La Grèce mollit, l’Allemagne durcit

La négociation de fond reprend ce vendredi à l’Eurogroupe. Et si ça tournait mal...

Chef du service Monde Temps de lecture: 6 min

On y est revenu : à l’image d’une Allemagne dure et intransigeante. Celle-ci a accusé la Grèce de « chercher à introduire un cheval de Troie », demandant du crédit à l’Europe tout en échappant à ses obligations contenues dans l’actuel plan de sauvetage international. La journée de jeudi avait pourtant débuté favorablement. Comme exigé par l’Eurogroupe (les 19 ministres des Finances) à l’issue de la réunion écourtée de lundi, le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis a envoyé au président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem une demande formelle de prolongement du programme d’assistance. Plus précisément, la demande porte non sur le « Mémorandum » du plan de sauvetage, mais sur le Contrat-cadre d’assistance financière.

Ce MFAFA en anglais – acronyme improbable jusqu’alors aussi peu connu que le contrat lui-même – est le texte légal qui vient formellement à échéance le 28 février prochain, et qui règle les prêts consentis à la Grèce depuis 2012. Précision importante : ce contrat se réfère au « Mémorandum », qui en constitue donc une part intégrante. Mais la demande d’extension du contrat-cadre constitue la petite entourloupe sémantique, qui permet au gouvernement issu du parti Syriza de tenir sa promesse électorale de ne plus accepter le Mémorandum. Or la demande d’extension était la condition sine qua non posée par les partenaires européens de la Grèce, pour entamer une négociation sur la poursuite du soutien financier à la Grèce et sur une renégociation de la dette et des programmes d’austérité imposés à ce pays.

Pour la première fois depuis le début du bras de fer entre le nouveau gouvernement grec et ses 18 partenaires de la zone euro, le front européen, jusqu’alors très uni face à Athènes, a paru se fissurer. Différentes sources pestaient contre la dureté de l’Allemagne alors que les dirigeants grecs commencent à manger leur chapeau. À Bruxelles à midi, le porte-parole de la Commission européenne déclarait qu’aux yeux du président Jean-Claude Juncker la lettre grecque était « un signal positif qui pourrait ouvrir la voie vers un compromis raisonnable ». Mais au même moment, à Berlin, le porte-parole du ministre des Finances Wolfgang Schäuble déclarait « rejeter la demande grecque ». Jeroen Dijsselbloem venait pourtant de convoquer pour vendredi 15 heures une nouvelle réunion extraordinaire de l’Eurogroupe : signe que la lettre de Yanis Varoufakis constituait une base de départ acceptable. Ce qu’avaient d’ailleurs confirmé plusieurs autres dirigeants européens : le ministre italien des Finances Padoan, le premier ministre français Manuel Valls, et même Sigmar Gabriel, le vice-chancelier allemand. Tous des sociaux-démocrates il est vrai. Mais il se disait que la Finlande ou la Slovaquie calaient, comme l’Allemagne. Et Johan Van Overtveldt, le ministre belge, confiait à l’agence Belga son opinion négative…

Le deuxième moment fort de la journée s’est déroulé à partir de 15 heures, lorsque se sont réunis à Bruxelles les 19 fonctionnaires de l’Euro Working Group, l’instance de coordination de l’Eurozone. Lors de cette réunion – non achevée lors du bouclage de cette édition, ce qui était considéré comme un bon signe – le représentant allemand a transmis ses objections à la lettre grecque : les engagements d’Athènes sont trop vagues, et manquent de précisions quant à la façon dont le gouvernement Tsipras compte assurer la continuité financière de l’Etat.

Se montrant plus directive, l’Allemagne a demandé que le gouvernement grec intègre la déclaration suivante : « Nous demandons l’extension du programme actuel, en usant de la flexibilité prévue. Nous déciderons de tout changement au Mémorandum actuel avec les institutions (BCE, Commission et FMI, NDLR). Et nous nous appliquerons à conclure avec succès le programme. » Autrement dit : l’Allemagne demande que la Grèce ne joue pas sur les mots, assume de demander la prolongation du programme tant honni, et exécute les dernières réformes qui y étaient consignées.

En fin de journée toutefois, une source allemande citée par l’agence Bloomberg indiquait que le texte grec pouvait quand même servir de base à un accord. Deux heures plus tôt, on avait aussi appris qu’Alexis Tsipras et Angela Merkel s’étaient parlé 50 minutes au téléphone : « sur un ton positif, et avec l’intérêt pour trouver une solution mutuellement bénéfique à la Grèce et l’Eurozone », twittait Tsipras. La journée s’achevait donc dans le relatif bon esprit avec lequel elle avait démarré…

Et si ça tournait mal…

L’actualité « grecque » se tend, à la veille de l’Eurogroupe de ce vendredi. Voici les réponses à trois questions clés.

1Une sortie de la Grèce de la zone euro est-elle possible ? La Commission européenne insiste sur le fait que l’appartenance d’un pays à l’union monétaire est « irrévocable », en s’appuyant sur les Traités européens.

Mais « même s’il n’y a pas de clause » prévoyant qu’un pays quitte la zone euro, « il reste possible de trouver une construction juridique » qui le permette, estime Janis Emmanouilidis, du centre de réflexion European Policy Centre. Une sortie de la zone euro pourrait passer par une sortie de l’Union européenne, possibilité qui, elle, est envisagée par les Traités.

Plus concrètement, selon un scénario évoqué par l’Institut Jacques Delors et ouvertement discuté en Allemagne, si Athènes ne remplissait plus ses engagements, la zone euro et la Banque centrale européenne (BCE) auraient les moyens de forcer la sortie en restreignant les possibilités de refinancement des banques grecques, contraignant ainsi Athènes à introduire une monnaie parallèle.

Autre scénario : une décision volontaire de la Grèce d’émettre sa propre monnaie, dévaluée par rapport à l’euro, pour pouvoir financer la politique sociale et anti-austérité promise par le nouveau Premier ministre. Mais les Grecs continuent de soutenir majoritairement l’appartenance à l’euro. Et un tel scénario ne fait pas partie du programme de Syriza.

2Quelles seraient les conséquences pour la Grèce ? La Grèce ferait défaut sur sa dette et n’aurait plus accès aux marchés financiers. Le pays, très dépendant d’importations qui se renchériraient considérablement, serait à la merci des « fonds vautours », ou contraint de se faire renflouer par des pays comme la Chine ou la Russie, ce qui changerait la donne géopolitique pour l’Europe.

Mais la Grèce serait aussi libre de dévaluer sa monnaie.

3Quelles seraient les conséquences pour la zone euro ? De nombreux analystes estiment qu’elles seraient moins néfastes que si la Grèce était sortie de l’union monétaire au plus fort de la crise en 2012, car la zone euro a, depuis, mis en place un fonds de secours, le Mécanisme européen de stabilité, et la BCE continue de veiller pour protéger la monnaie unique.

Mais une sortie de la Grèce resterait coûteuse pour les Etats concernés par la dette grecque, qui devraient effacer leurs créances.

Et un effet domino n’est pas à exclure. Matthieu Pigasse, de la banque Lazard, qui a conseillé le gouvernement grec, estime pour sa part, dans son récent ouvrage Eloge de l’anormalité (2015, Flammarion), que si un pays, même petit, sort de la zone euro, ce sera la fin de la monnaie unique.

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