Ce qu’il reste de la banque privée de HSBC, après la fuite bancaire de Falciani

Depuis la fuite bancaire de Falciani en 2009, HSBC Suisse, la branche banque privée du géant financier, a fait l’objet d’une refonte brutale impliquant une réduction d’échelle, la suppression d’effectifs et le nettoyage de son fichier clientèle, dont ont été radiés les comptes douteux ou à risque.

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En 2013, à en croire son rapport annuel, le groupe comptait 1.482 employés – plus d’un millier de moins déjà qu’en 2012 (2.556 collaborateurs à l’époque). Ses actifs sous gestion ont également fondu : la banque ne gérait plus que 75 milliards de francs suisses en 2013, contre encore 88 milliards en 2012.

La branche suisse a cédé des pans entiers de son activité à d’autres entités. En 2012, une toute nouvelle HSBC Asia a ainsi reçu 84 milliards d’actifs de la part de la banque privée HSBC. En juin dernier, HSBC a vendu un septième de ses clients et actifs, soit 12,5 milliards de dollars ou 11,1 milliards de francs suisses, à LGT of Liechtenstein pour un montant inconnu.

La nouvelle stratégie de la banque consiste à abandonner les marchés et clients considérés comme trop risqués sur le plan fiscal, juridique ou de compliance. Le groupe souhaite se recentrer sur une poignée de marchés qu’il connaît bien, où la fiscalité ne soulève pas de problèmes particuliers (Moyen-Orient) ou bien où les clients sont en règle fiscalement (Europe du nord). Son rapport annuel 2013 formule la nouvelle stratégie de la manière suivante : « L’année 2013 fut marquée par des progrès significatifs dans l’implémentation de notre stratégie visant à réduire les risques inhérents à nos opérations et à améliorer l’efficience de la banque. Nous avons procédé de manière ciblée et déterminée, tout en gérant les vents de face qui nous freinent toujours, de même d’ailleurs que l’ensemble du secteur. Sur le plan de la régulation en particulier, les gouvernements ont continué d’affiner les mesures (…) ».

Cela dit, on aurait tort de considérer désormais HSBC Suisse comme une coquille vide. Le groupe vient en effet de déménager son QG dans un lieu plus discret au bord du lac de Genève et est toujours l’une des banques étrangères les plus importantes opérant en Suisse. Elle est la première banque étrangère en termes de bénéfice net, numéro quatre selon les actifs sous gestion et numéro cinq en termes d’effectifs.

Pour autant, la cure d’amaigrissement se poursuit, et s’est même radicalisée ces derniers mois. En juin 2013, son antenne méditerranéenne/diamants/israélienne a été démantelée, les banquiers qui y travaillaient ont été remerciés, et les clients accompagnés jusqu’à la porte par un courrier lapidaire : « Madame, Monsieur, HSBC Banque privée (Suisse) a réorienté sa stratégie et décidé de recentrer ses activités. C’est la raison pour laquelle nous sommes au regret de vous informer que la banque souhaite clôturer le compte mentionné ci-dessus dans un délai de trente jours. » Les clients qui ont tenté de protester et ont voulu rencontrer un interlocuteur se sont entendus répondre aussi sec : « Nous n’avons rien de plus à vous dire, la conversation se termine ici. »

Des sources sectorielles affirment que tous les banquiers responsables des relations clients avec les revendeurs belges de diamants – HSBC en comptait des centaines, comme en attestent les documents – ont été remerciés à la même époque, de crainte qu’ils fassent l’objet de poursuites pénales sur le sol belge.

Une source provenant de l’une des quatre plus grandes sociétés d’audit de Genève a affirmé que le « grand nettoyage » de HSBC s’était accéléré l’an dernier (en 2014).

Un client espagnol identifié dans les documents, qui souhaitait transférer ses fonds vers d’autres comptes dans d’autres banques, a vu sa demande rejetée par la banque. La banque a rétorqué à son avocat : « Nous n’avons pas le droit de refuser le transfert, c’est vrai, mais vous devrez au préalable intenter une action en justice, et quand un jugement prononcé en Suisse nous en intimera l’ordre, nous libérerons les fonds ». Ceci permet à la banque de se défendre d’éventuelles accusations selon lesquelles elle aiderait ses clients à dissimuler leurs fonds sous d’autres cieux.

La banque renvoie également les clients des trusts qui avaient été formés par sa fiduciaire HSBC trust company, implantée à Genève. Les clients ont eu trois mois pour démanteler leur trust et sortir les fonds (qui étaient censés appartenir aux trusts, pas aux clients, mais la banque ne s’embarrasse manifestement plus de ce détail juridique). Ils doivent signer des formulaires déclarant que la banque n’a rien à se reprocher et qu’ils ne la solliciteront plus jamais une fois partis.

Des clients français possédant un trust furent les premiers à être invités à partir, en 2011 déjà. Aujourd’hui, des clients italiens, allemands et espagnols sont également poussés vers la sortie – ce qui les place dans une situation pour le moins délicate dans la mesure où aucune banque ne les acceptera tant que leur situation fiscale ne sera pas régularisée.

Un avocat de Genève spécialisé dans les trusts a déclaré que des douzaines de clients avaient été supprimés récemment. La banque a dû lui expliquer que « cette activité [les trusts] ne nous intéresse plus ; c’est trop dangereux. »

Toutefois, la banque a souhaité conserver certains de ses clients. Les antennes du Moyen-Orient et de l’Afrique sont toujours en place, selon certaines sources. La banque basée à Genève sert également toujours un nombre important de clients non domiciliés au Royaume-Uni, essentiellement des oligarques russes.

 

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