Que retenir un mois après l’horreur des attentats à Charlie Hebdo?

Il y a un mois jour pour jour, les frères Kouachi débarquaient dans la rédaction de Charlie Hebdo et assassinaient 12 personnes.

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En France et dans le monde, les conséquences de l’attentat qui a notamment coûté la vie à deux policiers et à Charb, Cabu, Tignous, Wolinski et Honoré, sont nombreuses. On en a compté cinq. Liste non exhaustive.

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1.

Près de 8 millions d’exemplaires distribués du « Charlie des survivants »

Un peu moins de huit millions du numéro des survivants de Charlie Hebdo ont été diffusés en France et à l’étranger, a indiqué Patrick André, le directeur des MLP, distributeur du magazine, dans une interview diffusée samedi sur le site internet du JDD.

Dressant le bilan un mois jour pour jour après l’attentat, Patrick André a précisé que le tirage du dernier numéro du magazine satirique s’élevait à environ 7,950 millions d’exemplaires, dont un peu plus de 7,1 millions d’exemplaires mis en distribution en métropole et près de 760.000 exemplaires envoyés à l’export dans 25 pays.

Lors d’un point fait mardi dernier, le cogérant de Charlie Hebdo, Éric Portheault, avait indiqué que le dernier numéro avait été tiré à plus de 7,3 millions d’exemplaires. Il avait également indiqué que l’hebdomadaire avait dépassé le cap des 200.000 abonnés.

Selon Patrick André, Charlie Hebdo a aujourd’hui plus de 220.000 abonnés, contre 10.000 avant l’attentat du 7 janvier qui a décimé sa rédaction. Le prochain numéro est programmé pour le 25 février.

Avec de tels chiffres, le journal deviendrait l’un des plus lus de France. Ce qui n’effacera pas la douleur de ceux qui le fabriquent.

2.

L’Europe s’interroge sur son rapport aux religions

Comment parler des attentats à l’école ? Des incidents se sont produits dans certaines classes en France. Un membre d’une équipe pédagogique d’un lycée de la banlieue lyonnaise, raconte « l’après » : « Énormes confusions de la part des élèves, sincères ulcérations face au blasphème (« ils n’avaient pas le droit, Madame ! »), peur de l’amalgame, refuge dans les théories du complot, sentiment d’injustice quand leur héros Dieudonné est poursuivi en justice, et au final le ‘Ils nous mentent tous’, quand je leur conseille de sortir des réseaux sociaux pour s’informer au quotidien… »

La question de la laïcité a retourné la France, mais le débat s’est invité un peu partout en Europe. En Belgique, il a tourné autour des cours de religion. Faut-il les supprimer ? Regrouper tous les élèves ?

>>> À lire : Réformer ? Supprimer ? L’avenir des cours philosophiques en débat

3.

À la recherche de « l’esprit du 11 janvier »

En France, elle a tout simplement été la plus grande manifestation de tous les temps. Près de quatre millions de marcheurs dans l’hexagone, quatre jours après l’attaque à Charlie Hebdo. Ils étaient 20.000 à Bruxelles le même jour. En tête du cortège parisien, une cinquantaine de chefs d’État ou de gouvernement. François Hollande, Mahmoud Abbas, Benjamin Netanyahou, le Roi de Jordanie ou même Charles Michel. Du jamais vu.

Depuis, si les intellectuels et les personnalités politiques de tous bords ont salué l’esprit d’union, on s’interroge sur les suites politiques de ce mouvement. Simple réaction épidermique contre l’horreur des attaques envers la liberté d’expression, la police et la communauté juive ? Ou bien cette « marche républicaine » restera-t-elle comme le point de départ de plusieurs changements sur la thématique de la laïcité, de la liberté d’expression et de blasphème, dans la lutte contre la radicalisation et le terrorisme ? Il est trop tôt pour le dire.

4.

La popularité retrouvée de François Hollande

Les hausses conjuguées des cotes de popularité de François Hollande (+8 points entre avant et après les tragédies du 7-8-9 janvier) et Manuel Valls (+10 points) ne sont pas qu’une anecdote. Au fond du trou fin 2014, le couple exécutif français, qui s’est montré convaincant dans la tempête, retrouve une assise politique. Les « frondeurs » du PS sont rentrés (provisoirement) dans le rang. À gauche, on ne parle plus pour l’instant de primaire pour élire le candidat socialiste à la présidentielle de 2017.

A contrario, les opposants à Hollande ont pâti de la séquence. Nicolas Sarkozy, d’abord, dont le retour en politique à la tête de l’UMP ne le présente toujours pas comme le sauveur providentiel de la France. Avec le regain de confiance envers François Hollande, Sarkozy n’apparaît même plus comme le sauveur de la droite. Et ses concurrents – Fillon, Le Maire… – ont les crocs. La route pour 2017 est longue et la politique française est peut-être entrée dans une séquence plus « sécuritaire », dans laquelle le Premier ministre Manuel Valls est très à l’aise. Au moins autant que Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen non plus, n’a pas profité de cette parenthèse politique. Celle qui n’était pas la bienvenue dans la marche parisienne du 11 janvier a paru isolée. Elle a été accusée de favoriser les amalgames entre musulmans et islamisme radical. On ignore encore si son discours anti-immigration portera davantage quand l’émotion des attentats sera passée.

>>> À lire : La popularité de Hollande remonte en flèche

5.

Multiplication des actes anti-musulmans

Partout, la montée de l’islamophobie après les attentats de Paris et l’opération anti-djihadistes en Belgique, inquiète.

Le 1er février, environ 200 personnes ont rejoint la place Poelaert à Bruxelles, pour protester contre l’islamophobie et autres formes de discrimination. Selon les manifestants, l’amalgame est trop souvent fait entre les terroristes et la communauté musulmane.

«  Nous sommes ici pour dire que nous sommes autant des musulmans que des citoyens de cette société », expliquaient les organisateurs. «  Nous devons urgemment faire la différence, en particulier dans les médias, entre terroristes et musulmans. Ces extrémistes ne font pas partie de notre communauté, ils ne représentent rien. L’immense majorité des musulmans ne veulent vivre que dans la paix ».

L’islamophobie et les informations négatives envers les musulmans représentent un danger pour les jeunes, disaient encore les manifestants. «  À Molenbeek, par exemple, on retrouve près de 17.000 jeunes dont quelques-uns sont devenus djihadistes. Nous devons veiller à ne pas les stigmatiser comme de potentiels terroristes. Ils représentent l’avenir de notre société et nous devons leur donner toutes les chances d’en faire partie. »

 

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