La stagnation séculaire et le piège de la crédibilité

Vous voudriez qu’on soit optimiste quand la Banque nationale (BNB) parle de « stagnation séculaire » et avoue en discerner les symptômes en zone euro ? C’est simplement paniquant, oui !

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 4 min

Vous voudriez qu’on soit optimiste quand la Banque nationale (BNB) parle de « stagnation séculaire » et avoue en discerner les symptômes en zone euro ? C’est simplement paniquant, oui !

II y a quelques semaines, Peter Praet, l’économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE), évoquait, dans un entretien accordé à la Börsen-Zeitung, un « équilibre de sous-emploi » à la Keynes . Faut-il rappeler que le grand économiste anglais a écrit sa Théorie générale en plein milieu de la Grande dépression ? Pas vraiment rassurant.

Qu’on parle de stagnation séculaire ou d’équilibre de sous-emploi, c’est kif-kif : une situation vers laquelle l’économie revient spontanément, et dès lors dont elle ne sortira pas d’elle-même.

Alors oui, un baril beaucoup moins cher et un euro un peu plus faible apporteront peut-être quelques dixièmes de point de croissance en plus à l’Europe cette année. Et l’illusion, à chaque fois déçue et pourtant toujours entretenue, que le Vieux continent tourne progressivement le dos à la crise. Mais pour combien de temps encore ?

Le rapport de la BNB a un mérite : il nomme le mal. Mais le diagnostic laisse dans l’ombre la question qui pourrait fâcher : côté politiques économiques, est-ce qu’on s’est planté ?

Disons… (1) en menant une politique budgétaire à contretemps, avec le tournant de l’austérité qui casse la reprise économique en Europe dès 2010-2011 ; (2) et une politique monétaire toujours en retard d’une guerre (si pas à la poursuite du mauvais ennemi quand la BCE relève ses taux en 2011) ; et (3) en imposant aux pays « en difficulté » de la périphérie de la zone euro une déflation qui devait (non sans douleur) restaurer leur compétitivité, mais qui désormais mine la zone euro elle-même.

Et surtout, le raisonnement n’est pas poussé à son terme. La BNB pointe très justement le nœud du problème : l’endettement des agents économiques privés, ménages et/ou entreprises, trop élevé, plus élevé qu’en 2007 dans la plupart des pays de la zone.

À partir de là, elle identifie la dynamique à l’œuvre dans un certain nombre de pays : le désendettement, qui constitue la bonne réponse au niveau microéconomique de l’entreprise ou du ménage soucieux de mettre de l’ordre dans son bilan, plonge, s’il est généralisé, ces économies dans la dépression – et l’ensemble de la zone dans la stagnation.

Car même les entreprises qui ont du cash et moins de dettes, surtout au nord, n’ont aucune envie d’investir quand les perspectives de demande et de rendement ne sont pas bonnes.

Logiquement, il convient donc de « stimuler la demande ». Mais le raisonnement bute alors sur le pacte budgétaire – une question de crédibilité, nous dit-on.

Du coup, aucun État n’a de marge pour une politique de relance (hors l’Allemagne, qui n’en veut guère). Et l’on revient aux bouts de ficelles. La « flexibilité » du pacte, qui laisserait quelque latitude, notamment celle d’étaler un peu, mais pas trop la consolidation budgétaire.

Ou la distinction entre dépenses publiques « productives » et « improductives », entre celles qui seraient favorables à la croissance et les autres qui ne le seraient pas – alors que dans un équilibre de sous-emploi, toute dépense publique est bonne, à court terme, pour la croissance (même s’il y a mieux à faire que de bâtir des ponts dans les champs).

Car, en bonne logique macroéconomique, si les agents privés épargnent pour se désendetter et compriment leurs dépenses de consommation et d’investissement, il est illusoire de miser sur une politique monétaire ultra-accommodante et sur des « réformes structurelles »… « Quelqu’un d’autre » doit dépenser pour soutenir l’activité.

Une petite économie peut s’appuyer sur le reste du monde. Pas la zone euro (ce qui explique également pourquoi les « chocs de compétitivité » sont contre-productifs, puisque nous sommes tous largement clients les uns des autres). Seuls les États, en s’endettant et dépensant, pourraient tenter de conjurer la stagnation séculaire.

Mais l’Europe s’est lié les mains avec une prétendue « règle d’or », qui leur interdit de s’endetter pour invertir même quand les taux sont très, très bas, les besoins immenses et l’impact positif sur la croissance et l’emploi indiscutable. Vous avez dit crédibilité ?

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