«Tapé!», «Hystérique»: les mots volent entre PS et MR

Le débat sur les mesures de lutte contre le radicalisme fait rage. Les arguments s’effacent devant les slogans puis les insultes entre Laurette Onkelinx et Alain Destexhe, notamment.

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

Alain Destexhe ? « Un tapé ! » Laurette Onkelinx ? « Son cas relève de l’hystérie ! » Entre MR et PS, le débat sur les mesures de lutte contre le radicalisme fait rage. Légitime. Sauf lorsque, comme ce mardi matin, les arguments s’effacent devant les slogans puis les insultes !

Tout commence le matin, sur Bel RTL. Laurette Onkelinx assène ses critiques contre les mesures sécuritaires du gouvernement fédéral. Logique, elle est dans son rôle, même si le gouvernement Di Rupo n’était assurément pas le plus en pointe sur ces matières. Au registre « vivre ensemble », quand on lui demande si le PS n’a pas favorisé le communautarisme, la présidente de la fédération bruxelloise du PS monte dans les tours, soulignant les « relents racistes du MR ». « Nous avons eu un débat, la semaine dernière, au parlement bruxellois, de très bonne tenue. Mais il y a bien eu quelques tapés comme Destexhe qui ont dit n’importe quoi. »

Insulter l’adversaire ne fait qu’abaisser le débat

« Tapé », cela veut bien dire fou, et ce n’est assurément pas un terme connoté positivement. Alors certes, les attitudes et propos d’Alain Destexhe en irritent plus d’un. Pour leur côté provocateur et/ou extrême. Libre au PS de les combattre à coups d’arguments. En revanche, insulter l’adversaire ne fait qu’abaisser le débat et décrédibiliser la classe politique dans son ensemble. C’est d’autant plus regrettable que Laurette Onkelinx avait commencé son interview par un appel à ce que majorité (MR) et opposition (PS) travaillent de concert sur la lutte contre le radicalisme, et que le sujet mérite définitivement mieux que des bordées d’injures.

Car cela n’a pas manqué, le camp d’en face a répliqué. A commencer par l’intéressé. Alain Destexhe n’a pas hésité à brandir son diplôme : « En tant que médecin, je peux juste assurer que son cas relève de l'hystérie », a-t-il tweeté.

Vincent De Wolf a appuyé : « Le PS bruxellois peine à exister sans utiliser l'insulte».

Le grand perdant : le débat de fond

Grand perdant : le débat de fond sur le vivre-ensemble, le radicalisme. Autour duquel il serait grand temps que les deux principaux partis francophones puissent dialoguer, sereinement, sans tabou. Ce n’est pas gagné. Sur ce énième dérapage, les torts sont certes partagés. Mais si Alain Destexhe nous a hélas habitués à pareilles sorties, on ne peut qu’espérer que Laurette Onkelinx s’en abstienne, à l’avenir. Ses débuts comme cheffe de file de l’opposition PS à la Chambre furent tonitruants. Le 14 octobre, Laurette Onkelinx avait organisé le chahut en plénière, empêchant le Premier ministre de présenter son accord gouvernemental. L’atittude de celle qui était encore, trois jours avant, vice-Première, a suscité énormément de réactions. Mot clé : « hystérie » dans les rangs de la majorité. Mais, dans l’« autre » opposition, on se démarquait aussi. « Les socialistes crient très fort, chacun son style », nous confiait Jean-Marc Nollet. « Je ne trouve pas acceptable d’être dans l’exploitation et l’excès », enchaînait Benoît Lutgen. Dans les rangs socialistes, on avait fait son auto-critique, conscients que le discours de Laurette Onkelinx était un ton trop haut. « On n’est pas sourds », avait lancé Paul Magnette. Depuis le début de l’année, la socialiste s’était faite plus discrète. Amorce d’un changement de registre ? Jusqu’à ce matin. Chassez le naturel, il revient au galop ? Laurette Onkelinx, le PS et, surtout, la politique n’ont rien à gagner là-dedans.

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