercialisée auprès de designers pour confectionner des coussins, mais également à des fabricants belges de matelas. « Quelle que soit la quantité de laine reçue des éleveurs belges, on parvient toujours à la résorber en circuit court. »

Valorisation du savoir-faire local

Les couettes de Dominique Blandiaux s’emportent entre 170 et 455 euros, en fonction du poids et du format. Etre au chaud grâce aux moutons de chez nous n’est pas à la portée de toutes les bourses. « Le prix est nettement plus élevé que le synthétique, mais on est bien positionné par rapport à la plume. Malgré le coût, le produit a été très bien reçu par les consommateurs. Par leur achat local, ils veulent faire vivre des entreprises de chez eux et contribuer à rendre un emploi et un savoir-faire pérennes. Les couettes en laine locale sont aussi de nouveaux produits très confortables et d’extraordinaires alternatives à la literie synthétique. »

Alors que la région de Verviers en avait fait son activité phare, il ne reste désormais plus qu’un seul négociant transformateur de laine en Belgique. « La laine est devenue un produit de niche et de luxe  », ajoute Dominique Blandiaux. DBC wool, dont fait partie Lanado, est une entreprise familiale qui existe depuis 1938.

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