Grèce, Commission, BCE et FMI s’asseyent à la table de négociation

Le Premier ministre grec et le patron de l’Eurogroupe ont débloqué l’échec de la veille. Objectif : aboutir avec une base d’accord lundi prochain.

Chef du service Monde Temps de lecture: 4 min

Après l’orage, vient forcément l’accalmie. Voire même l’éclaircie. Sur le ciel passablement chargé de la négociation entre la Grèce et ses partenaires européens de la zone euro, c’est bien une éclaircie qui s’est dégagée jeudi en fin de journée en marge du Conseil européen (les 28 chefs d’État et de gouvernement) réuni à Bruxelles, et qui a été consacré principalement à l’Ukraine.

Éclaircie, car dans la nuit de mercredi à jeudi, c’était sur un cuisant constat d’échec que s’étaient séparés les ministres des Finances de l’Eurozone, réunis pour la première fois en session extraordinaire afin d’entamer la vraie négociation avec les nouveaux dirigeants grecs au sujet de leur dette et de leurs plans de réformes, censés diverger sensiblement du tout à l’austérité du gouvernement conservateur précédent. Les grands argentiers des 19 pays partageant l’euro n’avaient même pas réussi à convenir d’une « base commune » avec les Grecs, qui aurait permis de démarrer la vraie négociation.

Jeudi, c’est lors d’une réunion entre le Premier ministre grec Alexis Tsipras et Jeroen Dijsselbloem, le ministre néerlandais des Finances et président de l’Eurogroupe, que les choses se sont débloquées. Après une série d’autres rencontres bilatérales impliquant aussi le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le duo Dijsselbloem-Tsipras a convenu, selon les termes pesés au trébuchet d’un accord verbal non publié (!), ceci : « Des experts du gouvernement grec et des institutions concernées (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI, NDLR) entameront ce vendredi une analyse technique destinée à établir la base commune entre le programme actuel d’assistance à la Grèce, et le programme à venir du nouveau gouvernement. »

Cet accord a pour mérite essentiel de permettre aux parties de se mettre à table. Question de préparer les bases ou même le squelette d’un accord, sur lequel le prochain Eurogroupe prévu lundi prochain puisse discuter. Et de préférence conclure. Car il était inimaginable que les ministres des Finances se réunissent pour négocier à partir de zéro, alors que la date du 16 février est présentée, du moins par les partenaires de la Grèce, comme la dernière échéance d’un accord qui permettra d’éviter que la Grèce se retrouve, fin du mois, hors de tout programme, et donc laissée financièrement à elle-même.

L’accord contourne habilement les deux grands éléments de désaccord entre les nouveaux dirigeants grecs issus du parti de gauche radicale Syriza, et les partenaires européens. Les premiers ont fait du rejet de la troïka (un groupe de fonctionnaires représentant les trois institutions précitées, et qui assurent la supervision du programme de sauvetage grec) et du programme lui-même, une question de principe : Tsipras et les siens veulent obtenir un programme transitoire, ou encore un « crédit-pont », pour leur permettre de tenir jusqu’à l’élaboration de leur nouveau plan de sortie de la crise.

Les autres Européens, par contre, considèrent que la Grèce doit absolument demander d’urgence la prolongation de son programme d’aide, qui s’achève le 28 février, avant d’en envisager la renégociation.

L’accord non publié entre Tsipras et Dijsselbloem finasse sur ces deux questions : le gouvernement grec ne négociera pas, à partir de ce vendredi, avec la « troïka », mais seulement avec des représentants des trois institutions, que les Grecs n’ont jamais révoquées individuellement. (Encore heureux : ce sont elles qui financent la Grèce.) Quant à la question du prolongement du programme actuel ou son remplacement par un nouveau, écrit par les Grecs eux-mêmes, elle constitue en soi le sujet des négociations.

C’est donc un progrès, et la sortie de l’impasse créée par la rocambolesque conclusion de l’Eurogroupe de la veille. Après quelques heures de palabres, les partenaires européens et les deux ministres grecs – Varoufakis, aux Finances et Dragasakis, le vice-premier chargé de la politique économique – s’étaient entendus sur un texte qui évoquait la perspective d’une prolongation du programme grec. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand, considérant que la réunion était conclue positivement, est alors parti prendre son avion pour Berlin, d’autres prenant à leur tour le chemin du retour. Mais quelques instants plus tard, les Grecs sont revenus en salle avec une mauvaise nouvelle après avoir appelé Athènes : le projet de texte était refusé. Mais en l’absence de l’homme fort de l’Eurogroupe, plus de réunion possible…

Jeudi pourtant, alors que des sources gouvernementales grecques déployaient toujours beaucoup d’efforts pour convaincre les journalistes que la troïka et la prolongation du programme sont hors de question, c’est bien à une négociation avec une troïka non nommée qu’Alexis Tsipras a donné son accord à Bruxelles, sur la façon de concevoir une poursuite du programme d’assistance à la Grèce…

Cet accord « technique » a du coup aussi relâché la pression sur les 28 chefs de gouvernement et leur bref échange de vues sur la situation grecque. Mais où il a simplement été confirmé que la matière relevait de l’Eurogroupe.

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