Gwendolyn Rutten: «La suédoise? Un pacte de génération. De fer»

Gwendolyn Rutten situe le VLD dans la majorité. Et l’affirme : « Il y aura une grande réforme fiscale, qui touchera à l’IPP. »

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 8 min

Quatorze députés à la Chambre, le VLD est, derrière la N-VA, le MR et le CD&V, la quatrième composante, en puissance électorale, de la coalition fédérale emmenée par Charles Michel. Pour autant, les bleus du Nord donnent le ton souvent dans la « famille » libérale, dit-on, plus « idéologiques » que leurs partenaires francophones, plus radicaux aussi. Rare dans les médias, Gwendolyn Rutten situe ici son VLD dans la majorité suédoise. Fermement.

On vous entend peu.

C’est logique. Il y a un gouvernement. A lui de jouer.

Mais les présidents de partis ont un rôle, doivent s’exprimer…

Le moins possible.

De Wever ne se prive pas.

Ce n’est pas ma philosophie. J’ai confiance en Charles Michel, Alexander De Croo, Maggie De Block, Bart Tommelein et les autres ministres du gouvernement. Ils ont un projet pour la Belgique, une vision positive pour le futur. Mon rôle fut important surtout en 2014, pour les négociations gouvernementales. Qui sont aussi une affaire de génération : Charles Michel n’a pas 40 ans, moi non plus, j’ai 39 ans, Wouter Beke a 40 ans, Bart De Wever, 41 ans… Il y avait une ambiance pragmatique, ambitieuse, volontariste. On a donné le cap. Entre nous, il y a plus qu’un accord de gouvernement, c’est un vrai pacte de fer, un pacte de génération.

Du côté francophone, beaucoup voient un gouvernement très flamand, très N-VA, et très à droite. Défendez-vous…

« Très flamand » ? Il y a huit ans, j’habitais à Beauvechain, et mon mari a toujours travaillé à Gembloux. Le plus important, ce n’est pas la langue mais ce que l’on veut faire ensemble pour tous les Belges.

Un parti francophone, trois flamands, c’est déséquilibré…

Politique politicienne ! Et puis, notre système fédéral n’exige pas d’avoir la majorité dans les groupes linguistiques.

Ceci signifie que vous pourriez accepter à l’avenir un gouvernement comportant trois partis francophones et un flamand ?

Oui. Sous le gouvernement Di Rupo, nous n’avions pas la majorité dans le groupe flamand.

D’un siège.

Et alors ? C’est le principe qui compte. Pour moi, c’est la réalité du fédéralisme.

Deuxième prévention : un gouvernement très N-VA.

Politique politicienne ! C’est surtout un gouvernement très libéral : le Premier, neuf ministres… La N-VA au pouvoir, c’est nouveau, ça change un peu les règles du jeu, mais moi, je suis ouverte à la collaboration avec tous les partis démocratiques.

La N-VA est un parti démocratique mais aussi séparatiste…

C’est leur problème à eux, pas le mien. Ils veulent une Flandre indépendante, bien, mais l’accord de gouvernement ne prévoit pas du tout cela, il vise la croissance, la création d’emplois. Ils ont leurs rêves, nous avons les nôtres, le gouvernement exécute son programme. Bon, comme leader du parti libéral flamand, je ne sais pas si je serais capable de mettre de côté, comme le fait la N-VA, mon « core-business » pendant cinq ans… Eux l’ont fait, je respecte leur choix.

Vous avez confiance en eux ?

Ils ont donné leur parole. Vous savez, nous avons gouverné avec les socialistes pendant des années, ils n’ont jamais réalisé leur utopie socialiste, communiste…

« Communiste » ?

Je veux dire que ce serait plus facile de travailler avec un parti socialiste moderne, on voit ça un peu partout en Europe, mais chez nous… Cela dit, nous avons bien travaillé ensemble, on a eu un bon bilan, cela apparaîtra avec les années, mais selon nous, il fallait aller plus loin, et avec eux ce n’était pas possible.

On y vient, troisième objection :

un gouvernement très à droite.

Je n’aime pas ces classifications. Voyez ce que nous avons fait avec le gouvernement Di Rupo : blocage des salaires, réforme des pensions, limitation des allocations d’insertion… On a commencé des réformes nécessaires à ce moment-là, il fallait aller plus loin. Le PS voulait revenir sur certaines choses, comme la limitation des allocations d’insertion. Ils se sont refermés, ils sont redevenus plus conservateurs, comme s’ils avaient peur tout à coup… Mais le monde avance, si on reste dans le passé, on perd. Moi, mon libéralisme, c’est le portefeuille à droite, avec le bon sens économique, le cœur à gauche, avec la solidarité, et regarder droit devant soi. Prenez Maggie De Block : aux Affaires sociales, elle utilise à 100 % l’enveloppe bien-être pour les allocations les plus basses.

« Droit devant soi » : on parle d’un « tax shift » justement… L’opération visant à transférer une part de la charge fiscale du travail vers la consommation, la pollution ou le capital. Verra-t-elle le jour ?

Le but, c’est que le salaire net augmente et que le brut soit compressé. C’est « win-win » pour les gens qui travaillent et pour les employeurs. Voilà la ligne. On a été dans ce sens déjà, avec la hausse des frais forfaitaires depuis janvier. Une avancée. Maintenant, on devra faire un tax shift. Les partenaires sont d’accord. Des choses ont déjà été faites : accises sur le tabac, diesel, taxe caïman…

La « taxe caïman » ?

Qui ne fonctionne pas.

Mais c’est normal, il n’y a rien encore ! Il faut la faire maintenant. Comme libérale, je ne supporte pas de voir certains profiter de notre système social et faire des constructions fiscales pour ne pas payer leurs impôts en Belgique. C’est la philosophie de la taxe Caïman, qui arrive. Je pense aussi à la taxe sur les banques : on a décidé, mais rien n’est fait encore, elle fera partie du tax shift. Qui doit être réaliste, efficace. En France, Hollande avait fait un impôt sur la fortune et il a dû changer après deux ou trois ans, car cela ne marchait pas. Ou bien on cherche des symboles, ou bien on trouve des systèmes pratiques et concrets.

C’est un message au CD&V, qui veut taxer le capital ?

Non. Je veux bien examiner tout ce qui est réalisable et qui a du sens économiquement. Je dis aux partenaires : convainquez-moi ! Mais de grands symboles pour ne rien réaliser, ça, nous n’en voulons pas. Avec Charles Michel, Olivier Chastel, on est sur la même ligne, on est d’une génération pragmatique, réaliste, pour des réformes efficaces, pas des symboles. Wouter Beke aussi. Mais je ne veux pas commettre l’erreur : la discussion ne doit pas avoir lieu dans la presse. Je précise que le tax shift est une étape.

Une « étape ».

Oui. Il y aura une grande réforme fiscale. Avec une réforme de l’impôt des personnes physiques. La Belgique est la championne des impôts ; changeons cela.

On touchera aux tranches de l’IPP ?

Oui. Tout est ouvert. Il nous faut une grande réforme fiscale dans la législature.

En attendant, les organisations syndicales vont remobiliser contre le saut d’index. Vous ne revoyez pas votre jugement ?

Les partenaires de gouvernement ne varient pas. Les gens doivent reconquérir du pouvoir d’achat, je suis d’accord avec les syndicats, et c’est pour cela que nous travaillons à une réforme fiscale qui augmente le net tout en réduisant le brut, le fameux « win-win », et le saut d’index contribue à cela. Je dis aux gens dans la rue : le gouvernement est votre partenaire, il faut nous donner du temps.

Cela veut dire que le gouvernement va tenir, jusqu’au bout ?

Il n’y a pas de doute. J’ai dit qu’il y avait un pacte de fer, et de génération, entre présidents. C’est plus qu’un simple accord de gouvernement. Je suis très enthousiaste. J’ai confiance en Charles Michel.

Dans la majorité, certains confient que son leadership se fait attendre.

Non. Il a un leadership moderne. Un style. Il n’a pas besoin de grands mots.

Le CD&V ne tiendra pas, entend-on également…

C’est le CD&V qui a fait le choix de ce gouvernement. C’est lui qui a déclenché l’opération. Wouter Beke a mis la clé dans le contact. Personne ne les a forcés. Il doit tenir la route maintenant.

« Obama “socialiste”  ? Mais non… Il s’inscrirait au VLD ou au MR »

En Europe, ce sont les politiques libérales qui sont en échec, qui génèrent populisme, extrémisme…

Pas du tout ! C’est le libéralisme qui va nous sauver ! Quand je vois les Etats-Unis, leur croissance économique…

Mais Obama a fait de la régulation : il a organisé un service collectif de santé et maintenant, il tient un discours qui n’épargne pas le capital…

Et je suis d’accord avec lui ! Vous oubliez quand même qu’il y a aussi une flexibilité énorme du marché du travail aux Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, ils disent qu’Obama est socialiste…

Pas du tout. C’est un libéral. Obama, il s’inscrirait au VLD, ou au MR, en Belgique.

Son parti démocrate a failli adhérer à l’Internationale socialiste, ou social-démocrate, pas à l’Internationale libérale.

Notre « libéralisme » belge, ou du Benelux, est atypique je dirais, alors qu’à l’échelle planétaire, les deux grands blocs idéologiques sont les sociaux-démocrates et les conservateurs. Le libéralisme est entre les deux. Quant aux États-Unis et à la Belgique, on ne peut pas comparer des pommes et des poires… Vous connaissez le niveau de taxation aux Etats-Unis ? Nous, on est les champions ! Plus fondamentalement, je dirais qu’il faut aller vers une société qui donne des opportunités à tout le monde, et si on donne des opportunités, c’est aux citoyens de saisir leur chance et de faire quelque chose de leur vie. Des opportunités, oui. Mais ce que l’on ne peut pas faire, c’est de dire qu’il faut l’égalité…

Mais on peut viser l’égalité…

Non ! Nous avons la même valeur les uns et les autres, mais les gens ne sont pas les mêmes, ils ont des qualités, des compétences, des aptitudes, des personnalités différentes.

Et pendant ce temps, les inégalités se creusent.

Mondialement, oui, pas en Belgique. Je dis toujours que si Thomas Piketty venait examiner le système belge, sa sécurité sociale, son impôt progressif, son enseignement, il nous donnerait en exemple.

Parce que des gouvernements sociaux-démocrates ont dominé depuis des années…

Avec les libéraux !

Vous n’avez pas peur que l’on aille très à droite avec ce gouvernement ?

Pas du tout ! Je vous l’ai expliqué : il faut donner de l’oxygène à la croissance économique, une réforme fiscale, regarder devant soi…

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