SwissLeaks: au moins 916 diamantaires anversois parmi les clients HSBC

Selon les listes sur lesquelles Le Soir, De Tijd et MO* ont pu travailler, pas moins de 916 clients belges de HSBC Private Bank (sur les 2.130 Belges qui dévoilent leur profession) se déclarent spontanément liés au commerce du diamant : courtiers, directeurs de sociétés, tailleurs, etc. A cela s’ajoute le chiffre gris des épouses et employés qui se retrouvent dans les montages diamantaires. Pour la porte-parole de l’Antwerp World Diamond Centre (Awdc, l’association faîtière des diamantaires anversois), « il est connu depuis longtemps que beaucoup de diamantaires avaient un compte auprès de HSBC ». Et d’invoquer le fait que « le commerce du diamant est un commerce mondial. Les diamantaires choisissent donc de confier leurs affaires à des sociétés de services financiers qui ont des bureaux dans le monde entier ».

C’est oublier que HSBC PB n’avait pas licence pour agir comme intermédiaire financier sur le sol belge et est désormais sous enquête pénale pour cela, tant en Belgique qu’en France. Ce chiffre ahurissant (un client belge sur trois est diamantaire !) démontre que HSBC a littéralement siphonné le secteur, puisque la totalité du diamant anversois ne représente guère que 2.000 entreprises, employant souvent une à deux personnes.

Pour se convaincre de cette percée étonnante, il suffit de jeter un œil à notre infographie : elle montre comment HSBC a infiltré le gratin du diamant anversois – les membres des conseils d’administration de l’Awdc et des quatre bourses diamantaires anversoises où siègent une kyrielle de « business partners » (BUP) de la banque genevoise. Tous les administrateurs que nous épinglons par un « BUP » étaient ayants droit ou mandataires sur un ou plusieurs comptes HSBC ouvert à leur nom, au nom d’un parent ou d’une offshore exotique. 5 membres du conseil d’administration de l’Awdc (sur 11) apparaissent derrière les comptes genevois de HSBC (dont un déjà épinglé lors de l’OffshoreLeaks), et il en va de même pour 5 (sur 16) de l’Antwerpsche Diamantkring, 7 (sur 12) de la Beurs voor Diamanthandel, 6 (sur 14) du Diamantclub et 2 (sur 6) du Vrije Diamanthandel.

Selon l’Awdc, « le fait d’avoir un compte HSBC n’est pas en soi une preuve de pratiques abusives de la part du titulaire du compte. Il ne peut non plus être tiré pour unique conclusion l’éventuelle implication du client dans certaines pratiques utilisées par la HSBC ».

Brazzaville Diamonds

Exact, mais dilatoire. Prenons l’exemple des deux frères G., diamantaires honorablement connus, mais dont la société belge N.D. paie étrangement très peu d’impôts. Ils ont logé auprès de HSBC un compte doté de 60 millions de dollars au nom d’une société coquille établie à Monrovia (Liberia) : Brazzaville Diamonds SA. Le courrier pour cette coquille est renvoyé à Anvers, sous un prête-nom, à l’adresse des deux frères. Détail important : le Liberia ne produit pas de diamants, il est au mieux, à l’époque où ce compte existe, la plaque tournante des diamants exfiltrés de Sierra Leone.

Quant aux services financiers que HSBC fournirait aux diamantaires et que d’autres banques ne fourniraient pas, certains diamantaires en ont une vision très particulière. Ainsi, un certain B.V. qui, pour connaître le montant de ses dépôts bancaires, convient d’appeler en demandant « le prix du caviar » ! Un client « angoissé », constate elle-même la banque, notant que cet Anversois souhaite se présenter au téléphone sous le sobriquet de « Zidane » ou « Cruyf ». Rien à cacher, vraiment ?