Marche des migrants sur Anvers

C’est la troisième marche du genre en moins de deux ans. L’organisation et la communication se professionnalisent.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

Environ 250 sans-papiers s’apprêtent à parcourir, ce week-end, des centaines de kilomètres à pied pour faire entendre leur voix. Ça vous dit quelque chose ? À raison . En 2013 et en 2014, deux marches semblables ont été organisées : une sur Mons, une sur Gand. La première avait été organisée quelques jours avant Noël sur un coup de tête, en trois jours, pour frapper fort. La seconde, en janvier, avait été plus concertée. Il s’agissait, à l’époque, du collectif des Afghans. Grâce à la pression politique, nombre d’entre eux ont pu obtenir une réévaluation de leur dossier.

Force est de constater, à l’occasion de cette nouvelle initiative, qu’il y a une montée en puissance de la communication, de l’organisation et de la force de frappe symbolique du message. Commençons par ce dernier point : le Front d’actions des migrants revendique le droit à la dignité de ses membres. Dans cette optique, la marche passera par trois lieux hautement symboliques : la caserne Dossin, le fort de Breendonck et le cimetière « Schoonselhof ». Riet Dhont, principale organisatrice, justifie : « Les gens qui sont partis de la caserne Dossin vers Auschwitz étaient des réfugiés. Breendonck était un camp spécifique pour les prisonniers politiques et les partisans… Dans le cimetière sont enterrés deux réfugiés retrouvés morts entre des sacs de cacao, sur un bateau en provenance d’Afrique. »

La marche charrie ainsi une mémoire collective forte, alors que l’actualité n’a de cesse de mettre les deux guerres mondiales au cœur de l’information : en 2014, les commémorations de la première guerre et, récemment, le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Concernant l’organisation, la marche vers Mons était, on l’a dit, chaotique tant elle avait été décidée à la dernière minute, en réaction aux événements politiques. La seconde mouture vers Gand était nettement plus organisée, mais ce n’est rien en comparaison de celle-ci. Un point presse est même prévu au fort de Breendonck, comme l’annonce un dossier de presse étoffé et bilingue. Ce qui amène la question de la communication : en 2013 et en 2014, l’information passait essentiellement par les réseaux sociaux. Quand le combat des Afghans a pris de l’ampleur, des organismes extérieurs (associations et syndicats) ont pas mal communiqué vers l’extérieur.

Ici, depuis quelques mois, la marche et les différentes actions menées par le Front des migrants (manifestations régulières devant les cabinets politiques, grève de la faim à l’Occupation de Molenbeek) sont activement relayées par le Mrax, mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Il faut dire que l’association s’est dotée, en juillet dernier, d’une cellule « Asile et migration ». Le Mrax était, avant cette date, plus discret sur le plan de l’immigration. D’aucuns évoquent des « bisbrouilles internes » pour expliquer la distance qui s’était installée avec ce dossier, pourtant essentiel, à l’origine, pour l’association. Avec le récent changement de direction, le Mrax semble remettre le sujet au premier plan.

Carlos Crespo, président du Mrax depuis juin 2014, explique que la philosophie de l’association a toujours été de promouvoir les actions des minorités, à condition qu’elles viennent du terrain, « sans que ce soit décrété par une structure faîtière ». Or le Front s’est créé, regroupant les membres non régularisés du Collectif des Afghans (50 personnes), la Voix des sans-papiers qui représente les 250 personnes du squat de Molenbeek, le groupe Ebola, le groupe 2009 (une cinquantaine de personnes n’ayant pas pu être régularisées en 2009) et le Kids Parlement.

Autre motif évoqué par Carlos Crespo : le durcissement constant de la politique belge en matière d’immigration. À cet égard, l’analyse de la Ligue des droits de l’homme relayée par La Libre ce vendredi, est éclairante. L’avocat Alexis Deswaef y explique comment les partis traditionnels ont mis en place une série de mesures prônées par le Vlaams Blok en 1992…

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
Sur le même sujet La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une