L’absentéisme de longue durée à un niveau record

Une étude de SD Worx montre que les entreprises ne parviennent pas à maîtriser le phénomène. Les maladies d’ordre psychologique explosent.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 3 min

Le taux d’absentéisme a atteint un nouveau niveau record en 2014. Il a franchi pour la première fois la barre des 5 % (5,12 % contre 4,81 % un an auparavant), selon les chiffres du secrétariat social SD Worx provenant de 17.282 entreprises et organisations.

Cette étude confirme une tendance observée depuis de nombreuses années : la hausse continue du taux d’absentéisme est essentiellement due aux arrêts maladie de longue durée (d’un à 12 mois d’absence). Ceux-ci sont passés de 1,56 % en 2008 à 2,62 % en 2014. Ce chiffre est même plus élevé en réalité puisque SD Worx exclut de son étude les personnes en incapacité depuis plus d’un an « car la majorité d’entre elles ne reviennent jamais dans l’entreprise ». Pour la première fois, le taux d’absentéisme longue durée dépasse même celui de courte durée (maximum un mois) alors qu’on aurait pu croire que la suppression du jour de carence chez les ouvriers (le premier jour d’absence n’était pas payé) allait le gonfler. Il n’en est rien. L’incapacité de travail de courte durée est même en très légère diminution (-0,01 % à 2,5 %).

Comment expliquer cette hausse ? François Lombard, consultant RH chez SD Worx, pointe le vieillissement de la population. « Les personnes âgées sont moins souvent absentes que les jeunes mais quand elles le sont, c’est généralement pour une plus longue durée, note-t-il. La volonté du législateur de vouloir retenir plus longtemps les gens au travail contribue donc à amplifier le phénomène. Autre explication : l’explosion des maladies psychosociales (dépression, burn-out, stress…). « La pression dans le monde du travail augmente. Cela peut provoquer une rupture chez le travailleur. Il lui faut souvent beaucoup de temps avant de pouvoir reprendre le travail ».

Le secteur non marchand des soins de santé et de l’aide sociale est le plus touché par le phénomène avec un taux de 3,25 % pour l’absentéisme de longue durée (infirmières, aides soignantes…). « C’est dû à la pénibilité du travail mais aussi à la charge émotionnelle très lourde de ces professions et à un sentiment de manque de reconnaissance », explique François Lombard. En règle générale, l’absentéisme est plus élevé chez les ouvriers, chez les travailleurs à temps partiel et chez les femmes.

Gestion de l’absentéisme

Le fait que les entreprises belges n’aient pas réussi les dix dernières années à endiguer la progression de ce phénomène interpelle. « Beaucoup d’entreprises n’ont pas encore mis en place une politique de gestion de l’absentéisme digne de ce nom, déplore François Lombard. Cette politique doit à la fois prévoir des mesures de prévention (détection du burn-out et de la démotivation, mesures pour augmenter l’engagement des travailleurs…) et des mesures de réintégration des travailleurs (entretien de réintégration, accompagnement…).

La volonté du gouvernement de porter la durée du salaire garanti (payé par l’employeur et non la mutuelle) d’un à deux mois dès 2016 pourrait contraindre les entreprises à prendre davantage le problème à bras-le-corps « mais le danger est de voir certains abuser de la mesure en restant plus longtemps absents puisqu’ils toucheront leur salaire complet deux mois, explique François Lombard. L’autre inconvénient, c’est de voir les employeurs ne plus engager de travailleurs âgés car ce sont eux qui sont absents le plus longtemps ».

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