«Ecrire, un remède contre la pudeur»

Avec « Elle & lui », Marc Levy propose une comédie où l’on sourit beaucoup

Responsable des "Livres du Soir" Temps de lecture: 5 min

Trente-trois millions de livres vendus dans le monde. Pas de doute : Marc Levy est l’écrivain français le plus lu. Chacun de ses quinze romans fut un best-seller. Nul doute que le seizième, en librairie aujourd’hui, suive le même chemin. D’autant qu’il s’agit d’une comédie.

Elle & lui, c’est l’histoire de Paul, un écrivain (tiens !) qui fut un personnage du premier roman de Levy, Et si c’était vrai… A la suite d’une embrouille sur un site de rencontres, il entre en contact avec Mia. Il ignore qu’elle est une actrice célèbre, en rupture avec son mari, une star comme elle. Elle se fait passer pour la patronne d’un restaurant, elle qui ne parvient même pas à faire une omelette.

C’est leur relation que Marc Levy raconte. La légèreté, l’amour, les quiproquos, les surprises se succèdent, les personnages sont vraiment attachants, le burlesque perce parfois, l’émotion pointe aussi. Tous les atouts de la comédie…

Un roman par an depuis Et si c’était vrai… en 2000. Un rythme de travail astreignant : quinze heures par jour, ou plutôt par nuit, pendant quatre mois. Le reste du temps ? Famille, voyages autour du monde, recherche d’infos pour le roman suivant. Marc Levy vit à New York. Il était à Paris fin de cette semaine pour le lancement de son dernier opus. Il nous a accordé un entretien, dans sa suite de l’hôtel de Sers, rue Pierre Ier de Serbie.

Paul, c’est vous ?

Ce serait trop facile. Il tient de moi, mais ce n’est pas moi. Il y a toujours de soi dans les personnages. Si vous parlez de sa maladresse, de sa gaucherie, du fait qu’il ne se débrouille pas très bien avec les filles, oui, ça, c’est moi. J’avais envie de me moquer de moi-même à travers ce personnage.

Un de vos personnages, Arthur, dit à Paul : « Tu n’es pas Hemingway, mais ton histoire peut apporter un peu de bonheur aux gens qui la liront ». C’est pour vous ?

Non. C’est pour tous les gens qui font un métier qui apporte du bonheur aux autres. C’est pour le boulanger, l’infirmier, l’aide-soignant,… On vit dans la société des mauvaises nouvelles et on parle peu des bonnes volontés. C’est un hommage à tous ceux qui font des métiers plus courageux que le mien et qui le font avec l’énergie et l’envie de donner un petit moment de bonheur.

Vous reprenez vos héros de votre premier roman. Vous aviez envie de les retrouver ?

Ils me manquaient. Les personnages de fiction, ça devient des personnages à part entière, qui rentrent dans votre vie. Je ne connais pas un marionnettiste qui range sa marionnette dans sa boîte sans lui dire bonsoir. J’avais envie de donner une histoire à ce personnage de Paul. Dans Si c’était vrai… je me sentais plus proche de lui que des autres.

Vous faites de belles histoires avec de belles fins. D’ailleurs Mia le dit dans votre roman : « On leur dit merde à ceux qui n’aiment pas les histoires heureuses, qu’ils aillent patauger dans leur sinistrose. » C’est aussi pour vous ?

Non non, ce n’est pas pour moi. Mia dit aussi : «  Pour avoir un Oscar il faut se couper deux bras deux jambes  ». Ce n’est vraiment pas exclusivement pour moi. Je ne vais pas m’envoyer des messages à moi-même : je les connais. Il n’y a pas de César de la comédie. Pendant des décennies, dans le milieu du cinéma, La Grande vadrouille n’était pas un grand film. Faire rire est plus dur que faire pleurer.

On pourrait prendre ça comme une réponse de votre part à ceux qui disent que vos livres sont faciles : une petite comédie avec une fin heureuse, qui fait plaisir.

On peut le penser. Reste à le faire. Et puis je n’écris pas que des comédies. J’ai aussi publié Les enfants de la liberté et Une autre idée du bonheur, un roman très politique. Faire rire et divertir fait aussi partie du paysage culturel, mais il n’y a pas que ça. Raconter des vérités, c’est aussi important.

Paul est doté d’une fameuse sincérité. C’est aussi une part de votre caractère ?

Oui oui. Je suis incapable de mentir.

Pourtant vous mentez tout le temps en écrivant.

Je ne crois pas. Puisque ces personnages deviennent des amis.

Pourquoi écrivez-vous ?

Ça m’est indispensable. L’écriture est un terrain de liberté absolue et toute ma vie a été menée par l’héritage de mon père, par cet amour de la liberté, l’envie rencontrer les autres, de ne jamais camper sur un seul point de vue, de ne jamais s’ancrer dans ces certitudes. L’écriture est un moyen de se remettre en question à chaque page, à chaque mot.

Vous dites dans le roman : « Pourquoi les personnages de romans osent-ils tout et nous si peu de chose ? » C’est aussi pour ça qu’on écrit, pour pouvoir vivre d’autres vies ?

J’écris parce que je suis extrêmement pudique et que l’écriture m’a permis d’énoncer ce que je n’arrivais pas à dire à voix haute. C’est un remède contre la pudeur.

Vous êtes ce qu’on appelle un auteur populaire. Vous assumez ce mot ?

C’est le plus beau compliment que je peux recevoir. J’adore qu’on me lise dans le métro plutôt que dans les salons. C’est le rêve de tout écrivain d’être populaire. De tout chanteur, de tout comédien. Ce sont des métiers de partage. Non seulement, je l’assume, mais cela me rend heureux.

Dans le roman, Paul avoue ne jamais connaître la fin de ses histoires avant de les écrire. Et vous ?

C’est la même chose.

Donc vos histoires ne sont pas fabriquées.

Non. Vous ne pouvez pas fabriquer. En seize romans, j’ai dû changer au moins sept fois de genre. Il n’y a pas de moule. Il n’y a pas de recette. Ce n’est pas fabriqué. Ce ne peut pas l’être. On pourrait taxer l’œuvre de Simenon de fabriquée. Aujourd’hui Simenon est dans la Pléiade mais de son vivant, qu’est-ce qu’il a pris !

Vous serez bientôt dans la Pléiade, alors ?

Il y a très peu de chance. Mais je m’en fiche.

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