Bruxelles: 1.571 ménages testent le sac organique

Il est un peu plus de 14 heures, ce mercredi, lorsque s’ébroue l’équipe chargée de collecter les sacs bruns et leur contenu organique à travers les rues d’Etterbeek. « Et c’est bien plus agréable que la tournée des sacs blancs car ceux-ci sont plus légers et ne dégagent pas d’odeurs », se réjouit ce chargeur installé à bord de l’un des deux camions spécifiques que possède l’Agence Bruxelles-Propreté (ABP). Spécifique ? « Ils ont été adaptés à ce type de tournées, avec une citerne de récupération du jus issu de la fermentation dans les sacs et un verrouillage de la benne pour empêcher celui-ci de se déverser sur la route en cas de roulis », développe-t-on à l’ABP.

Lancé il y a quinze mois, à Etterbeek et à Evere, le projet pilote de ramassage des biodéchets réunit 1.571 ménages, mais aussi quatre restos, deux écoles, une crèche et un centre PMS, soit près de 8.000 participants, relève le cabinet de la secrétaire d’Etat en charge de la Propreté, Fadila Laanan (PS) qui a récemment annoncé que trois autres communes, Woluwe-Saint-Pierre, Auderghem et Forest, entreront dans la danse dès la fin du mois de mars.

Et ce, avant l’ouverture du dispositif à l’ensemble de la Région, dès 2016. Toujours sur base volontaire, tout le monde n’ayant pas l’espace nécessaire pour caser un nouveau sac. « Même si l’expérience en cours montre que c’est possible puisque nous avons aujourd’hui toutes configurations : de la maison unifamiliale au petit appartement sans balcon. »

L’objectif suivi est clair : améliorer sensiblement les statistiques du tri, au détriment de l’incinération. Avec une statistique de poids pour bien comprendre le potentiel de cette initiative. « On considère que les déchets organiques composent la moitié du sac blanc, l’enjeu est donc pour nous des plus importants. » On parle ainsi de volume annuel, pour le sac blanc, de 330.000 tonnes aujourd’hui récoltées. Il serait toutefois irréaliste d’imaginer récolter l’ensemble de ce gisement, poursuit-on au cabinet de Laanan. « En Flandre et en Wallonie, par exemple, où la collecte se fait depuis plusieurs années, on estime que la récolte tourne autour des 30 % et, dans un environnement aussi urbanisé que le nôtre, si nous arrivons à 20 %, soit un peu plus de 60.000 tonnes, ce serait déjà exceptionnel. » Si on extrapole les résultats du projet pilote mené dans les deux communes bruxelloises, qui affiche aujourd’hui 208 tonnes au compteur, on tournerait plutôt entre 30.000 et 40.000 tonnes, précise encore le cabinet qui espère déjà doubler le tonnage récolté d’ici la fin de l’année avec l’apport des trois nouvelles communes.

On le sait, ce projet pilote est né sous la législature précédente, la Région bruxelloise peinant sérieusement à trancher cette épineuse question : doit-elle se doter d’une centrale de biométhanisation, un projet pourtant entériné dès… 2007 ? Et en suspension depuis lors, le test actuel devant notamment servir de mesure étalon pour connaître la nature et la quantité de matières collectables. En attendant, et pour rappel, les déchets organiques sont aujourd’hui envoyés dans un centre de biométhanisation situé à Ypres (Flandre-Occidentale).

En attendant la construction d’une infrastructure du même type dans la capitale ? S’il n’est pas encore officiellement enterré, le projet a clairement du plomb dans l’aile. « La porte n’est pas refermée », pointe-t-on prudemment chez Fadila Laanan, avant d’asséner une série d’arguments incitant à penser le contraire. Le coût par exemple. Aujourd’hui, le traitement des déchets issus du sac blanc est de 90 euros la tonne, soit le même tarif que pour les biodéchets envoyés à Ypres. « Certains polémiquent en disant qu’il est scandaleux d’envoyer ces déchets à 100 kilomètres d’ici, mais cela fonctionne comme cela partout en Europe où vous ne trouverez nulle part un centre de biométhanisation tous les 50 kilomètres. »

Pointés aussi, outre le coût de l’édifice estimé à plus de 30 millions, les désagréments olfactifs pour les riverains. « A Montpellier par exemple, ils ont dû faire face à un tombereau de plaintes avant d’être contraints d’investir 10 millions supplémentaires pour résoudre ces nuisances. »