Luce Wilquin publie son 500e livre

Luce Wilquin a le sourire. Elle vient de publier le 500e livre des éditions qui portent son nom. Et pas n’importe quel livre. Le premier roman d’une auteure, Marie Celentin, qui a l’audace de pondre plus de 800 pages, le plus gros bouquin que l’éditrice a jamais édité. C’est la joie de sortir ce livre. C’est aussi la joie d’en avoir sorti 499 autres depuis 1992. Rien que des fictions, la plupart écrites par des Belges, mais aussi des Français, des Suisses, des Malgaches, etc. D’ailleurs le nº 499 est québécois, le 500 belge, le 501 parisien…

Pas de regret donc d’avoir embrassé cette carrière-là. Dans laquelle elle s’est plongée la tête la première depuis très longtemps, elle qui a fait des études de traducteur-interprète et qui a vraiment débuté chez un éditeur d’art suisse. « Aucun regret, en effet. Je referais la même chose parce que c’est ce qui me passionne : le contact avec les textes et avec les êtres humains, des gens biens, qui les écrivent, qui les impriment, les illustrent et les lisent. C’est un métier merveilleux d’être éditeur même si, c’est vrai, il est de plus en plus difficile, parce qu’il est de plus en plus aux mains de financiers, dont le souci culturel n’est pas le premier. Mais il y a un rayon de soleil dans la grisaille de ce secteur : la vente de livres augmente. Mais ce n’est plus la littérature qui occupe les plus belles tables des libraires. »

Chez Luce Wilquin, l’esprit est celui de la famille. Les auteurs se connaissent, s’appuient, s’aident. « C’est cet esprit-là que je veux poursuivre. C’est un métier, faut pas compter ses heures, mais quel bonheur. Un accident cardiaque m’a fait quand même réfléchir. A 66 ans, il est temps que je trouve à qui transmettre le virus. Parce qu’il faut que tout cela perdure. Pour les auteurs d’abord. »

Luce Wilquin publie quelque vingt titres par an depuis son numéro 1 : Histoires à frémir debout, de Bernard Pichon. Beaucoup des mêmes auteurs : 340 des 500 titres sont dus à 90 auteurs. Elle a publié seize fois Françoise Houdart, et dix fois Isabelle Barry, par exemple. Ses plus beaux souvenirs ? « J’aurais bien de la peine à les choisir. Les prix, comme le Rossel de Geneviève Damas, le prix Soroptimist d’Isabelle Barry, le prix Plisnier de Françoise Houdart, les sélections pour le Prix des lycéens. Et les rencontres évidemment. Comme la dernière, avec Marie Celentin. »

« Je devais d’abord lire, d’abord vivre »

Marie Celentin, précisément, prof de latin-grec à Liège. L’auteur de ce fameux 500e de plus de 800 pages. « Je n’ai jamais choisi d’écrire une brique, se défend-elle. Mais c’est une histoire à raconter avec plein de méandres, c’est un monde à inventer, il me fallait du temps. »

Son histoire se passe à Alexandrie, en 270 avant Jésus-Christ. Un décor peu courant. « Je ne suis pas du tout une aventurière, dit-elle. Mais l’histoire de ces Grecs, de ces Macédoniens qui se sont retrouvés en Egypte pour redémarrer une nouvelle vie m’a fascinée. Mon moteur, c’était ce fantasme-là, qu’était l’état d’esprit de ces aventuriers qui ont fait Alexandrie. »

Voilà dix ans qu’elle veut écrire, elle qui en a 37. Elle avoue qu’elle n’a pas pu le faire avant : « Je devais d’abord lire, vivre pour avoir le cœur d’écrire. J’ai dû surmonter mes blocages avant de m’y mettre. » Et de poursuivre ? « Ah oui ! Je déborde d’idées. » Tant mieux pour la suite.

En tout cas, Luce Wilquin, elle, a été séduite. Jusqu’à le publier, « Je demande souvent de jeter des pages superflues. Ce ne fut pas nécessaire ici.  »

 

Zoom sur

Le numéro 500

Dans le bleu de ses silences marquera l’histoire de l’éditeur belge. C’est le plus gros livre que Luce Wilquin ait jamais publié. Et, pour elle, c’est un coup de cœur : le numéro 500, on ne le choisit pas par hasard. Cela se passe dans l’Antiquité mais c’est très actuel. On ne dit pas « ave Caesar », on dit « salut mec », je caricature évidemment. On y parle de choses actuelles. On est dans cette ville d’Alexandrie. C’est du roman, du policier, du populaire. Avec, bien sûr, une histoire d’amour.

 

Le plus vendu

Si tu passes la rivière, de Geneviève Damas, est le plus vendu des livres édités par Luce Wilquin. Dix mille exemplaires. D’abord parce que le livre est formidable, c’est certain. Ensuite parce qu’il a été lauréat du Prix Rossel 2011. Et du Prix des Cinq Continents. Les droits ont été achetés par le Livre de poche. Et aussi pour le publier au Québec, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie.