Hollande et Merkel sur l’Ukraine: notre plan ou la guerre

Le tandem franco-allemand négocie avec Poutine. Le risque de déflagration militaire augmente. L’Otan renforce ses positions dans les pays alliés de l’Est.

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 4 min

Un « préjudice colossal ». Voilà ce que Moscou a promis jeudi à Washington, si les Etats-Unis devaient franchir le Rubicon : fournir à l’armée ukrainienne la puissance de feu susceptible de battre la rébellion pro-russe, qui avance ses pions dans l’est de l’Ukraine. Autrement dit, si les Etats-Unis décidaient de s’engager, peu ou prou, aux côtés de Kiev dans une contre-offensive contre les séparatistes et leurs mentors… du Kremlin. Et entrer dans une sorte de guerre par procuration.

La menace de Moscou est imprécise. Mais elle a tout lieu de faire frémir ceux qui sont conscients de l’énorme risque de dérapage à grande échelle. Pour l’heure, les Etats-Unis disent soupeser encore l’option de fournir des « armes létales » à l’Ukraine, comme le recommande une partie influente de l’establishment américain. Sur le mode : Vladimir Poutine ne comprend que le langage de la force, qui n’a de cesse de fournir « des armes létales » aux pro-russes, selon un haut responsable américain. Le président Obama devrait trancher « bientôt », a fait savoir hier soir son secrétaire d’Etat John Kerry.

C’est dans ce contexte dramatique, aux allures de dangereux poker menteur, qu’une vaste offensive diplomatique se met en place. Sur le mode, elle, de la dernière carte, « à prendre ou à laisser ». Le tandem « Merkhollande » – la chancelière allemande Merkel et le président français Hollande – a mis le cap hier en fin d’après-midi sur Kiev. Le Français avait pris tout le monde par surprise lors de sa conférence de presse matinale à Paris, en annonçant cette initiative. Dans la foulée, le duo ira surtout négocier un « nouveau plan de paix » au Kremlin, ce vendredi, directement avec le président russe – c’est une première depuis le début du conflit.

Parallèlement, le chef de la diplomatie américaine Kerry était à Kiev, hier, avant de retrouver aujourd’hui le vice-président US Joe Biden à Munich, pour la prestigieuse conférence de trois jours sur la sécurité, organisée tous les ans dans la capitale bavaroise. Les deux hommes auront notamment de nouveaux pourparlers avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ainsi qu’avec le président ukrainien Petro Porochenko et les dirigeants européens présents.

Paris veut « éviter la guerre »

« La France veut éviter la guerre en Ukraine », a lancé hier le président français Hollande. Paris refuse le choc frontal avec Moscou et ne livrera pas d’armes à l’Ukraine. Berlin non plus. Jusqu’ici, les Occidentaux ont compté (en vain) sur la pression des sanctions pour forcer les belligérants au cessez-le-feu – l’Union européenne a encore allongé sa « liste noire » ce jeudi. Mais François Hollande a aussi averti que « l’option de la diplomatie ne (pouvait) être prolongée indéfiniment »

Parallèlement à cette agitation, l’Otan a concrétisé hier à Bruxelles le « plus important renforcement de notre défense collective depuis la fin de la guerre froide », a souligné le secrétaire général de l’Alliance atlantique. Jens Stoltenberg affirme que l’Otan « soutient tous les efforts en vue d’une paix négociée en Ukraine ». Mais « vu le comportement de la Russie », l’Otan a décidé de dynamiser ses capacités d’intervention très rapide, avec une nouvelle force de 5.000 hommes, soutenue dans les airs et en mer. L’Alliance renforce aussi ses positions dans six pays alliés de l’Europe de l’Est, « pour protéger tous les Alliés contre toute attaque » potentielle – la menace djihadiste est officiellement également couverte par ces mesures, mais c’est clairement le « risque Poutine » qui est dans le collimateur. De plus, un centre d’entraînement est installé en Géorgie (non-membre de l’Otan mais en voie de rapprochement), dont deux régions séparatistes pro-russes, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, sont dans l’orbite de Moscou.

Ces décisions seront évidemment perçues comme agressives par la Russie – en tout cas, elles seront qualifiées comme telles. Escalade ? Les responsables de l’Otan s’en défendent. Le renforcement des dispositifs militaires décidé hier par les ministres de la Défense de l’Otan est « défensif, proportionné et conforme à nos engagements internationaux, a souligné Stoltenberg.  Nous prenons ces mesures en réponse à la modification de notre environnement de sécurité ». « L’Otan ne procède à aucune escalade. C’est en Ukraine, que l’on assiste à une escalade », assène l’Otan. « Et ce qui se passe en Ukraine n’a rien à voir avec l’Otan ni n’est stimulé par l’Otan : c’est la Russie qui est illégalement présente en Ukraine. »

 

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