Lars Vilks: le plasticien suédois transgressif et trompe-la-mort

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Historien de l’art et artiste de la provocation, Lars Vilks est né à Helsingborg, une cité du détroit de l’Oresund, qui sépare la Suède du Danemark. Avant de tomber sous le coup d’une fatwa, ce trublion de 68 ans s’est fait un nom dans les années 1980 avec Nimis et Arx. Vilks avait érigé clandestinement ces deux œuvres monumentales de bois et de pierre dans un coin reculé du parc naturel de Kullaberg.

Quand Nimis et Arx sont découverts par les autorités suédoises, deux ans après leur construction, le gouvernement ordonne leur destruction mais Christo vole à la rescousse de Vilks. Le géant de l’art contemporain, célèbre pour l’emballage du Pont Neuf de Paris, se porte acquéreur de Nimis . Bien décidé à protéger ses créations jusqu’au bout, Vilks fonde alors la micronation de Ladonia, un Etat fantoche qui revendique la partie de la réserve de Kullaberg où se dressent Nimis et Arx . Aujourd’hui, les deux sculptures toujours debout sont des curiosités touristiques.

Mais c’est avec un « chien de carrefour », une forme d’art urbain typiquement suédoise, que Vilks entrera dans l’histoire. Ces chiens de bois, de fer ou de plâtre sont disposés par des créateurs anonymes au centre des carrefours dans un but essentiellement ludique ou poétique. En 2007, dans le cadre d’une exposition consacrée à ces « chiens de carrefour », Vilks choisit d’en représenter un portant la tête du Prophète Mahomet.

Le 18 août, le quotidien suédois Nerikes Allehanda reprend ce dessin pour accompagner un éditorial sur l’autocensure et la liberté de religion. L’islam considère le chien comme un animal impur et la publication de cette image enflamme immédiatement le monde musulman.

Vilks fait front. Il dénonce le règne du politiquement correct et s’oppose à toute forme de limitation à la liberté d’expression. L’Organisation de la Conférence islamique regroupant 57 pays musulmans le condamne pour blasphème. Son secrétaire général réclame au gouvernement suédois des sanctions immédiates. L’Afghanistan exige que l’artiste soit traîné en justice et condamné pour cette caricature offensante.

Le Premier ministre suédois, Frederik Reinfeldt, rappelle que la Constitution de son pays garantit la liberté d’expression mais Abou Omar al-Baghdadi offre au nom de l’Etat islamique, une prime de 100.000 dollars à celui qui «  tuera ce criminel infidèle  ». Le djihadiste irakien promet même 150.000 dollars de récompense, si Vilks finit «  égorgé comme un mouton  ». L’artiste trompe-la-mort répond par l’ironie, assurant qu’on ne peut pas renoncer à la liberté d’expression et qu’il est bon «  de connaître la valeur d’un homme  ».

Depuis, Lars Vilks vit sous la menace permanente. Aux Etats-Unis, une certaine « Jihad Jane » a été arrêtée en 2009, alors qu’elle recrutait des terroristes pour le faire assassiner. Un an plus tard, deux Suédois d’origine kosovare ont mis le feu à sa maison mais le sculpteur n’était pas chez lui. A l’été 2010, il a été victime d’un coup de tête, lors d’un débat à l’université d’Uppsala. En septembre 2011, à la Biennale d’art contemporain de Göteborg, un groupe de personnes soupçonnées de vouloir porter atteinte à sa vie a été interpellé.

Aujourd’hui, toujours menacé de mort par Al-Qaïda, Lars Vilks bénéficie d’une protection policière permanente mais refuse de céder à la terreur. «  Je ne suis pas un raciste fanatique , dit-il. Je n’ai pas de position politique. Je suis un artiste qui cherche les limites. Je pense que c’est très important, si l’on veut parler de la liberté d’expression et de l’islam, de montrer quelque chose de suffisamment provocant et transgressif pour entamer le débat.  » A Copenhague, le débat s’est résumé à un échange de coups de feu. Lars Vilks en est sorti indemne mais à quel prix et pour combien de temps.

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